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Ce que femme veut... [PV Milady]

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♕ Je suis Aliénor Descrières
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MessageSujet: Ce que femme veut... [PV Milady] Sam 4 Aoû - 17:57

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]

Assise au bord d’un des bassins du jardin des Tuileries, Aliénor sortit de sa besace deux petits tournevis et les inspecta soigneusement l’un après l’autre, avant d’en remettre un dans la poche d’où il était venu. Pour un novice, les deux outils ne présentaient pas la moindre différence. Mais pour l’œil exercé d’une jeune fille qui avait passé ces deux dernières années chez un mathématicien et un physicien, la différence sautait aux yeux, et elle avait rapidement su lequel utiliser afin d’apporter le dernier coup de vis au petit automate sur lequel elle travaillait depuis plusieurs semaines. La délégation anglaise était arrivée au Louvre, et Sa Majesté voulait profiter du temps doux pour la saison pour organiser des divertissements en extérieur. Une démonstration d’automates en faisait partie, et Aliénor assistait son « maître d’apprentissage » dans cette tâche. Il était dix heures du matin, un ciel nuageux menaçait d’un orage à tout moment, mais elle voulait tester ce petit canard supposé pouvoir se déplacer sur l’eau. A l’aide d’une petite clé, elle remonta le mécanisme, posa l’engin à la surface de l’eau avec délicatesse, et s’accroupit en le regardant fixement, une lueur d’excitation dans les yeux. Le moment de vérité était venu !
Sous son regard concentré, le canard avança, assez rapidement, sur environ un mètre. Fascinée et ravie, elle le suivit, et plus il avançait, plus son sourire –suffisamment rare pour être noté- s’élargissait. Mais après un mètre de valeureux parcours, le canard, qui commençait déjà à s’incliner, basculer tout à fait et se retrouva la tête sous l’eau, avant de couler lentement. Son sourire s’effaça pour laisser place à une expression de franc étonnement. Mince alors, qu’est-ce qui avait bien pu rater ? Elle tendit le bras et le plongea dans l’eau du bassin afin de récupérer sa petite machine, tant pis si elle se mouillait jusqu’au coude, et une fois ceci fait, elle ouvrit la coque afin d’observer le mécanisme. C’est alors qu’un coup de tonnerre éclata dans le ciel, ne réussissant même pas à lui faire lever la tête de l’objet de ses réflexions. Ce fut Rochefort, son chaperon attitré bien malgré lui, qui la rappela à l’ordre.

« Mademoiselle, il commence à pleuvoir. Il est temps de rentrer, Milady de Winter va vous attendre. »

Sans lever les yeux de la petite machine, elle hocha vaguement la tête et se releva lentement, avant de s’éloigner du bassin à pas lents sans regarder devant elle. Ce fut encore la voix exaspérée de Rochefort qui la tira de ses pensées.

« Mademoiselle, le palais Cardinal est de l’autre côté… »

Aliénor se mordit la lèvre inférieure, vexée d’être prise ainsi en défaut par ce soldat à la mine patibulaire, et repartit dans le bon sens cette fois. Elle ne vit pas Rochefort lever les yeux au ciel, en marmonnant dans sa barbe qu’il n’avait rien fait pour mériter une gamine pareille dans les pattes, quand même… Finalement, elle soupira et rangea l’automate dans sa sacoche, se promettant d’y jeter un nouveau coup d’œil plus tard. Elle avait probablement mis trop de rouages d’un côté et pas assez de l’autre, d’où le déséquilibre du poids… Après son entrevue avec Milady, elle corrigerait ça. En attendant, Rochefort la pressait d’accélérer le pas, sinon ils seraient trempés en arrivant ! Non pas que lui soit personnellement dérangé par la pluie, après tout il était soldat, mais il savait que le protecteur de la demoiselle, alias Richelieu en personne, serait sûrement mécontent si elle attrapait mal sous sa surveillance… Même si elle serait sûrement plus tenable et moins agaçante clouée au lit… Il préférait ne pas tenter l’expérience.
La pluie s’intensifia pour soudain devenir un vrai déluge, et c’est en courant qu’ils terminèrent le trajet. Lorsqu’elle entra dans sa chambre après avoir grimpé les escaliers qui menaient jusqu’à sa tour, Noëlle, sa gouvernante, poussa une exclamation.

« Mademoiselle Aliénor ! Mais vous êtes trempée ! Vous ne pouvez pas accueillir la comtesse dans cet état ! »

Aliénor arqua un sourcil avant de jeter un œil à sa tenue et haussa les épaules. Bah, elle avait pris la pluie, quoi d’étonnant à ce qu’elle soit trempée ? Il n’y avait pas mort d’homme non plus ! Et puis cette Milady de Winter qu’on voulait lui faire rencontrer… Son visage juvénile se renfrogna en repensant à la conversation qu’elle avait eue avec le cardinal. Elle avait eu l’impression d’entendre Virginia. En nettement plus autoritaire. Elle soupira alors que Noëlle défaisait sa robe pour lui permettre d’en changer et lui séchait les cheveux. Il fallait savoir quand même ! Son Eminence l’avait-il gardée afin qu’elle puisse travailler avec les scientifiques du palais, ou bien pour en faire une de ces pintades qu’il lui arrivait de croiser dans les couloirs sans jamais leur parler ? Elle se voyait mal, très mal dans ces robes toutes enrubannées, corsetée jusqu’à frôler l’étouffement ou les côtes brisées et poudrée jusqu’à en devenir aussi pâle qu’un cadavre. Elle se sentait très bien avec les cheveux lâchés ou rapidement attachés et ses robes simples qui ne lui broyaient pas la cage thoracique !
Noëlle revint très vite avec une autre robe, la lui fit enfiler, et s’attaqua de nouveau à la tâche difficile de faire sécher avant l’arrivée de Milady ces longs cheveux bruns pendant que la jeune fille regardait tranquillement la pluie tomber par la fenêtre. Au fond, elle n’était pas si contraignante que ça, quand elle le voulait. Elle n’y pouvait rien si Rochefort était absolument casse-pieds ou si la vie de cour n’était pas faite pour elle, elle qui avait passé son enfance dans une bourgade bretonne puis à sillonner les routes de France… Deux de vie citadine n’étaient pas encore assez pour lui faire perdre ses vieilles habitudes de « sauvageonne ».

Soudain, la porte de sa chambre s’ouvrit pour laisser la place à une femme qui ne devait être guère plus âgée qu’elle. Aliénor tourna la tête et se leva quand Noëlle lui donna une petite tape sur l’épaule comme pour lui rappeler que devant une comtesse, on d’incline, surtout quand on n’a pas de particule à son nom de famille. Aliénor fit donc une révérence encore quelque peu hésitante, avant de dévisager la nouvelle venue avec curiosité. Elle n’était pas très grande, mais sa silhouette était fine et élégante, et de beaux cheveux blonds savamment coiffés rehaussaient la blancheur de lait de sa peau et ses yeux bleus brillants d’intelligence. Aliénor n’avait encore jamais vue de femme semblable à la cour, et celle-ci titillait fortement sa curiosité… Autant que sa méfiance, puisqu’elle savait pourquoi elle était là.

« Milady, permettez-moi de vous présenter Aliénor, la jeune pupille de Son Eminence. » déclara Rochefort qui sortait d’on ne sait-où, s’attirant un regard peu amène de la jeune fille qui détestait le voir surgir ainsi. Il fit semblant de ne pas le remarquer. « Aliénor, voici Milady de Winter. Obéissez-lui en tout point, et tout se passera bien pour tout le monde. Milady… Je vous souhaite bonne chance. »

L’expression de Rochefort en disait long sur tout le « bien » qu’il pouvait penser de celle qu’il appelait la petite peste, et Aliénor attendit qu’il ait quitté pour lui tirer la langue, avant de se faire rappeler à l’ordre par une nouvelle tape de Noëlle et un regard sévère. Aliénor marmonna des excuses et décida d’adopter la technique de défense la plus simple : le silence. Elle leva donc sur Milady un regard inquisiteur, attendant de voir quel rôle exactement cette femme, censée lui apprendre les rudiments qui feront d’elle une demoiselle plus présentable, allait jouer dans sa nouvelle vie…
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♕ Je suis Charlotte de Winter
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MessageSujet: Re: Ce que femme veut... [PV Milady] Ven 7 Sep - 2:20

Les talons de Milady claquaient sur le sol carrelé du palais cardinal. Si le visage angélique de l’espionne anglaise était impénétrable, aussi lisse que s’il venait d’être taillé dans du marbre, à l’intérieur, elle bouillonnait. Pourtant, rien ne la trahissait. Aucun mouvement brusque, ni un pas rapide… Elle gardait tout en elle et ne laissait rien la trahir. A vrai dire, le contraire aurait été une grossière erreur. Elle adorait tourner faire en sorte que les gens soient persuadés qu’elle pensait le contraire de ce qu’elle pensait en réalité. Habillée d’une robe en soie écrue à la dernière mode, quoi que peut être échancrée d’un ou deux centimètres en plus que ce que la mode exigeait, rebrodée de dentelle blanche, des gants en satin protégeant sa peau diaphane de la lumière du soleil, ses longs cheveux blonds retenus en un chignon sophistiqué d’où retombaient quelques anglaises, sur lesquels était savamment déposé un feutre assorti à sa robe, sur lequel de grandes plumes d’autruches blanches voletaient au rythme des pas de la belle, retenu par un diamant étincelant. On avait l’impression que le feutre allait tomber à chaque instant, tant les épingles qui le retenaient sur la chevelure doré de la jeune femme se faisaient discrètes. Décidément, Charlotte ne pouvait le nier, elle avait la meilleure des chambrières. Elle n’aurait surement échangé Kitty pour rien au monde. Elle connaissait bien trop de ses secrets de toute façon, et c’était un défouloir facile pour ses crises de colères, aussi rares soient-elles. La jeune femme avait apprit à se contrôler le plus possible.

Le palais était à l’image de celui qui l’habitait. Imposant. Raffiné, aussi, bien sûr, mais la première impression que la jeune femme avait ressentie la première fois qu’elle était entrée ici avait été ce sentiment que le cardinal-duc de Richelieu voulait montrer à tous, sans vraiment s’en donner l’air, qui commandait vraiment ici, et qui gouvernait en fait la France. Avec un excellent réseau d’espions, celui des meilleurs du monde, dont la jeune femme blonde faisait partie depuis quelques mois, tout au plus, mais avec plusieurs succès. Bien trop de succès pour qu’on lui assigne une tâche aussi indigne d’elle que celle qu’on lui confiant. Elle n’était pas une gouvernante. Et pourtant, il était évident que vue les origines de la jeune Aliénor, même si elles étaient secrètes, on ne pouvait pas se permettre de la laisser entre les mains de n’importe qui. C’était une marque de confiance de la part du cardinal, en fait, se répétait Charlotte, plus pour essayer de s’en convaincre qu’autre chose. Une confiance immense, et qui montrait bien à quel point elle était importante aux yeux de Richelieu. Eh bien, s’il fallait en passer par là… Ce n’était pas parce que c’était quelque chose qu’elle appréciait peu qu’elle ferait mal, bien au contraire. Et ça serait surement bien moins compliqué que de devoir soutirer des informations à un noble anglais. Il ne s’agissait que de l’éducation d’une adolescente qui avait été trop longtemps laissée libre de faire ce qu’elle voulait.

La jeune femme n’avait à vrai dire aucun problème à entrer où elle voulait dans se palais. Les ordres la concernant étaient clairs, et elle connaissait tous les passages dérobés, ce qui faisait que bien loin de devoir patienter des heures dans une obscure antichambre, elle entra directement dans les appartements privés du cardinal, par une porte dérobée. A vrai dire, elle n’avait même pas besoin qu’on la guide. Le propre d’un espion – ou d’une espionne dans le cas précis – était d’avoir une bonne mémoire. Assez bonne pour se rappeler de tous les détails d’un lieu qu’il – ou elle – est censé pouvoir infiltrer quand il veut pour y faire ce qu’il veut. Et plus les palais étaient grands, plus ils ressemblaient à des labyrinthes. Ce qui ne posait pas trop de problèmes à Charlotte. Plus il y a de passages, plus facilement on peut s’échapper… Mais il ne s’agissait pas de s’échapper aujourd’hui, bien au contraire. Une fois dans les appartements privés, un valet, qui l’attendait visiblement, se présenta, et, sans un mot, la conduisit dans une partie de l’appartement que la jeune anglaise n’avait jamais eus l’occasion de visiter. Son éventail à la main, plus pour le style que pour se protéger de la chaleur, qui ne régnait guère dans ce palais glacial, la jeune femme l’agita nerveusement un instant devant son visage alors que la porte s’ouvrait sur la chambre de la jeune femme dont elle devait à présent s’occuper. Pour combien de temps ? Là était la question.

Rochefort était là. Toujours où on ne l’attend pas. Il lui offrit un sourire charmeur et ironique à la fois, ce à quoi Milady répondit par un gracieux mouvement d’éventail. Puis elle détourna son attention vers la jeune fille assise qui venait de se lever prestement sur un signe de sa femme de chambre. Il y avait du travail…

-Milady, permettez-moi de vous présenter Aliénor, la jeune pupille de Son Eminence. Aliénor, voici Milady de Winter. Obéissez-lui en tout point, et tout se passera bien pour tout le monde. Milady… Je vous souhaite bonne chance.

-Je vous remercie Rochefort, mais je suis certaine que mademoiselle Descrière et moi allons être les meilleures amies du monde, lui répondit la jeune femme avec un sourire piquant.

Le chef de la garde du cardinal s’inclina et les quitta, provoquant une grimace de la part d’Aliénor qui surprit Milady au moins autant qu’elle l’amusa, avant d’être à nouveau rappeler à l’ordre.

-Bien, bien, bien… murmura l’anglaise. Voyons cela.

D’un signe de son éventail, elle fit signe à la femme de chambre de reculer, alors qu’elle avançait lentement vers Aliénor, la contournant, pour mesurer l’ampleur du travail. Et il y en avait. D’un coup sec, elle referma son éventail avant de donner un petit coup entre les épaules de la jeune fille :

-Tenez-vous droite ! La tête haute, mademoiselle.

Elle continua son inspection par les vêtements. Pour le moins passable. Et la coiffure n’en parlons pas. Le maintient était une catastrophe. Il ne manquerait plus qu’elle se ronge les ongles.

-Il va falloir revoir la garde robe en entier… Faire venir mon tailleur, mon coiffeur, mon bottier, sans parler de ma modiste. Je suis certaine que tout est à refaire.

D’un geste élégant, avec un bruissement de robe, Charlotte se laissa tomber - ou plutôt s’assit élégamment – dans la causeuse, faisant face à Aliénor.

-A partir de maintenant, je ne veux plus vous voir sans une coiffure digne de ce nom. Son Eminence me fait confiance pour tout ce qui touche à votre éducation pour entrer dans le monde. Et il est hors de question de le décevoir, nous sommes bien claires ?

Elle fixa ses yeux bleus sur la jeune fille, avant de sourire.

-Asseyez-vous, lança-t-elle à Aliénor, avant d’ajouter à la femme de chambre, ou quoi qu’elle soit : Et vous laissez-nous, mais n’oubliez pas d’apporter quelque chose à boire, du thé ou autre chose.

Une fois ses deux ordres exécutés et qu’elle se fut retrouver seule avec la jeune fille, Charlotte décida de changer de domaine de conversation.

-Que savez-vous faire ?

Bien évidemment, elle attendait des réponses de jeune fille éclairée, comme jouer d’un instrument, savoir broder, coudre, ou quoi que ce soit du même acabit. Elle n’était pas au bout de ses peines…
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MessageSujet: Re: Ce que femme veut... [PV Milady] Dim 7 Oct - 13:06

-Je vous remercie Rochefort, mais je suis certaine que mademoiselle Descrières et moi allons être les meilleures amies du monde.

Si elle ne prononça pas le moindre mot, la phrase « j’en doute fort » n’en avait pas moins été formée dans l’esprit pour le moins sceptique d’Aliénor. Elle s’imaginait bien mal devenir la meilleure amie de cette femme qui semblait en tout point son opposé. Leur seul point commun à cet instant semblait être leur âge, toutes deux bien jeunes malgré quelques années d’écart, mais ceci mis à part… Le spectacle de ces deux demoiselles devait avoir quelque chose de hautement comique pour un spectateur extérieur. C’était comme si on avait placé Aliénor face à un miroir qui lui aurait renvoyé exactement le contraire de ce qu’elle était. Blonde aux yeux bleus, à la peau diaphane, aux gestes élégants et mesurés, rayonnante d’élégance, de distinction et de féminité. Pas grand-chose à voir avec la petite sauvageonne brune qui, sans être mal élevée, avait encore bien des choses à apprendre avant de pouvoir se dire l’égale de Milady. Si tant était qu’elle cherche à atteindre ce but, et rien n’était moins certain. Alors qu’elle détaillait Charlotte de Winter des pieds à la tête, Aliénor se demandait de plus en plus dans quoi on voulait l’embarquer. Est-ce qu’on –et par ‘on’ on pouvait comprendre ‘Richelieu’- voulait la faire ressembler à celle qui devenait une espèce de professeure doublée d’une gouvernante ? Plus elle la regardait, plus elle était perplexe. Il était vrai que Milady était l’une des plus belles femmes qu’il lui ait été donné de rencontrer, mais elle était de ces beautés fatales qui avaient plus tendance à la rebuter qu’autre chose. Quitte à choisir, elle aurait préféré qu’on lui demande de ressembler à Virginia, peut-être d’une beauté moins flagrante, mais plus modeste, plus touchante, plus humaine. Milady, quoique splendide, était peut-être trop éblouissante pour elle, justement. Trop parfaite, trop lisse, comme une admirable poupée de porcelaine sans le moindre défaut, mais sans plus de vie que la coquille d’air qu’elle était. Seul l’avenir lui dirait si Milady faisait partie de ces beauté pures sans rien derrière, mais en tous les cas, plus elle la regardait, plus elle l’impressionnait… Et plus elle l’effrayait.

-Bien, bien, bien… Voyons cela. Reprit l’anglaise en se mettant à lui tourner autour.

Toujours sans dire un mot et presque en retenant son souffle, Aliénor la suivit des yeux, comme elle aurait suivi la trajectoire d’un loup affamé lui tournant autour en se demandant à quelle sauce il allait la manger. Elle continuait d’observer Milady, cherchant le point faible, le défaut dans l’admirable armure blanche, sans pouvoir le trouver. Son malaise augmentait de seconde en seconde. Non seulement elle ne se sentait absolument pas capable de ressembler à cette incarnation même de la grâce et de la féminité, mais elle n’en avait aucune envie. Rien que cette perspective lui mettait comme du plomb au cœur. Pourquoi le cardinal avait-il choisi précisément cette femme pour lui servir de chaperon, et sous-entendu de modèle ? Est-ce qu’elle incarnait pour lui le modèle de la femme idéale ? Ce genre de femme dont la beauté n’était qu’une arme, parfois fatale ? Si tel était le cas, Aliénor ne pouvait pas s’empêcher de se sentir profondément déçue. Elle se serait attendue à autre chose de sa part. Et ce constat la conduisait, inévitablement, à se demander quel genre de femme avait été sa mère. Et son cœur se serrait d’angoisse à l’idée qu’elle ait pu n’être qu’une femme de cour aux charmes ravageurs plutôt que la femme aimante qu’elle s’imaginait depuis si longtemps, basée sur le modèle de l’irremplaçable Virginia qui lui manquait plus que jamais à cet instant précis…

Soudain elle sursauta à cause d’un coup qu’elle venait de recevoir entre les omoplates.

« Aïe ! » s’exclama-t-elle plus par surprise que par douleur.
-Tenez-vous droite ! La tête haute, mademoiselle.

Plus par réflexe qu’autre chose –sûrement pour éviter un second coup d’éventail- la jeune fille s’exécuta, se raidit par la même occasion et releva le menton pour se tenir bien droite. Cette fois, elle en oublia même de respirer, craignant que cela ne soit pas non plus conforme à l’étiquette. Mais dans quoi l’avait-on embarquée ?

-Il va falloir revoir la garde robe en entier… Faire venir mon tailleur, mon coiffeur, mon bottier, sans parler de ma modiste. Je suis certaine que tout est à refaire.

Ouvrant de grands yeux à la fois surpris et effarés, Aliénor fixa Milady en se demandant si elle était réellement sérieuse. Mais la jolie blonde n’avait pas l’air de plaisanter du tout. Pour Aliénor qui n’avait rien demandé à personne, la situation semblait prendre des tournures d’affreux cauchemars. Pourquoi s’acharnait-on ainsi sur elle ? Elle ne faisait pourtant rien de mal, elle était très bien là-haut dans sa tour, elle ne dérangeait personne en regardant les étoiles ou en fabriquant des automates… Partager sa vie entre les visites à Lord William, celles au cardinal, ses expériences et ses promenades dans les Tuileries lui convenait parfaitement. Même avec un Rochefort toujours dans les pattes. Alors pourquoi cherchait-on à lui infliger ça ? Elle ne serait de toute façon jamais aussi resplendissante que Milady, et sans particule à son nom, il était même inutile d’imaginer qu’elle fasse un bon mariage un jour. Alors pourquoi se donner tout ce mal en vain ? Qu’on la laisse retourner dans sa tour, et tout le monde ne s’en porterait que mieux.

-A partir de maintenant, je ne veux plus vous voir sans une coiffure digne de ce nom. Son Eminence me fait confiance pour tout ce qui touche à votre éducation pour entrer dans le monde. Et il est hors de question de le décevoir, nous sommes bien claires ?

En un quart de seconde, le regard d’Aliénor passa de l’effroi au ressentiment. Lui rappeler aussi abruptement que c’était son propre père qui lui infligeait ce calvaire et surtout qui semblait rêver de la voir se métamorphoser la blessait plus qu’elle ne voulait bien l’admettre. Elle tint sa langue, sachant très bien qu’elle n’avait en aucun cas le droit d’évoquer leur relation filiale, et détourna les yeux de son nouveau professeur en se mordant l’intérieur de la joue. Bien sûr qu’il voulait la voir se métamorphoser. Qui voudrait d’une espèce de sauvageonne pour fille quand on s’appelle du Plessis ?

« Très claires. » marmonna Aliénor en retrouvant un semblant de calme teinté d’amertume.
-Asseyez-vous. Et vous laissez-nous, mais n’oubliez pas d’apporter quelque chose à boire, du thé ou autre chose.

Aliénor s’exécuta, non sans lancer un dernier regard presque suppliant à Noëlle qui quittait la pièce d’un air satisfait. Décidément, tout le monde semblait avoir décidé qu’une version améliorée et aliénée d’Aliénor était nécessaire. Soit, pensa-t-elle, résignée. Puisqu’il fallait y passer… Elle se tenait droite sur sa chaise, préférant éviter un nouveau coup d’éventail, ses mains jointes sur ses genoux mais jouant nerveusement avec la manche de sa robe.

-Que savez-vous faire ?

Cette question apparemment anodine eut le mérite de faire qu’Aliénor relève les yeux sur Milady, qui la regardait d’un œil inquisiteur en attendant une réponse. Mais quel genre de réponse ? A quoi Milady s’attendait-elle en lui posant cette question ? Aliénor n’en avait aucune idée, et elle détestait rester dans le flou comme elle l’était à ce moment-là. Elle choisit donc d’opter pour la sincérité la plus complète, même si elle se doutait que la réponse ne plairait pas à Milady de Winter. A vrai dire, cette perspective n’avait même rien de déplaisant.

« Je sais construire des automates, réparer des armes à feu, dessiner des plans pour fabriquer des canons, concevoir un télescope –basé sur le modèle hollandais évidemment- , je connais toutes les constellations connues du système stellaire, créer des feux d’artifices, reconnaître les aliments comestibles et vénéneux dans la forêt, attraper des petits animaux sans arme, me repérer grâce à la mousse qui pousse sur les arbres –toujours sur le flanc nord- , les mathématiques, la physique, la mécanique, l’astronomie, la chimie. Ah, et je connais le latin et l’italien, et un peu d’anglais et d’allemand aussi. » conclut-elle après sa longue énumération durant laquelle elle avait arboré un air concentré, les yeux levés comme quand on cherche quelque chose dans sa mémoire. Lorsqu’elle baissa de nouveau le regard sur Milady, elle constata que non, décidément, cette réponse n’était pas celle attendue. Une petite, toute petite victoire, comme une petite revanche pour la jeune fille, comme si elle pouvait ainsi prouver qu’elle n’avait décidément rien à voir avec ce monde dans lequel on tentait de l’attirer. Et qu’elle ne s’y intégrerait probablement jamais.

Au moins cette petite expérience et la réaction de Milady lui avait prouvé deux choses. Non seulement essayer de la faire rentrer dans ce moule n’était probablement pas une bonne idée, mais en plus elle n’était pas dépourvue d’atouts, loin de là. Milady avait peut-être pour elle sa beauté et sa connaissance des mécanismes de la cour et des complots. Mais Aliénor avait pour elle l’intelligence redoutable d’une surdouée, une mémoire d’éléphant aussi efficace qu’une éponge et un raisonnement méthodique et logique à toute épreuve. Le malaise qu’elle avait éprouvé au début de cette conversation commençait à se dissiper. Comme si énumérer à voix haute ses connaissances lui avait rappelé à elle-même qu’elle n’était pas une simple gamine insignifiante. Elle n’était peut-être ni très séduisante ni une dame de la cour, mais elle avait de l’esprit, un bel esprit qui après tout, avait toujours été son meilleur allié. Et elle aurait presque voulu remercier Milady pour ce rappel involontaire. Plus sûre d’elle-même désormais, Aliénor cessa de jouer avec sa manche et dévisagea son interlocutrice en la regardant droit dans les yeux. Elle ne se laisserait pas malmener si facilement.

« J’ai conscience qu’il ne s’agit pas tout à fait là de ce qu’on attend d’une dame de la cour, mais c’est tout ce qu’on m’a appris. Mes précédents professeurs ont jugé plus utile de développer ma culture et mon esprit que mes atouts physiques et je leur en suis très reconnaissante. » ajouta-t-elle avec une ébauche de sourire qui n’avait pourtant rien de joyeux. Décidément, Florence et l’Italie lui manquaient cruellement. Mais elle n’en laissa rien paraître –qu’aurait-elle pu y comprendre de toute façon ?- et décida d’entrer dans le jeu de Milady, sachant très bien qu’on ne la laisserait pas en paix avant, tout en gardant certaines réserves…

« Décevoir son Eminence est la dernière chose que je désire. Et puis j’aime apprendre, alors… Comment refuser votre offre ? Qu’avez-vous à m’apprendre, Milady, à part comment tenir correctement un éventail et que je suis mal coiffée et mal habillée ? » demanda-t-elle sur un ton faussement curieux.
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MessageSujet: Re: Ce que femme veut... [PV Milady] Ven 26 Oct - 22:52

Charlotte ne cessait de se demander ce qui pouvait bien pousser le Cardinal à s’intéresser à cette petite. Enfin « petite »… Elles avaient tout au plus quelques années d’écart, maximum, mais la différence était tellement frappante entre elles-deux qu’il était difficile de le croire. Aliénor faisait petite fille sauvageonne et indisciplinée là où Charlotte faisait femme du monde. Il était difficile de faire plus différent. Et pourtant, elles étaient là toutes les deux… La curiosité de Charlotte n’avait jamais été véritablement exacerbée, elle était sans doute la mieux placée pour savoir qu’il était mauvais de mettre son nez dans les affaires des autres, mais tout de même, la présence de cette fille, de plus de la bourgeoisie, pas même de la petite noblesse, dans le Palais Cardinal avait décidément de quoi surprendre. Enfin, Charlotte prenait son mal en patience, elle finirait bien par savoir de toute façon, en temps utile, comme d’habitude, ni plus tôt, ni plus tard. Et elle ne cherchait pas non plus à accélérer la manœuvre, c’était de toute manière inutile. C’était d’ailleurs pour cela que le Cardinal l’avait engagée à la base, avant de lui faire jouer les gouvernantes… Mais ne lui avait-il pas assuré que la mission était d’importance et surtout, qu’elle devait rester discrète ? Cela en ajoutait au mystère qui auréolait la jeune protégée de l’Eminence. Un mystère bien épais et bien étrange. Mais « Milady » en savait sans doute bien assez sur des secrets bien plus importants que la raison de la bonté de Richelieu envers Mademoiselle Descrières.

Et le premier contact était presque pire que ce que la jeune femme avait pu imaginer. On l’avait prévenue qu’il y aurait du travail, mais elle ne pensait pas que ça serait à ce point. Où avait-elle bien pu vivre ces dernières années ? La jeune femme craignait la réponse, et préférait ne pas la connaître. Elle aussi avait vécut dans des endroits horribles et ça ne l’empêchait pas d’être bien plus que digne… Il était facile de lire sur le visage d’Aliénor ce qu’elle pensait de sa nouvelle « protectrice », mais Charlotte n’en avait pas grand-chose à faire. Cela faisait aussi parti de ce qu’elle avait à lui apprendre. Dissimuler ses émotions, coûte que coûte, en toute situation. Et cela se montrait tellement utile… Un sourire ouvre bien plus de portes qu’une arme, ce n’était pas vraiment difficile à comprendre et à appliquer. Aliénor devait penser que ce que Charlotte allait lui apprendre était pire que futile, totalement inutile, elle se trompait lourdement. Pour survivre parmi les requins, il fallait être le plus malin des petits poissons. Elle ne se doutait peut être pas que cela faisait aussi partie des choses à lui apprendre, et pourtant, c’était essentiel. La jolie blonde se doutait bien que son protecteur n’apprécierait pas vraiment si la jeune brune finissait raillée de toute la cour, et c’était pour cette raison sans doute qu’il l’avait remise entre ses mains, Charlotte ne le décevrait pas, ce n’était de toute façon pas une option.

La jeune femme avait faut le tour de sa jeune élève, pour repérer ce qui n’allait pas, et la liste était incroyablement longue. En gros, tout était à refaire, des pieds à la tête. Epuisée par le travail qui l’attendait par avance, Charlotte s’était laissée tomber – avec élégance et grâce – sur un sofa avant de dire à sa compagne de faire de même. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle s’était laissée embarquer dans une telle aventure, mais il fallait bien se rendre à l’évidence, elle était là, et elle devait faire ce qu’elle avait à faire. Après avoir prit note mentalement des gens à contacter pour s’occuper de la jeune Aliénor, elle entreprit de la questionner sur les savoirs qu’elle avait déjà, et bien entendu, comme elle le soupçonnait, en ce qui concernait ce qu’elle avait à lui apprendre, ses connaissances étaient nulles, au moins semblait-elle avoir comprit les règles du jeu. Charlotte l’écouta parler en même temps qu’elle buvait les rafraichissements que la femme de chambre venait d’apporter.

-Je sais construire des automates, réparer des armes à feu, dessiner des plans pour fabriquer des canons, concevoir un télescope –basé sur le modèle hollandais évidemment- , je connais toutes les constellations connues du système stellaire, créer des feux d’artifices, reconnaître les aliments comestibles et vénéneux dans la forêt, attraper des petits animaux sans arme, me repérer grâce à la mousse qui pousse sur les arbres –toujours sur le flanc nord- , les mathématiques, la physique, la mécanique, l’astronomie, la chimie. Ah, et je connais le latin et l’italien, et un peu d’anglais et d’allemand aussi.

Charlotte eut une moue désespérée qu’elle ne chercha pas du tout à dissimuler :

-Autrement dit, à part les langues qui peuvent toujours servir, vous ne savez rien faire, soupira-t-elle.

Le silence s’installa à nouveau un bref instant entre les deux femmes, avant qu’Aliénor ne reprenne la parole :

-J’ai conscience qu’il ne s’agit pas tout à fait là de ce qu’on attend d’une dame de la cour, mais c’est tout ce qu’on m’a appris. Mes précédents professeurs ont jugé plus utile de développer ma culture et mon esprit que mes atouts physiques et je leur en suis très reconnaissante.

Milady releva un sourcil, un rien étonnée. Eh bien… Au moins cela avait l’avantage d’être une confession prometteuse. Et à bien la regarder, Aliénor n’était pas dépourvue de charme, bien au contraire. Avec un sourire, cela serait sans doute encore mieux. Enfin… Puisqu’il le fallait, autant faire contre mauvaise fortune bon cœur. Aliénor n’y était après tout pour rien…

-Bien, finis par lâcher Charlotte. Vous me voyez ravie de vous l’entendre dire. Pour ce qui est de la manière de vous adresser à moi, vous pouvez utiliser « madame », « comtesse » ou encore « Milady ». Quand à moi, je vous appellerai « Mademoiselle » et peut être de temps à autre « Aliénor ». La première leçon à la cour, qui sera la leçon du jour, est de savoir où se placer dans la hiérarchie. Mieux vaut être trop révérencieux que pas assez. A chacune de mes arrivées et à chacun de mes départs, vous ferez une petite révérence, à la différence des grandes révérences dues à Leurs Majestés, Monseigneur le Cardinal, ou n’importe quelle personne de la famille royale et de haut lignage.

Charlotte reposa sa coupe sur la table et se leva, avant d’épousseter sa robe de faux-plis imaginaires. Elle attendit qu’Aliénor se lève à son tour pour prendre congé.

-La prochaine fois vous viendrez certainement chez moi. J’enverrai un message chez vous pour plus de détails sur le jour et l’heure. N’oubliez pas ce que je vous ais dis sur vos cheveux.

Elle commença à s’éloigner et se retourna sur le pas de la porte :

-A bientôt.

L’entretient avait dut durer un petit quart d’heure, mais c’était tout ce dont Charlotte avait besoin pour jauger la jeune fille. Un long chemin les attendait toutes les deux.
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MessageSujet: Re: Ce que femme veut... [PV Milady] Mer 28 Nov - 15:58

Bien malin qui pourrait réussir à dompter la petite sauvageonne qu’était Aliénor. A part quelques rares exceptions, tous ceux qui avaient essayé avaient fini par s’y casser les dents, non pas parce qu’elle était indisciplinée de nature, mais plutôt parce qu’elle n’acceptait de se plier aux exigences que d’une poignée de personnes en qui elle estimait qu’elle pouvait avoir confiance. Car obéir impliquait un certain degré de confiance, aveugle ou non, que la jeune fille n’était pas prête à accorder à n’importe qui. Elle avait accepté de baisser la garde face à Galilée et Virginia ; et en dernière date, face au cardinal de Richelieu. Ces quelques personnes face auxquelles elle acceptait de baisser la tête pour les laisser avoir un certain ascendant sur elle, une autorité en laquelle elle savait pouvoir se fier sans avoir à en subir les dommages plus tard. Des personnes face auxquelles elle pouvait accepter de fermer les yeux pour qu’ils la poussent dans le dos afin qu’elle marche en avant sans risquer de tomber dans un précipice. Une confiance mesurée, décidée, et jamais instinctive, qu’elle avait décidé de refuser à Rochefort qui pour le moment ne lui inspirait qu’aversion et méfiance ; et une confiance que pour le moment elle refusait aussi à Milady qui la laissait perplexe. D’un côté, son Eminence semblait lui faire confiance –chose qu’elle ne comprenait toujours pas d’ailleurs mais qu’elle se promettait d’élucider- mais d’un autre côté, elle était typiquement le genre de femme qu’en temps normal elle aurait fui comme la peste et que Virginia elle-même lui avait appris à éviter lorsqu’elle habitait à Florence. Elle sentait que Charlotte de Winter n’était pas tout à fait comme n’importe quelle précieuse de cour, mais elle ne savait si c’était un bon ou mauvais signe. Elle était certes différente, mais en un sens, cela la rendait peut-être encore plus dangereuse que les langues de vipère sans cervelle habituelles.

Aliénor n’avait qu’une envie, c’était se lever de ce fauteuil et s’en aller pour retourner à ses expériences, ses observations, sa petite bulle protectrice aussi solide que les remparts de Carcassonne. Là où ni Milady ni personne d’autre ne pourrait venir la trouver pour lui dire ce qu’elle devait faire, ce qu’elle ne devait pas faire, à quoi elle devait ressembler. Elle avait la désagréable impression d’être un bloc de marbre brut pilonné à coups de burin pour être remodelé. Il était hors de question qu’elle se laisse faire sans tenter de riposter ; elle n’était pas un objet dont on disposait à sa guise et que l’on modifiait quand il ne plaisait plus ! Son Eminence n’était pas satisfaite de ce qu’elle était ? Qu’il la renvoie à Florence alors ! Un sentiment de honte et e colère mêlées lui étreignit le cœur alors qu’elle considérait cette possibilité. Elle ne soupçonnait pas le but véritable de Milady, celui de lui fournir les armes nécessaires pour se défendre à la cour, mais qu’en avait-elle à faire ? Si on lui demandait son avis, elle ne fréquenterait même pas la cour. C’était un cercle sans fin…

-Bien, lâcha la comtesse. Vous me voyez ravie de vous l’entendre dire. Pour ce qui est de la manière de vous adresser à moi, vous pouvez utiliser « madame », « comtesse » ou encore « Milady ». Quand à moi, je vous appellerai « Mademoiselle » et peut être de temps à autre « Aliénor ».

« Mademoiselle » Aliénor se contenta de lui jeter un regard dépourvu de la moindre expression. Elle se fichait pas mal de la manière dont l’appelait Milady, quant à elle, elle n’aurait de toute façon pas su comment l’appeler autrement. Elle avait peut-être grandi comme une herbe folle, mais elle était tout de même un minimum civilisée… Et n’avait aucune envie d’appeler cette femme par son prénom comme si elles étaient déjà les meilleures amies du monde.

La première leçon à la cour, qui sera la leçon du jour, est de savoir où se placer dans la hiérarchie. Mieux vaut être trop révérencieux que pas assez. A chacune de mes arrivées et à chacun de mes départs, vous ferez une petite révérence, à la différence des grandes révérences dues à Leurs Majestés, Monseigneur le Cardinal, ou n’importe quelle personne de la famille royale et de haut lignage.
« Bien madame. » maronna-t-elle comme pour indiquer qu’elle écoutait toujours, au cas où la comtesse en aurait douté. Ces cérémoniaux la dépassaient. Aussi inutiles que vaniteux, ils avaient tous deux bras, deux jambes, une tête, la seule différence entre elle et eux était un certain taux de probabilité qu’elle naîtrait dans une famille plus pauvre… Enfin, façon de parler. Elle ne put retenir un sourire amusé à la pensée que si elle avait pu s’appeler du Plessis comme elle l’aurait dû, dans un monde meilleur, c’aurait été à Milady de lui faire la révérence. Décidément, la vie était faite d’une bien drôle de façon…

Soudain Milady se leva, et Aliénor comprit qu’elle allait enfin partir. Elle n’éprouva donc aucune réticence pour cette fois à se lever et à esquisser la révérence que la comtesse lui avait réclamée, si cela pouvait la faire partir plus vite, si elle pouvait enfin être tranquille au moins pour le reste de la journée…

« -La prochaine fois vous viendrez certainement chez moi. J’enverrai un message chez vous pour plus de détails sur le jour et l’heure. N’oubliez pas ce que je vous ais dis sur vos cheveux. » conclut Charlotte de Winter en la désignant du bout de son éventail.
« Bien madame. » répéta la jeune fille qui devait se retenir de manifester son impatience ? Cet entretien n’avait déjà que trop duré, à quoi bon l’éterniser avec des recommandations qu’elle avait déjà mémorisé ? La prenait-on pour une idiote ? Se forçant à garder les bras le long de son corps pour ne pas jouer avec ses manches, elle ne put cependant s’empêcher de regarder ailleurs, plus précisément en direction de l’escalier qui conduisait à son laboratoire improvisé. Tout ça était lent, trop lent, pour l’esprit d’Aliénor qui galopait déjà vers d’autres dimensions alors que Milady faisait enfin demi-tour pour se diriger vers la porte.
-A bientôt. Lança la jeune femme depuis la porte.
« Au revoir. » marmonna Aliénor, le cœur battant presque plus vite à l’idée qu’enfin cette porte allait se refermer. Et comme si elle avait lu dans ses pensées, Milady esquissa un petit sourire énigmatique et s’en alla. Enfin, Aliénor s’autorisa à pousser un long soupir, puis se retourna et courut grimper l’escalier qui la ramena dans son antre. Décidément bien le seul endroit au monde où elle se sentait en sécurité, dans son milieu, dans son monde à elle. Et le cardinal et Milady auraient beau faire tous les efforts du monde, ils ne réussiraient jamais à l’en arracher. Pour cela il faudrait qu’ils lui passent sur le corps. Dans ce monde à part que constituait le Louvre où la jeune fille se sentait une totale étrangère, elle avait un besoin viscéral de conserver ce petit bout de ciel sans lequel elle se retrouverait sans le moindre repère, larguée au milieu des loups. Cette perspective alors qu’elle recommençait à manipuler ses livres la fit frissonner. Si jamais son père venait à prendre une décision pareille, que deviendrait-elle ?
D’accord. Elle suivrait les conseils de Milady, elle ferait semblant de se passionner pour ces histoires de cour et de toilette, elle ferait ce qu’on lui demanderait, sagement. Mais pas parce qu’elle avait confiance : parce qu’elle ne voulait pas se retrouver privée du seul îlot de bonheur qu’il lui restait. Et pour ça, tous les moyens seraient bons. Même devenir une deuxième Milady, aussi mortifiant cette perspective soit-elle dans l’esprit de la fille des étoiles…

FIN.
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MessageSujet: Re: Ce que femme veut... [PV Milady]

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Ce que femme veut... [PV Milady]

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