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Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence »

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♕ Je suis Samuel Talbot

♟ Complots : 32
♟ Arrivée à Paris : 02/07/2012
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MessageSujet: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 21:53


    Samuel - TALBOT
    par [Hugh Dancy]




    HALTE-LA !


    Où et quand êtes-vous né, voyageur ?
    > Je suis né en janvier 1596 dans le château familial des Talbot à Sheffield. J'ai presque tren.. C'est que je commence à faire de vieux os ! Rire, ça conserve ?
    Où vivez-vous ?
    > Je vais là où mes rêves me guident, je suis un éternel voyageur, j'aime découvrir de nouveaux horizons. Pour le moment, mon chemin s'est arrêté à Paris, mon frère a réussi à me coller dans la délégation anglaise accompagnant l'ambassadeur Holland (au grand regret de celui-ci, j'en suis certain !).
    Et quelles sont vos origines ?
    > Vous avez devant vous un produit de l'aristocratie anglaise de pure souche ! Qui ne connaît pas la famille Talbot ?... Bon d'accord, elle n'est pas bien connue en France mais c'est une erreur que je vais me charger de réparer !
    Avez-vous un métier ?
    > Si j'ai.. Quoi ? Mon père m'a sans doute rêvé en soldat, ma mère en poète, mon oncle en diplomate, mon frère n'a jamais souhaité que me voir disparaître. J'obéis à mon aîné autant que je le peux, je fais plutôt figure de parasite professionnel.
    Une occupation majeure ?
    > A part amuser la galerie et distraire ce cher Buckingham, occupation sur laquelle je passe la quasi totalité de mon temps, je dois bien l'avouer, je suis à Paris à la recherche d'un époux pour ma nièce Nell. C'est une mission de la plus haute importance que m'a confiée mon frère, il en va de l'avenir de nos deux pays. Enfin presque.
    Non ? Alors si vous êtes noble, quel est ou quels sont vos titres ?
    > J'ai eu le malheur de naître dans une famille nombreuse, le malheur car tous mes frères et sœurs ont pour particularité d'être particulièrement agaçants, chacun dans leur genre. Et de m'avoir laissé des miettes. Je ne suis que Lord Talbot mais j'ai l'absolu privilège d'être le petit frère des comtes de Shrewsbury et de Waterford, des barons Furnivall et Strange de Blackmere ainsi que des comtesses de Pembroke, de Kent et d'Arundel. Oui, rien que ça. Dommage qu'ils n'arrivent pas à me supporter.
    Je vois…êtes-vous marié ? Avez-vous des enfants ?
    > Moi marié ? Vous plaisantez ? Vous me voyez en père de famille avec une maîtresse de maison et des enfants ? J'ai beau être presque aïeul, cela n'a jamais été d'actualité même si ma famille a plusieurs fois tenté de me fiancer. La seule proposition sérieuse, celle d'épouser Frances Rich, a mal terminé. Il paraît que c'est de ma faute mais je soutiens qu'il n'y avait nul raison de prendre ombrage de mon amour pour Shakespeare !
    Et votre visage, là, qui est-ce ?
    > Quand je me regarde dans un miroir, je ne vois nul autre que ce charmant Hugh Dancy.






    Et toi, derrière cet écran, qui es-tu donc ?

    Comment te nomme-t-on par ici ? Vous pouvez m'appeler par mon prénom, Adeline. J'accepte tous les surnoms Razz .
    Et quel âge as-tu ? 20 ans tout rond.
    Tu as découvert notre forum sur le net ? Par un ami ? Par un autre moyen ? Y a-t-il vraiment besoin de le préciser What a Face ? Je ne dirais rien, je ne peux pas faire de pub pour une société américaine ici Razz .
    Et pourquoi avoir choisi ou créé ce personnage, qu’attends-tu pour son avenir ? Tout a débuté par une simple conversation avec une autre joueuse de ce forum (qui se reconnaîtra Razz ) sur Simon Woods (merci à lui !) suivi d'une séance de bavage et d'une discussion sur un pv que cette joueuse avait l'intention de créer Razz . Et j'ai craqué sur le lien auquel elle pensait et sur le type de personnage que devait être Sam. Cela fait longtemps que j'ai envie d'un personnage amusant, léger, capable de se fourrer dans toutes les situations les plus inextricables (et de s'en sortir avec le sourire Razz ). J'ai hâte de le faire évoluer parmi vous, de le plonger dans d'affreux complots tout comme de faire plein de bêtises !
    As-tu une remarque à faire sur le forum ? Il est tout beau, j'ai hâte de pouvoir jouer **
    En cochant cette case, tu t'engages à accepter le règlement du forum
    J'ai lu et accepte le règlement du forum





Dernière édition par Samuel Talbot le Lun 2 Juil - 23:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 21:58


    « Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence »,
    William Shakespeare.

    PROLOGUE – Sheffield Castle – Année 1625

    Ce fut un froissement de robe qui força Samuel Talbot à redresser la tête. Allongé sur une petite courtine de la bâtisse encore en partie médiévale dans laquelle il avait passé son enfance, il avait jusque-là profité des derniers rayons flamboyants du soleil qui allait se reposer quelques heures, et savouré une solitude dont il n'avait pas l'habitude et que, pour dire vrai, il ne cherchait guère en règle générale. En réalité, il avait bien un compagnon mais Tybalt qui se reposait de sa longue journée faite de courses-poursuites avec des souris et de mésaventures diverses dans les cuisines (d'où la vieille cuisinière l'avait chassé à coups de balai) n'était pas bavard. Il se contentait de ronronner de bonheur, pelotonné contre la poitrine de son maître. Mais apparemment quelqu'un avait déniché sa cachette et se faufilait dans l'embrasure de la fenêtre pour le rejoindre. Pendant une demi-seconde, Samuel s'imagina devoir faire face à sa peste de belle-sœur et l'idée que cette vieille fille austère, ennuyeuse et toujours guindée puisse se déhancher pour se hisser jusque-là lui arracha un ricanement sardonique. Il fut néanmoins soulagé de voir que ce quelqu'un n'était autre que sa jeune nièce qui le considérait avec deux grands yeux ronds emplis d'étonnement.

    - Mon oncle ? Que faites-vous dissimulé ici ?
    Sans attendre de réponse, elle sortit sur la courtine et s'arrêta un instant pour récupérer son équilibre.
    - Faites attention de ne pas tomber, Nell, votre père serait capable de dire que c'est de ma faute, rien que pour le plaisir de m'accuser, s'exclama Samuel d'un ton badin, comme s'il venait simplement de lui dire que la nuit allait tomber et sans faire le moindre geste pour l'aider.
    S'interrompant dans son entreprise de rejoindre l'emplacement un peu plus large où se tenait Samuel, Nell leva les yeux vers le jeune homme et surprit le sourire moqueur et les yeux rieurs de celui-ci. Elle fronça les sourcils de manière charmante et grommela :
    - Voilà qui me surprend de votre part, nous n'êtes pas le genre d'oncle à donner des conseils de prudence. Si je vous avais écouté, j'aurais dû mourir plus de cent fois depuis ma toute petite enfance. Vous rappelez-vous du jour où vous aviez cherché à me persuader qu'une fée m'attendait dans la forêt de Sheffield et que vous m'aviez aidé à quitter la maison en cachette de mes parents ?
    Ce faisant, elle grimpa avec agilité, malgré sa jupe qu'elle avait remonté à la hauteur de ses cuisses, vision tout à fait indécente mais dont l'audace amusa Samuel, et rejoignit son oncle qui lui tendait enfin la main et s’asseyait en tailleur pour lui laisser de la place, au grand déplaisir de Tybalt qui miaula de mécontentement avant de se coucher sur les genoux ainsi offerts. Les mouvements gracieux de Nell évoquait irrésistiblement un chat au jeune homme. Un chat doué de parole malheureusement.
    - Non, moi, je ne me souviens pas mais ma joue sans nul doute, votre père était furieux ce jour-là, répondit-il en se raclant la gorge, mais contrairement à ce que vous semblez penser, je suis un oncle tout à fait responsable, je ne veux pas votre mort. Même si je suis persuadé que votre père serait ravi d'être débarrassé d'une importune comme vous, il lui faudrait m'exiler et ne plus me voir pendant au moins quinze ans pour que l'on ne jase pas trop. Pour tout vous avouer, ça ne me tente guère...
    Elle lui lança une bourrade qu'il ne put éviter dans ce lieu trop petit et il lança un cri de souffrance même si elle avait désormais dix-neuf ans et n'était pas dupe de la mise en scène :
    - Et bien, vous n'auriez qu'à sauter derrière moi, ce seraient deux soucis en moins pour mon pauvre père.

    Samuel eut un éclat de rire en reconnaissant l'absolue vérité de cette phrase puis sans répliquer, il s'adossa contre le mur de la tour est et caressa machinalement le pelage blanc (du moins à l'origine) de son chat. Nell, en face de lui, s'installa plus confortablement et admira pendant quelques instants la vue sur les champs qui entouraient le château, la forêt giboyeuse qui s'étendait au loin et la rivière qui traversait le domaine de son père, le comte de Shrewsbury et frère aîné de Samuel. Mais un à un les rayons s'éteignirent, laissant d'immenses traînées roses derrière eux qui s'effacèrent bientôt au profit de la nuit qui ne permettait plus de distinguer quoi que ce soit au sol. Et dans un bel ensemble, comme par magie, au moment où les ténèbres s'installaient sur le trône céleste abandonné par le soleil, des dizaines d'étoiles apparurent au dessus d'eux. Samuel les considéra quelques instants, sans piper mot, le visage tourné vers la voûte astrale, ses boucles brunes tombant sur ses épaules légèrement agitées par un souffle d'air qui fit frissonner Nell. Sentant que l'attention de son oncle se détournait enfin du ciel, la jeune fille souffla :

    - Alors, mon oncle, vous ne m'avez pas répondu... Que faites-vous ici ? Vous voulez échapper à mon père ? Il vous cherche, je le crois, pour vous offrir ses dernières recommandations avant votre départ de demain.
    Samuel décida d'ignorer cette remarque même si elle avait touché juste :
    - Point du tout, je ne pourrais fuir mon frère adoré. Je suis juste venu admirer les étoiles.
    - Sérieusement ? Dit-elle d'un ton incrédule, vous n'êtes pourtant pas le genre d'oncle mélancolique qui s'échappe d'une réception pour se cacher dans le but d'admirer le ciel. La dernière fois où vous m'avez trouvée triste, vous m'avez dit de votre voix horripilante : « mais enfin, Nell, vous aurez tout le temps d'être mélancolique quand vous serez au tombeau ! ». Ce qui a été bien moins efficace pour me remonter le moral que vos grimaces habituelles.
    - Vous voyez, Nell, vous avez encore beaucoup de choses à apprendre sur moi, vous ne me connaissez pas, sourit Samuel en continuant d'un ton léger : voyez-vous cette étoile, là ? J'ai toujours eu une préférence pour la constellation de...
    - Je ne vous connais mal, il est vrai. Mais j'ai peine à croire que vous puissiez vous comporter différemment d'un enfant agaçant. A vrai dire, comme le dit ma mère dans les rares moments où elle accepte de parler de vous, vous paraissez être resté un enfant malgré les années.
    - Votre mère est une peste malgré les airs de prude qu'elle se donne. Et je vous défends de penser cela... Contrairement à ce que vous imaginez, j'ai été un enfant très sage.
    Nell que Sam savait peu proche de sa génitrice prit un air sévère pour condamner ces paroles mais ne put empêcher ses yeux de rire.
    - Permettez-moi d'en douter !
    Il parut indigné :
    - Comment osez-vous contester ma parole, moi qui ne vous dis toujours que la vérité ? Enfin si on excepte cette histoire de fée.
    - Et bien, si cela est vrai, mon oncle, racontez-moi !
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 22:02


    ACTE I

    SAMUEL : D'après ce qu'a bien voulu me dire ma mère, car pour des raisons évidentes, je ne pourrais témoigner, j'étais un bébé absolument adorable. Vous riez ? Vous n'aurez qu'à lui demander. Votre père lui-même, qui avait déjà dix-sept ans à l'époque ne trouvait rien à dire sur mon comportement même si je dois avouer qu'il s'est rattrapé depuis. Avec quatre frères et trois sœurs, je n'étais pas l'enfant attendu, au contraire. Mon père, le comte de Shrewsbury, savait qu'il n'aurait rien à me léguer, pas la moindre terre ou le moindre titre. Mais je fus choyé autant que j'aurais pu l'être. Il paraît que j'étais un bébé qui ne pleurait jamais et dont le sourire permanent laissait voir de mignonnes petites fossettes devant lesquelles personne ne pouvait résister.
    NELL : Soyons sérieux, mon oncle... Quand avez-vous commencé à être insupportable ?
    SAMUEL : D'après ma mère, ses ennuis ont débuté à partir du moment où j'ai commencé à marcher.


    Sheffield Castle – Année 1600
    Le plus grand plaisir du jeune Samuel depuis qu'il avait fait ses premiers pas – et il n'avait pas fallu attendre longtemps avant qu'il ne prenne de l'assurance au grand désespoir de sa famille, c'était d'échapper aux bras de sa mère pour s'élancer à travers les champs de blé doré que les paysans allaient bientôt venir récolter. Le plus amusant était de bien attendre que la grande et sévère Lady Talbot ou que miss Duff, la gouvernante, aient tourné le dos pour qu'elles ne puissent pas voir dans quelle direction il était parti. Combien de fois avait-il entendu son prénom crié dans tous les recoins du domaine parce qu'on avait perdu sa trace ? Il se gardait bien de répondre, ce n'était pas du jeu s'il se dévoilait trop vite. Après avoir mis à contribution la fratrie entière et une partie de la domesticité, Lady Talbot finissait bien par retrouver son fils et si elle soupirait invariablement qu'il était épuisant et qu'il allait la tuer, elle n'était jamais fâchée trop longtemps, il suffisait que des larmes menacent de couler sur les joues du petit garçon et qu'il se morde la lèvre inférieure pour que sa mère oublie les reproches qu'elle voulait lui adresser pour se pencher vers lui et ébouriffer sa chevelure brune et bouclée. Samuel ne se lassait jamais de ces parties de cache-cache, sa petite taille lui permettait de se faufiler partout et son énergie ne laissait aucun répit à sa gouvernante. C'était ainsi qu'il avait trouvé la cachette sur la petite courtine de la tour est. C'était bien là le seul endroit où personne ne l'avait encore jamais trouvé. Raison pour laquelle il y dissimulait une part non négligeable de son butin. Pour sa défense, à cette époque, il n'avait que cinq ans et s'imaginait devenir corsaire au service de Sa Majesté comme le lointain cousin Talbot de Grafton. Ses frères et sœurs, et surtout le grand dadais qu'était l'aîné George ou la sainte-nitouche qui s'était incarnée en sa sœur Mary étaient des victimes toutes désignées.
    Mais cette journée-là, ses petites jambes ne lui avaient pas permis de fuir assez vite. Miss Duff l'avait attrapé au vol et il avait renoncé à se débattre, une fois que la gouvernante avait mis la main sur vous, cela ne servait plus à rien. Quel dommage, il aurait tant aimé sentir les blés craquer sous ses pieds et lui caresser les bras !
    - Chenapan, vous avez le diable au corps ! Mais je vous ai, je ne vous lâche plus, mon petit monsieur, s'exclamait miss Duff.
    - Où m'emmenez-vous ? Monsieur mon père a demandé que je vienne le rejoindre aux écuries.
    - Vous êtes un menteur, monsieur le comte est parti chevaucher il y a des heures. Et votre mère vous réclame auprès d'elle. Qu'avez-vous encore fait comme bêtise ?
    Samuel fronça le nez comme s'il réfléchissait mais en réalité, il cherchait un moyen d'échapper à la poigne de la vieille femme. Il n'avait aucune envie d'affronter Lady Talbot. Sans compter qu'il avait l'intention d'être très loin au moment où miss Duff se rendrait compte que les biscuits qu'elle dissimulait dans son armoire et mangeait en cachette la nuit avaient disparu. Mais malgré les excuses qu'il put inventer, il ne parvint pas à dissuader la gouvernante de le ramener à Lady Talbot, assise dans le jardin en compagnie de ses filles. Mary faisait la lecture d'un passage de la Bible.
    - Et bien, jeune homme, l'interrompit Lady Talbot en voyant arriver son dernier né, il me semble que vous ayez quelque chose à m'avouer.
    Qu'avait-elle pu découvrir ? Samuel avait un certain nombre de forfaits à son actif et aussi, il tenta de deviner derrière le masque que s'était forgé sa mère ce qu'elle pouvait bien vouloir lui reprocher. Elle ne paraissait pas trop fâchée aussi risqua-t-il...
    - Je suis désolé d'être allé en cuisine pour prendre le fromage que Mrs. Payne destinait à Père. Il avait vraiment l'air délicieux aussi j'ai pensé que nous pouvions le partager avec les souris de William, les pauvres, elles sont malheureuses dans leurs cages derrière la maison...
    - Les provisions qui disparaissent, c'est donc vous ? Répéta Lady Talbot qui semblait tomber des nues, et vous les donnez à des... Souris que votre frère s'amuse à élever ?
    - Oui, elles s'ennuient, vous savez, j'ai ouvert les cages pour qu'elles puissent se promener.
    - Vous avez libéré les souris ?!
    Décidément, il valait mieux se taire, mère ne paraissait pas être au courant de tout cela. Et il allait avoir de graves ennuis. Il risqua un coup d’œil vers les femmes qui lui faisaient face et qui paraissaient assez choquées.
    - Est-ce que cela veut dire que des souris se promènent en liberté dans la maison ? S'écria la petite Elizabeth avec un air terrifié.
    - Nous ne pensions pas à cela à vrai dire..., dit leur mère sans répondre à Elizabeth, mais cela appelle une punition comme la bêtise pour laquelle je vous ai fait venir !
    - Je ne voulais pas prendre le livre de Charles, débita Samuel en espérant que le mauvais moment allait passer plus vite, mais il était très beau avec sa couverture rouge et les lettres écrites en or. Promis, je vais le lui rendre.
    - Chapardeur ! S'exclama Mary, Charles a passé l'après-midi à chercher son livre pour faire l'exercice que son précepteur lui avait demandé.
    - Y a-t-il autre chose dont vous voudriez soulager votre conscience ? Demanda Lady Talbot d'un ton ironique.
    - J'ai mélangé les marques pages de la Bible de notre curé.
    - Voilà qui explique pourquoi le pauvre homme ne trouvait plus ses mots ce matin. Mais je pensais encore à autre chose, monsieur. Avez-vous quelque chose à dire à votre sœur Alethea ?
    Lady Talbot poussa un peu en avant la jeune Alethea, à peine plus âgée que Samuel. Elle avait les larmes aux yeux et poussa un gémissement en voyant l'auteur de tous les troubles de son existence :
    - Tu n'es qu'un méchant, Samuel, tu m'as volé les rubans que Père m'a offert en revenant de son voyage de Londres.
    - Tu n'es rien qu'une menteuse, qu'aurais-je fait de ces rubans de fille ?
    Leur mère eut une moue indéfinissable :
    - Et bien, peut-être pouvez-vous nous expliquer ce que ces rubans font autour du cou de votre chat ?
    Samuel baissa la tête et prit un air désolé. Il vit du coin de l’œil sa mère se lever de son séant et s'approcher de lui :
    - Samuel ! Combien de fois vous ai-je demandé de cesser d'importuner votre sœur ? Vous ne la faites que pleurer !
    - Mais mère... Voyez, je vais lui faire un bisou pour qu'elle ne pleure plus.


    SAMUEL : Ah, l'enfance, l'époque où l'on s'imagine qu'un baiser peut tout arranger ! Ne le dites à personne, Nell, mais cela fonctionne toujours avec votre tante Alethea. Heureusement pour moi car Dieu seul sait combien de fois j'ai dû la supplier de m'accorder son pardon. Entre autres faveurs plus matérielles mais comme je le lui répète, avoir trop d'argent conduit au péché, il faut savoir partager avec ceux qui en ont moins...
    NELL : C'était donc ainsi que vous vous faisiez absoudre de vos nombreuses bêtises ?
    SAMUEL : Nombreuses ? Allons, tout est question de point de...
    NELL : Un simple baiser et tout était oublié ?
    SAMUEL : Vous m'insultez, ma chère nièce ! Un « simple » baiser ? Mais c'était une tactique mise au point dans mon plus tendre âge pour faire fondre les cœurs, si vous semblez assez désolé, si vous parvenez à faire briller vos yeux de larmes, personne ne peut résister, le baiser n'est même pas nécessaire. Il sont bien peu ceux qui peuvent refuser leurs bonnes grâces à un garçon tel que moi.
    NELL : Je parie que cela ne fait rien à ma mère !
    SAMUEL : Votre mère est une ennuyeuse, je l'ai toujours répété. Votre père non plus ne se laisse pas fléchir aussi facilement mais c'est différent, il ne sait pas voir ce qu'il a sous le nez. Mais sinon... Oh si bien sûr... Cela n'a eu aucun effet sur la reine Élisabeth.
    NELL : La reine Élisabeth ? Vous avez rencontré la Reine Vierge ? Êtes-vous donc si âgé ?
    SAMUEL : Inutile de rire de moi, insolente ! Vous savez qu’Élisabeth était une souveraine bien sévère, j'ai osé lui dire que la robe qu'elle portait... Je n'ose le répéter...
    NELL : Mon oncle ! Cessez ce suspens ridicule, dites-moi !
    SAMUEL : Je lui ai dit que sa robe lui donnait l'air d'une meringue géante. Vous voyez, c'est absolument honteux mais pour ma défense, je dis toujours la vérité. Elle a voulu me faire exécuter sur le champ pour un crime de lèse-majesté mais ma mère et ma cousine Lady Arbella se sont relayées pendant des heures pour la faire changer d'avis. Et elle a fini par renoncer quand elle a compris que cela risquait de donner une mauvaise image d'elle-même de couper la tête d'un garçonnet de sept ans.
    NELL : Vous vous moquez... ! Comment auriez-vous seulement pu prendre la parole en présence de la reine ?

    Londres – Année 1602
    La hache se leva et l'éclat du soleil sur la lame éblouit le jeune garçon. Il s'était mis à trembler malgré toute la force de sa volonté. Il avait pourtant affirmé à sa mère et à la cousine Lady Arbella qu'il n'aurait pas peur. Il les avait suppliées de venir et ne les avait laissées en paix que lorsqu'elles avaient cédé. Après tout, avait dit Arbella, une séduisante jeune femme brune de vingt-sept ans aux joues rondes et au regard farouche, il n'était jamais trop tôt pour s'endurcir. Alors il était là, presque au premier rang car on avait laissé passer les grandes dames aux longues robes noires. Et car Arbella l'avait pris par la main et qu'il n'avait osé protester. Du haut de ses sept ans, il avait cru qu'il y aurait quelque chose d'amusant à assister à ce spectacle. Mais depuis que Lady Arbella l'avait lâché, il se sentait seul et abandonné. Il aurait aimé avoir la stature de son père près de lui parce que le comte dont la silhouette semblait faite de marbre était rassurant. Rien de mauvais ne pouvait jamais arriver quand il était là. Et il était inutile de chercher du réconfort auprès des femmes qui l'avaient conduit jusqu'ici. Lady Talbot dont le visage était dissimulé derrière un voile était aussi lointaine que si elle se trouvait à des miles. Quant à la froide Arbella, celle qui mettait un point d'honneur à ce qu'on ne puisse lire ses émotions, elle avait les larmes aux yeux et fixait l'homme agenouillé sur l'estrade, une de ces estrades que Père lui avait dit qu'on utilisait pour le théâtre. Mais ici, il n'y avait aucune illusion. Arbella pleurait, Samuel tremblait tandis que la hache se levait puis s'abattait en bruit sourd atroce. Et le petit garçon se mit à crier.
    - Samuel, Samuel, réveillez-vous !
    Il se sentit secoué sans tendresse par la main de sa mère et ouvrit les yeux sur la soie rouge qui recouvrait les coussins du carrosse. Sans doute, son cauchemar l'avait fait crier dans son sommeil. Il se redressa et se frotta les paupières tandis que la voix ennuyée de Lady Talbot chuchotait :
    - Nous n'aurions pas dû accepter de le faire venir à l'exécution d'Essex. Mon époux va me le reprocher lorsqu'il l'apprendra.
    En face d'elle, son interlocutrice jeta un regard presque méprisant au jeune garçon et répondit :
    - Mon petit-fils doit apprendre le plus tôt possible que la vie dont Dieu nous a fait cadeau n'est pas un jeu et qu'il est dangereux de défier les souverains aux échecs. J'en sais quelque chose, moi qui suis arrivée à douze ans au service de Lady Zouche au moment où elle devenait demoiselle d'honneur de la reine Anne Boleyn.
    Personne ne répliqua aux propos de Bess of Hardwick qui sembla s'en satisfaire. Samuel fut soulagé que l'attention de sa grand-mère dont le regard perçant le mettait terriblement mal à l'aise, se détourne de lui et préféra regarder par la fenêtre les rues animées de Londres à l'image de sa sœur Alethea qui n'écoutait rien de la conversation des adultes.
    - Pourquoi Élisabeth nous invite-t-elle aujourd'hui ? Demanda Lady Talbot.
    - Elle donne une fête à..., intervint Lady Arbella
    - La reine veut vérifier que vous avez compris la leçon offerte par Essex. J'ose croire que c'est le cas, une tête coupée vaut bien toutes les menaces du monde, la coupa Lady Bess, elle sait bien que vous avez toujours des partisans, Lady Arbella, certains souhaitent vous voir sur le trône. Et l'un d'entre eux, malheureusement pour vous, est roi d'Espagne.
    - Nous sommes arrivés, s'exclama Lady Arbella, d'une voix tendue.
    Les trois femmes descendirent avec l'aide d'un laquais, suivies des deux enfants qui avaient totalement oublié les adultes pour observer avec stupéfaction ce qui les entourait. Ainsi... C'était Whitehall ! Ébloui par la beauté du lieu et surtout par le monde qu'il voyait, Samuel prit la main de sa sœur et trottina derrière sa mère. Il comprenait mieux la raison pour laquelle on lui avait fait revêtir cet affreux costume de cour qui avait été d'une difficulté extrême à enfiler. Partout, il voyait des seigneurs habillés comme lui, portant épée à leur ceinture parler avec des dames à la beauté éblouissante. On se retournait sur eux et on saluait les nouveaux venus avec une vraie curiosité. Arrivés dans une salle pleine de dorures, leur marche s'interrompit toutefois et Lady Talbot se tourna enfin vers ses enfants :
    - Surtout saluez la reine comme nous vous l'avons appris. Et ne prononcez pas un mot, nous répondrons à votre place. Est-ce clair ?
    Samuel eut à peine le temps de hocher la tête que les portes s'ouvrirent et que la foule, dans un bel ensemble, plongea dans une révérence. Il l'imita mais ne put s'empêcher de redresser la tête pour voir la nouvelle arrivante. La reine était plutôt grande et son visage fermé était encadré par des traits sévères et un nez busqué. Sa chevelure rousse était ramenée en une coiffure compliquée. Mais ce qui impressionna le plus le petit garçon, c'était sa robe énorme qui en imposait certes mais donnait l'impression que la vieille femme s'était perdue dans les dentelles et les tissus précieux. Élisabeth avança jusqu'à eux et baissa les yeux vers Samuel, croisant son regard. Elle stoppa son pas et d'un geste, commanda que l'on se redresse. Était-ce de sa faute ? Le cœur du garçon s'affola. Peut-être n'avait-elle pas apprécié qu'il la fixe alors qu'il était censé marquer son respect ? Mère allait être furieuse ! Il sentit les larmes envahir ses grands yeux verts et il se pinça les lèvres.
    - Et bien, je suis ravie que vous ayez accepté mon invitation, Lady Arbella.
    - Je suis à votre service, Votre Majesté, répondit Arbella en ployant le genou, ma tante, Mary Cavendish...
    - Lady Talbot, la gratifia la reine, je vois que ma chère amie Bess of Hardwick est aussi parmi nous, c'est un plaisir. Mais qui sont ces charmants enfants ?
    - Ma cousine, Lady Alethea Talbot et son jeune frère, Sir Samuel, Votre Majesté, les présenta Arbella.
    Une fois encore, le regard de Samuel rencontra celui de la souveraine mais elle ne paraissait pas courroucée. Au contraire, brillait une lueur d'amusement dans ses yeux clairs. En cet instant, elle n'avait rien d'un monstre qui envoyait les hommes à l'échafaud comme Mère la présentait régulièrement.
    - Est-ce la première fois que vous venez à la cour, chers enfants ?
    Malgré les recommandations de mère, Samuel ne put s'empêcher de s'exclamer :
    - Oui, c'est la première fois que nous venons, ma sœur et moi.
    Il sentit les femmes autour de lui se raidir et le maudire en silence mais Élisabeth ne semblait pas prendre ombrage de cette réponse :
    - Et bien, monsieur, qu'en pensez-vous ?
    - Que c'est un endroit très beau et je ne comprends pas pourquoi madame la comtesse, ma mère, refuse de m'y amener plus souvent. Elle dit qu'il y a trop de complots et que ce n'est pas un lieu pour des enfants innocents.
    - Le jugement de votre mère est bien sévère à notre encontre !
    - Je l'ignore, madame, je ne suis pas resté assez longtemps pour être pris dans un complot mais j'aimerais beaucoup, cela doit être amusant tant que l'on n'y perd pas sa tête. En tout cas, les robes des dames sont toutes très belles et je pourrais rester des heures à les admirer. Les ladies n'en ont pas de telles à Sheffield Castle et même chez mon oncle, le duc du Devonshire. Sauf la robe de... Il s'interrompit.
    - Quoi, le vêtement d'une dame vous aurait-il déplu ? Et bien, dites quelle est l'indigne personne qui a fait une faute de goût !
    L'entourage de Samuel retint son souffle.
    - Madame, je n'aime guère votre robe, il y a trop de diamants et elle est trop grande, nous pouvons à peine approcher de vous quand nous le voulons, on dirait une meringue géante, s'exclama Samuel d'un ton léger, tout content qu'on lui demande son avis et sans penser la moindre seconde qu'il pouvait vexer une reine.
    Tout resta silencieux quelques secondes, tout le monde guettait avec inquiétude la réaction d’Élisabeth. Mais au soulagement général, la vieille femme, d'abord surprise, recula de quelques pas pour se laisser aller à son hilarité. Samuel lui sourit, sans bien comprendre pourquoi elle riait, mais ravi d'avoir plu.
    - En voilà, un jeune homme franc. Sir Samuel, me feriez-vous l'immense honneur de dépasser votre détestation de mon accoutrement pour vous installer auprès de moi pendant le spectacle ?
    - Il y a un spectacle ? Sautilla le jeune garçon, tout heureux.
    - Notre dramaturge préféré, monsieur Shakespeare présente une comédie ce soir, La Nuit des rois. J'espère que vous aimez le théâtre autant que moi, monsieur.
    - Je n'ai encore vu aucune pièce.
    - Et bien vous serez auprès de moi pour votre première.
    Sur ces mots, elle s'éloigna saluer d'autres personnes alors que les dames, soufflées, se retournaient sur Samuel.


    NELL : Non vraiment, mon oncle, je ne crois pas un mot de cette histoire de votre crime de lèse-majesté. La reine n'aurait pas voulu vous faire exécuter !
    SAMUEL : Vous demanderez à votre grand-mère, Lady Talbot, vous verrez bien ce qu'elle vous dira. Je dis toujours la vérité. Néanmoins, c'est lors de ma visite à la cour de la reine Élisabeth que j'ai découvert ma passion pour le théâtre. Cette expérience ne m'aura donc pas seulement appris que les puissants sont susceptibles.
    NELL : Mère a toujours refusé de nous laisser voir une pièce à mon petit frère Charles et à moi. Elle dit que le théâtre ronge l'âme et la corrompt irrémédiablement. J'ai hâte d'être présentée à la cour du roi pour pouvoir faire ce qu'il me plaît sans subir ses reproches !
    SAMUEL : Quoi ? Vous oseriez, ma tendre nièce, passer outre les stupides et vaines recommandations d'une chauve-souris géante qui voit le mal partout ? Vous me voyez choqué !
    NELL : Une chauve-souris ?
    SAMUEL : Ne riez donc pas si fort, vous risqueriez d'indiquer notre position. Je n'ai pas gardé cet endroit secret pendant presque trente ans pour que vous gâchiez tout en une soirée ! Mais en tout cas, Nell, vous savez que vous pouvez compter sur moi pour désobéir aux ordres de ma belle-sœur. Une tendre amitié nous lie, elle et moi.
    NELL : Ce n'est pas comme si elle avait vitupéré toute la semaine après avoir appris la mission que Père vous avait confié, en effet...
    SAMUEL : Vous avez raison, j'ignorais qu'une chauve-souris pouvait hurler si fort... Ce serait un objet d'étude intéressant.
    NELL : Mais dites-moi, mon oncle, comment est née votre haine mutuelle ?
    SAMUEL : Tout est de sa faute, bien entendu. Si elle n'avait pas mal pris l'histoire de la grenouille aussi...

    Sur la route de Londres – Année 1607
    « Je ne veux plus le voir ! ». Cette voix résonnait encore dans l'esprit de Samuel Talbot alors que le carrosse bringuebalait sur les routes pleines d'ornières qui menaient à Londres. Pourtant, il avait été plutôt gentil avec la nouvelle épouse de son frère George lorsqu'elle s'était installée à Sheffield Castle. Il était même ravi d'avoir une nouvelle amie qui avait à peine six ans de plus que lui, il s'ennuyait ferme depuis le départ de ses sœurs Elizabeth et Mary, devenues comtesses de Kent et de Pembroke et de ses frères, John et William, installés désormais sur leurs terres avec leurs femmes. A vrai dire, depuis le jour où une violente querelle avait opposé père et mère, la vie n'était plus tout à fait la même à Sheffield. Mère avait choisi de se faire catholique au grand déplaisir de père qui avait décidé de la chasser de la demeure familiale de peur qu'elle ne convertisse également ses enfants. Samuel ne comprenait rien à ces problèmes de confession. Dieu avait-Il réellement quelque chose à faire de la façon dont on Le priait ? N'était-ce pas l'intention qui comptait uniquement, l'intention et la foi que l'on avait en son cœur ?
    Il n'était pas destiné ni à la religion ni à la politique, tout ce qu'il savait, c'étaient les paroles qu'il surprenait parfois entre son père et George. Doté d'un grand sens de l'observation et d'une vraie sensibilité, il avait vite fini par comprendre que la famille Talbot était en défaveur. Le comte de Shrewsbury, dont le père avait été le geôlier de la reine Mary Stuart, était réputé être bien trop proche de Lady Arbella pour avoir accepté de bon cœur la succession en faveur de Jacques Stuart. Sans compter que les Talbot de Grafton avaient été soupçonnés d'avoir armé Guy Fawkes lors de la conspiration des poudres. Il avait fallu éloigner Lady Talbot pour se racheter une conduite auprès du roi. Pire encore, marier George à une demoiselle Fortescue, de bien moindre noblesse mais dont la famille puritaine saurait contrebalancer les soupçons de catholicisme qui pesaient sur l'aîné des fils du comte.
    Loin de ses préoccupations, Samuel grandissait et s'étoffait. Il n'avait jamais perdu ses boucles brunes, le pétillement de ses yeux et sa joie de vivre. Curieux de tout, il était toujours difficile à suivre dans ses réflexions et le manque de surveillance lié à l'absence de sa mère encourageait les dispositions de son caractère fantasque et excentrique. Il avait dévoré tous les livres de la bibliothèque du château, se prenant tour à tout de passion pour la poésie, l'agronomie, les romans de chevalerie, la biologie ou l'équitation. Ce ne durait jamais bien longtemps mais on s'étonnait de le trouvait toujours affairé à une occupation qui lui semblait d'une importance capitale. Seule Alethea parvenait à le suivre lorsqu'il se trouvait survolté. Et elle était la seule à comprendre l'unique passion qui dura : le théâtre. Malgré les tours fréquents qu'il lui jouait (elle était si charmante avec son air buté et vexé), Alethea le soutenait face aux reproches de père. A l'idée qu'il ne la reverrait plus pendant des mois, peut-être même des années, Samuel écrasa une larme qui coulait sur sa joue.
    Anne Fortescue était une demoiselle qui n'aimait pas le théâtre. Elle n'avait que dix-sept ans mais le pli qui barrait son front et son air perpétuellement réprobateur la rendaient vieille. Samuel avait cru trouver une nouvelle amie, une compagne de jeu qui mettrait un peu d'animation avec lui entre ces pierres médiévales. Mais elle avait refusé tout net, le regardant avec mépris dès le mariage (Samuel n'avait jamais compris pourquoi il lui avait déplu, enfin si on oubliait sa proposition de danser au moment où le pasteur demandait de prier pour les nouveaux époux, à sa décharge, la cérémonie devenait vraiment ennuyeuse) et critiquant sans cesse ses lubies, abreuvant George de reproches sur l'éducation de son frère. De quoi se mêlait-elle ? Il n'en fallait pas plus pour qu'Anne devienne la cible favorite des moqueries et des plaisanteries de son jeune beau-frère. Elle n'avait déjà pas apprécié l'histoire de la grenouille. Mais quand il avait décidé d'inviter une troupe de théâtre ambulante à venir à Sheffield avant de faire des expériences avec la petite Nell, la fille tout juste née de George et Anne (n'était-ce pas intéressant de voir combien de temps, cet affreux bébé tout rouge pouvait pleurer quand on le pinçait ?), la nouvelle Lady Talbot avait été folle de rage. Sous les yeux de son beau-père, de George et de Samuel qui se défendait avec colère, elle avait mis au feu les éditions de pièces de théâtre qu'il possédait, il n'avait réussi qu'à sauver La Nuit des rois, glissé entre deux pierres sur la courtine de la tour est.
    - Je ne veux plus le voir ! Il veut ma mort et celle de ma fille, c'est un envoyé du démon ! Hurlait-elle, sans que George puisse la calmer.
    Il eut beau défendre l'idée qu'il était ici chez lui, Samuel perdit la manche, il fallait l'éloigner à son tour. On le mit dans un carrosse en route pour Londres pour le confier à un précepteur qui prendrait en charge le garçon, mettrait à profit son intelligence pour des apprentissages utiles et calmerait son excentricité. C'étaient les termes mêmes de Père. Et au moment de quitter Sheffield, alors qu'il embrassait une dernière fois Alethea, Samuel avait détesté Anne, avec une telle force qu'il en avait été surpris. Ce sentiment s'était peu à peu estompé au fil du voyage. Il ne parvenait jamais à haïr et à être triste plusieurs heures d'affilées. Il prenait son parti de toute chose et les paysages qui s'offraient à lui, l'excitation à l'idée que Londres allait être sienne lui changèrent assez les idées pour que son cœur se sentît plus léger. La voix d'Anne finit par s'effacer de son esprit. « Elle ne veut plus me voir ? Songea-t-il férocement, et bien je ne lui imposerai plus ma présence ! Qu'ils vont tous s'ennuyer à Sheffield Castle, tant pis pour eux ! ».
    Et le carrosse continuait à bringuebaler sur la route. Samuel serrait La Nuit des rois dans sa paume, pensant avec toute la sagesse de ses onze ans qu'on pouvait être heureux partout tant que d'ennuyeuses personnes ne vous empêchaient pas de rire et de vous amuser.


    NELL : Vraiment ? Ma mère vous a mis à la porte pour avoir glissé une grenouille dans son lit, ce que vous avez fait en pensant que cela rendait fertile ? Ai-je le droit de paraître incrédule ?
    SAMUEL : Droit ou pas, vous avez en effet l'air un peu ébahie, Nell. Disons que cette malheureuse grenouille était l'une des raisons qui a poussé mon père et mon frère George à m'envoyer chez mon précepteur John Yates. Et bien des années plus tard, je peux vous dire que je ne regrette pas d'avoir croisé la route de ce batracien. Outre que cet épisode a été l'un des plus drôles de mon existence – imaginez votre mère en train de courir dans tout le château en hurlant « qu'on la pende et qu'on le brûle pour sorcellerie » (je crois que le « le » me désignait) –, les quelques années que j'ai passées auprès du Dr Yates ont été parmi les plus formidables de mon existence. J'avais une soif de savoir énorme qu'il s'efforçait d'étancher autant qu'il le pouvait. C'était un homme de science avant tout, il m'a appris les mathématiques. C'est en grande partie grâce à lui que je suis l'être charmant et cultivé que je suis aujourd'hui... Allons, je ne vois pas pourquoi cela vous fait rire !
    NELL : Oh je confirme, vous paraissiez être un enfant bien charmant. Juste intenable et insupportable. Mais rassurez-vous, mon oncle, si tout le monde veut rester jeune... Vous, vous n'avez pas vieilli.
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♟ Arrivée à Paris : 02/07/2012
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Sous le sceaux du secret
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Jeu d'espion: Les intérêts de l'Angleterre et de ma famille... Quand j'y pense !
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 22:16


    ACTE II

    NELL : Je sais que cela est stupide mais vous étiez si souvent absent quand j'étais petite que je me suis toujours amusée à imaginer que vous étiez un grand explorateur à la découverte de contrées fabuleuses. Ma mère refusait invariablement, malgré toutes mes suppliques, de me dire ce que vous faisiez et où vous étiez de peur que je ne cherche à vous écrire, elle sait bien que je ne suis jamais ses ordres et que j'étais capable de vous envoyer une lettre pour vous demander de me prendre avec vous.
    SAMUEL : Oh, mais elle avait raison dans un sens (notez bien que c'est la seule et unique fois que je donnerais raison à votre mère), vous auriez eu tort de chercher à m'écrire, les lettres parvenaient difficilement dans les contrées extraordinaires que je découvrais chaque jour, où j'apprenais les us et les coutumes de ces peuples barbares qui parlent des langues incompréhensibles et se comportent au nom de codes impossibles à comprendre pour un étranger à leur tribu. Un faux pas et vous risquiez d'être rejeté à jamais de leur société, repoussé comme un marginal dans la nature hostile... Heureusement, j'avais un guide parfait en la personne de mon oncle, Lord Cavendish.

    Vienne – Année 1610
    Le carrosse stoppa dans la cour d'un splendide château, cour dans laquelle des domestiques empressés vaquaient à leurs occupations. Samuel Talbot n'attendit pas que l'on daigne venir ouvrir la porte et d'un bond, sauta au sol. Cela faisait des semaines qu'il voyageait sans discontinuer sur les routes d'Angleterre, des Pays-Bas puis d'Autriche. Il était heureux d'être arrivé et de pouvoir enfin découvrir un nouveau pays. Il se dégourdit un peu les jambes puis tenta d'arrêter un laquais :
    - Pardon, où puis-je trouver le quartier des ambassadeurs ?
    L'homme secoua la tête pour indiquer qu'il ne comprenait pas l'anglais mais cela ne rembrunit pas Samuel qui décida de partir en exploration. Il avait quatorze ans, une haute silhouette dégingandée et un trop-plein d'énergie à revendre. Malgré tous ses efforts, le bon docteur Yates n'avait jamais réussi à poser le jeune garçon et à le rendre plus calme. Comment pouvait-on réfléchir posément quand tant de choses restaient à découvrir ? Il s'était pris de passion pour les mathématiques puis l'astronomie ou encore des sciences plus occultes comme l'astrologie. Puisqu'on ne lui avait réservé ni la religion ni la politique, il lui restait la connaissance du monde. Tout mystère lui était insupportable. Tout secret méritait d'être découvert. Peut-être que l'univers était compréhensible même pour les pauvres humains qu'ils étaient ? Tout n'était qu'harmonie et cela fascinait le jeune garçon qu'il était. Le docteur Yates écrivait des lettres pleines d'éloges de son élève. Et pleines de reproches sur sa façon de se comporter, sur son habitude de poser des questions et d'intervenir même lorsque la situation ne le permettait pas. Mais lorsque Samuel désirait apprendre ou savoir, rien ne l'arrêtait. Et malheureusement pour son pauvre professeur, il était assez intelligent pour vouloir toujours aller plus loin, n'hésitant pas à pointer les défauts d'une théorie ou d'une pensée. Dr Yates marmonnait dans sa barbe mais il adorait son jeune élève. Il le choyait assez pour qu'à sa mort, Samuel le pleurât sincèrement.
    Dans les couloirs emplis de monde, il n'attirait guère l'attention sinon celle de quelques dames qui firent des commentaires désobligeants sur son habit à l'anglaise. Mais il n'en avait cure. Les reproches ne l'atteignaient en aucun cas. Un sourire de sa part, d'ailleurs, les fit taire. Il doutait sincèrement de pouvoir trouver celui qu'il cherchait dans cette foule mais admirer les tableaux de maîtres et les meubles finement ouvragés lui convenaient. Il tenta toutefois sa chance avec un valet de son âge :
    - Excusez-moi, où sont les quartiers des ambassadeurs ?
    - Vous êtes anglais, n'est-ce pas, monsieur ? L'ambassadeur se trouve dans l'aile est, dans cette direction, il parlait à l'ambassadeur de France, expliqua gentiment le garçon en le guidant sur quelques mètres.
    Et en effet, au bout du couloir, Samuel reconnut tout de suite la stature de son oncle. Edward Cavendish discutait avec animation avec un homme plus petit que lui, agitant ses mains dans une gestuelle compliquée et courbant la nuque pour bien distinguer la façon dont réagissait son interlocuteur. Il jeta un regard en direction de son jeune neveu mais ne marqua aucune réaction. Ce ne fut que quelques secondes plus tard que ses yeux s'illuminèrent et que se détournant de sa conversation, il fit face à Samuel :
    - Oh, Sir Samuel Talbot, mon cher neveu, j'ai failli ne point vous reconnaître, vous avez tellement grandi ! Pardonnez-moi, ambassadeur, je crains qu'il ne faille remettre notre discussion à plus tard.
    - Je vous en prie, ambassadeur Cavendish, le salua le petit bonhomme qui s'éloigna à pas pressés.
    Samuel se trouvait désormais seul avec son oncle qu'il n'avait pas revu depuis des années. Mais l'oncle Ned n'avait pas changé d'un iota. C'était toujours le même homme d'une maigreur épouvantable – lorsqu'il venait à Sheffield Castle, mère ne cessait de répéter qu'il travaillait trop (tandis que père attendait qu'il soit reparti pour dire exactement l'inverse sous prétexte qu'il devait bien y avoir un grand nombre de banquets prévus pour les diplomates), aux courts cheveux grisonnants, maintenant presque entièrement blancs. Mais ce que Samuel appréciait le plus chez l'oncle Ned, c'était son sourire sincère et bienveillant dont il le gratifia d'ailleurs presque immédiatement.
    - Je ne vous attendais pas aussi tôt, mon cher neveu, je viens à peine de recevoir la lettre de votre père me prévenant de votre arrivée prochaine.
    - Je suppose qu'il m'a envoyé en même temps que sa missive.
    - Était-il donc pressé de se débarrasser de vous ?
    - Il craignait surtout que vous refusiez ma venue, vous me connaissez, vous savez comment je suis. Il ne pouvait pas vous faire croire que je m'étais assagi.
    Edward Cavendish éclata de rire et ébouriffa les boucles brunes de son neveu.
    - Si j'étais raisonnable, j'aurais répondu à votre père que vous avoir avec moi était la meilleure façon de faire échouer mes ambassades. Mais puisque vous êtes là...
    - Vous me surestimez, oncle Ned, on ne peut m'en vouloir bien longtemps, même après une grosse bêtise, répliqua Samuel en lui faisant un clin d’œil.
    Ils continuèrent à plaisanter le temps de regagner les appartements qui avaient été attribuées à Edward, lequel présenta au jeune garçon l'endroit où il allait dormir pendant les prochaines semaines. Au moment où Cavendish allait sortir pour permettre au jeune garçon de s'installer (même si celui-ci avait l'intention de profiter de ces quelques heures de liberté pour explorer les alentours et faire connaissance avec de futurs complices dans le crime), l'ambassadeur se tourna vers son neveu :
    - Croyez bien que j'aurais préféré d'autres circonstances pour que l'on vous confie à moi, Samuel, mais je suis ravi de vous avoir auprès de moi. Vous distrairez efficacement le vieil homme malade et peu amusant que je suis et je tenterai de vous apprendre quelques rouages du métier en espérant qu'il vous plaise...
    Il allait tourner les talons lorsque Samuel, rembruni à ces paroles, se redressa brusquement. Sa belle assurance s'était envolée et les mots qui sortaient de sa bouche étaient hésitants.
    - Mon oncle, avez-vous eu des nouvelles de ma mère ? Mon père ne m'a pas écrit pendant mon voyage malgré mes suppliques.
    Il paraissait soudain tellement jeune et vulnérable que Ned eut un mouvement pour le prendre dans ses bras mais renonça.
    - Votre mère est en bonne santé. Votre père est allé la visiter à la Tour de Londres mais il n'a pu l'enjoindre de confesser ses fautes. Vous savez qu'elle est accusée d'avoir aidé Lady Arbella Stuart à fuir la Tour et à prendre un bateau pour les Pays-Bas espagnols. Lady Arbella a été arrêtée peu avant de rejoindre les côtes des Pays-Bas et depuis, j'ai entendu dire que votre mère et elle étaient soupçonnées de faire partie d'un complot catholique contre notre roi. Mais je vous prie, Samuel, ne vous inquiétez pas outre mesure, la situation va s'arranger.
    - Est-ce la seule raison pour laquelle mon père m'a éloigné ? N'aurais-je pas dû entrer au service d'un grand seigneur comme l'ont fait mes frères à mon âge ? Ou est-ce... Parce qu'il ne voulait pas de moi ?
    - Votre père veut vous protéger, mon enfant, dit gravement l'oncle Ned avant de poursuivre d'un ton plus léger : Et vous verrez, les voyages forment la jeunesse.


    NELL : Lord Cavendish, vraiment ? Ce petit bonhomme rabougri qui ne cesse de radoter ?
    SAMUEL : Un peu de respect pour vos ancêtres, demoiselle, datent-ils de temps antiques comme l'oncle Ned ! Vous avez tort de rire de lui, c'est l'un des hommes les plus gentils et les plus honorables qu'il m'ait été donné de rencontrer. Et il continue à mener ses missions diplomatiques en Italie à l'heure où nous parlons. Je suppose que la péninsule ne doit pas être un enjeu essentiel pour qu'on y envoie un vieil homme gâteux.
    NELL : Mais je ne riais pas, mon oncle... J'étais juste en train de me dire qu'en fait de peuples barbares aux coutumes étranges... Vous avez fait la connaissance des Hollandais, des Autrichiens et des Allemands, vous parlez d'explorations fabuleuses !
    SAMUEL : Hé, je suis allé dans le sud également !
    NELL : Oh, vous êtes même allé en France, n'est-ce pas extraordinaire ? Je suis déçue, mon oncle, l'image de vous au milieu d'une tribu du Nouveau Monde, la face peinturlurée et coiffé de plumes, m'amusait grandement !
    SAMUEL : Je n'avais que quatorze ans quand je suis allé rejoindre mon oncle Ned et je l'ai quitté à l'âge de dix-neuf ans à la demande de votre cher père, je n'ai guère eu le temps de traverser plusieurs fois l'océan. Et puis, ne doutez pas un seul instant que si l'on m'avait fait partir pour les Amériques, je vous aurais prise dans mes bagages.
    NELL : Pour faire un pied de nez à ma mère ?
    SAMUEL : Oh oui, bien sûr, il y a votre mère, elle ne s'en serait jamais remise. Mais c'était surtout dans l'idée de vous offrir en gage de paix aux chef indigène qui nous recevrait. Encore que... Maintenant que je le dis à haute voix, je pense que c'est une mauvaise idée, vous offrir serait la plus sûre façon de déclencher une guerre ! Mais... Je suis votre oncle, vous ne pouvez me frapper !
    NELL : Nous en reparlerons quand vous aurez l'âge de Lord Cavendish. Mais vous me disiez que mon père vous avait rappelé en Angleterre ?

    Bordeaux – Année 1615
    - Si ce n'est pas pitié de marier des enfants si jeunes, souffla Edward Cavendish à son neveu, assis auprès de lui et qui applaudissait avec enthousiasme les jeunes souverains qui souriaient timidement à la foule venue les accueillir à l'entrée de Bordeaux.
    Samuel Talbot leva les yeux au ciel car son oncle ne cessait de se plaindre depuis que les festivités de mariage entre le jeune Louis XIII et l'Infante Anne avaient débutées. La jeune homme savait très bien que ce n'étaient pas les tournois impressionnants ou les superbes mises en scènes d'épisodes mythologiques qui déplaisaient à Edward même s'il trouvait à redire sur tout (de l'heure et des dangers des tournois au costume indécent d'un figurant que l'on voyait à peine) avec la plus parfaite mauvaise foi. Non, l'oncle Ned ruminait son échec : il n'avait pu empêcher l'alliance entre la France et l'Espagne, les deux plus grandes puissances catholiques aux contentieux pourtant anciens. Samuel prenait la chose avec plus de philosophie : après tout, puisque cela se faisait... Autant en profiter au maximum, surtout lorsqu'on était invité d'honneur (Marie de Médicis ayant sans nul doute eu envie de faire un pied de nez aux Anglais en cette occasion) ! Et puis, il n'y avait pas besoin d'être diplomate pour savoir que les Français et les Espagnols se disputeraient à nouveau en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
    - Allons, cessez de faire cette mauvaise tête, oncle Ned, réjouissez-vous des célébrations que la cour de France nous propose, j'ai hâte d'assister à cette bataille navale et je...
    Devant l'air brusquement sévère de l'ambassadeur, Samuel eut un sourire innocent :
    - Et bien sûr, je ne parierais rien sur l'issue de cette bataille, quelle idée, mon oncle, cela ne me ressemble pas !
    Lord Cavendish poussa un grognement pour montrer qu'il n'était pas dupe mais adressa un petit signe de la main à son neveu tout en se rasseyant confortablement sur son siège et en s'emparant de sucreries devant lui. Samuel, après cinq années passées en sa compagnie, connaissait bien tous les tics de son oncle Ned. C'était là le geste qui signifiait que le jeune homme pouvait partir s'amuser et que l'ambassadeur fermait les yeux le temps d'un après-midi de fêtes. Edward avait bien vite compris qu'il ne pourrait pas empêcher son neveu de laisser libre court à sa curiosité naturelle et à son caractère fantasque. Oh, il avait bien tenté de refréner l'enthousiasme de Samuel, lui apprendre les arcanes de la diplomatie secrète ou officielle. Mais tout cela n'était pas fait pour le jeune garçon. De tous les enseignements de Ned, Samuel ne s'était pris de passion que pour l'apprentissage des langues ce qui lui permettait désormais d'être compris partout où il se rendait et pour les belles lettres et autres tournures d'esprit qui le mettaient en valeur à la cour. Il était devenu un véritable courtisan capable de se fondre dans la foule et de plaire aux demoiselles même s'il n'en jouait jamais réellement. La plupart des filles lui paraissaient tellement stupides lorsqu'elles gloussaient derrières leurs éventails en lui jetant des œillades ! De toute façon, avec l'oncle Ned, ils ne restaient jamais assez longtemps à une cour pour créer des relations durables même si Samuel était doué pour se faire des amis et se faire apprécier grâce à sons sens de la répartie et à son humour.
    L'ambassadeur Cavendish s'était penché de l'autre côté pour échanger quelques mots avec un envoyé des États des Provinces-Unies. Samuel en profita pour s'échapper avant que son oncle ne puisse changer d'avis. D'un bond, il était hors de son siège et rejoignait les quelques fils de bonne noblesse française de son âge avec lesquels il avait sympathisé. Ils l'accueillirent chaleureusement avec des éclats de rire et des tapes dans le dos.
    - Et bien, Talbot, vous avez perdu votre pari, le chevalier d'Autun a gagné sa joute, combien me devez-vous ? S'exclama l'un d'eux, un jeune garçon svelte et joueur, particulièrement riche ce qui expliquait pourquoi il était toujours celui qui lançait les paris.
    - Rien, il me semble, répondit le jeune Anglais avec la plus parfaite mauvaise foi, Autun n'a pas gagné, c'est son adversaire qui est tombé tout seul de son cheval et qui s'est empêtré dans son armure.
    - Et alors ? C'est bien une victoire !
    - A partir du moment où sa lance n'a pas touché l'imbécile qui lui faisait face, j'estime que c'est plutôt un abandon, un forfait.
    Ils continuèrent à se disputer jusqu'en arrivant au bras de la Garonne où se devait se dérouler la bataille navale. Des petits bâtiments de guerre en modèle réduit manœuvraient déjà en attendant l'arrivée du jeune souverain et de sa reine. L'excitation avait déjà saisi les spectateurs qui parlaient avec animation, pariaient à grand renfort de gestes sur tel ou tel navire et applaudirent lorsque l'un des bateaux salua leur arrivée en faisant tonner un canon.
    - Et bien, cette fois-ci, soyons clairs, Talbot, s'écria le mauvais perdant, vous ne me tromperez pas, sur lequel pariez-vous ?
    - Hum... Celui-ci sera le premier à couler, fit mine de réfléchir Samuel, ayant parfaitement vu que celui qu'il désignait était déjà endommagé afin qu'il coule plus vite lors du spectacle et qui avait décidé de faire honneur à la réputation des Anglais sur les mers.
    - Allons, Talbot, donnez-vous au moins le nom du gagnant ou je dirais à tous que vous n'êtes qu'un tricheur !
    - Je ne triche jamais ! Protesta Samuel, piqué au vif.
    Une fois de plus en désaccord, les deux garçons haussèrent le ton et finirent par se bousculer amicalement. Cela aurait pu en rester là s'ils ne se trouvaient pas sur les bords de la Garonne. Une bourrade un peu trop brusque de l'Anglais et son camarade perdit l'équilibre, battit des bras dans l'espoir de se raccrocher à quelque chose puis bascula dans le fleuve. Pendant un instant, Samuel crut pouvoir y échapper mais juste avant qu'il ne tombât, son ami saisit son bras pour empêcher l'inévitable. Et ils plongèrent tous les deux. L'eau était froide, le courant particulièrement fort et même si le jeune homme savait nager, il dut se débattre pendant de longues secondes pour remonter à la surface et cracha un long filet d'eau qui était rentrée dans sa gorge dès que son visage fut de nouveau à l'air libre. Son ami s'était accroché à un rocher en bord du lit de la rivière, paraissait un peu choqué mais sain et sauf. Tout en faisant quelques gestes de brasse, Samuel jeta un œil sur les spectateurs qui les observaient d'un air inquiet et au premier rang de ceux-ci... Le roi lui-même. Le jeune garçon eut un éclat de rire et d'un geste cérémonieux, il fit mine d'ôter un chapeau imaginaire pour saluer Louis XIII qui lui répondit d'un signe de tête avant de commander que les navires aillent secourir « les hommes à la mer ». Pour quelqu'un qui passait inaperçu, Samuel venait de se faire drôlement remarquer !
    En retournant sur la terre ferme, Samuel était toujours trempé de la tête aux pieds, son bel habit était mal en point. Immédiatement, le jeune serviteur de son oncle lui apporta une serviette pour qu'il se sèche les cheveux et l'aida à s'éloigner de la foule pour lui ôter sa veste. En relevant la tête, Samuel vit la haute stature de son oncle s'approcher à grands pas. Il avait un air préoccupé.
    - Oh, mon oncle, pardonnez-moi, je..., commença le garçon, pensant que sa bêtise avait déplu à Lord Cavendish mais il s'interrompit en voyant que Ned ne le regardait pas dans les yeux et tenait une lettre à la main.
    - Mon pauvre neveu... Je viens de recevoir cette lettre et... Mais pourquoi êtes-vous mouillé ? S'étonna l'ambassadeur.
    - C'est une longue histoire, dites-moi, des nouvelles d'Angleterre ?
    - Oui et plutôt mauvaises, mon cher neveu. Pour vous comme pour moi. Asseyez-vous.
    Samuel, le cœur battant, obéit.
    - Votre frère George vient de m'envoyer cette missive. Les choses se sont bousculées ces dernières semaines à Londres. Lady Arbella a rejoint le Seigneur, elle a été retrouvée morte dans sa cellule de la tour de Londres. En conséquence, votre mère a été libérée.
    - Mais, pauvre Arbella, paix à son âme, c'est plutôt une bonne nouvelle pour Lady Talbot...
    - Je n'ai pas terminé. Votre père a également rendu son dernier souffle.
    Cette fois-ci, le choc laissa Samuel sans voix, sans doute pour la première fois de son existence.
    - Votre frère George est le nouveau comte de Shrewsbury, il vous réclame auprès de lui et de toute façon, vous devez retourner en Angleterre pour les funérailles. Ce n'est pas tout. Avant de mourir, votre père a tenu à organiser vos fiançailles avec une demoiselle de bonne famille, Lady Frances Rich, la fille du comte de Warwick.
    - Le puritain ?
    Edward Cavendish acquiesça avant de se détourner mais sans pouvoir cacher à son neveu qu'il avait les larmes aux yeux :
    - Vous devez partir au plus tôt.


    NELL : Mon père vous a envoyé une lettre pour vous dire qu'il avait besoin de vos conseils sur une affaire urgente ? Mon oncle, je ne peux le croire ! Vous êtes la dernière personne à qui l'on s'adresserait pour faire preuve de bon sens.
    SAMUEL : Méfiez-vous, ma mission en France vous...
    NELL : C'est bon, je retire ce que je viens de dire, même si ce n'est que sous la menace, mais je sais que vous me mentez. Je connais assez bien mon père pour savoir qu'il n'était pas totalement perdu à la mort de grand-père. Dois-je vous rappeler que j'avais déjà huit ans à cette date ? Mon père n'a même pas versé une seule larme.
    SAMUEL : Ah, je ne suis pas le seul à dire qu'il est insensible !
    NELL : Quelle est la vraie raison, mon oncle ? Je sais que ma mère refuse toujours de parler de cette période en disant que vous vous étiez mal comporté et qu'il faut m'en protéger. Mais je veux savoir et vous ne pouvez donner une fois de plus raison à ma mère !
    SAMUEL : Hélas... J'étais revenu pour épouser Lady Frances Rich... Allons, pourquoi ce rire, une fois de plus ?
    NELL : Vous, marié ? Voilà bien quelque chose que je ne peux imaginer !
    SAMUEL : Et bien détrompez-vous, nous étions fous amoureux l'un de l'autre mais le destin nous a séparés l'un de l'autre... Nos familles ennemies, la raison d’État, la grande Faucheuse...
    NELL : Mon oncle, inutile de me réécrire les tragédies de Shakespeare. Je sais fort bien que vous n'avez jamais aimé la femme que vous destinait mon père, j'avais déjà onze ans à l'époque, rappelez-vous ! Les enfants savent écouter aux portes.

    Londres – Année 1618
    - C'est une mort bien contre nature, que d'être tuée pour aimer. Hélas ! Pourquoi mordez-vous ainsi votre lèvre inférieure ? Quelque violente passion ébranle tout votre corps : ce sont des présages sinistres ; cependant j'espère que ce n'est pas moi qu'ils menacent.
    Desdémone termina sa réplique avec des trémolos dans la voix qui semblèrent émouvoir le public. Elle tremblait à l'unisson avec Othello qui lui faisait face mais chez elle, c'était la peur qui s'était emparée de son corps et non la colère. Elle se refusait à croire au destin tragique que lui réservait son époux. Non, il ne pouvait avoir assez de désespoir en lui pour souhaiter que... Et pourtant... Pourtant, il prendrait le coussin sur le lit et bloquerait ses voies respiratoires jusqu'à ce qu'elle étouffe, jusqu'à ce qu'elle meurt sous les yeux de spectateurs horrifiés mais passifs.
    Des applaudissements enthousiastes éclatèrent dès que la dernière réplique fut prononcée. Ravie, la morte se redressa et saisit la main que lui tendait son assassin. Sa première montée sur les planches était un succès. Sentir le public frissonner avec vous, s'exclamer en chœur, rire parfois, haleter devant une scène trépidante, tout cela était proprement exaltant. Samuel, dans un geste tout féminin, remit une mèche de sa longue chevelure en place avant de saluer. Tenir le rôle de Desdémone n'avait été au départ qu'un défi lancé par son nouvel ami, George Villiers, lequel se tenait d'ailleurs en bas de la scène, au premier rang, lançant des baisers en riant à la « ravissante Desdémone » qu'il était. Cela ne se faisait pas pour un noble comme lui de faire partie d'une pièce, de se vêtir en femme mais après tout, ce n'était que le temps d'une soirée. D'un geste gracieux, Desdémone fit sa dernière révérence, souffla un baiser en direction de Villiers puis s'éloigna en coulisses. Une véritable excitation s'était emparé de Samuel. Après cette expérience unique, il voulait continuer toute la nuit à suivre son ami dans des lieux mal-famés, profiter de sa liberté pour faire tout ce qu'il n'avait pas le droit de faire. C'était sa nuit.
    Cela faisait quelques semaines, peut-être quelques mois qu'il venait régulièrement à Southwark, ce quartier de Londres connu pour ses théâtres, ses débits de boissons, ses bordels et ses combats de coqs. Il avait vingt-deux ans et une soif de l'interdit que rien ne semblait pouvoir abreuver. Il avait fait la connaissance d'autres jeunes nobles de son âge, prêts à vivre de folles aventures, à se débaucher et à s'encanailler. Tout avait débuté par des invitations au théâtre. Samuel adorait passer des heures à voir des pièces de Shakespeare, l'auteur que nul ne pouvait égaler et qui le faisait autant rire que pleurer. Puis, il avait commencé à jouer de l'argent, à s'amuser avec Villiers et quelques autres, parfois même à se lancer des duels, moment où il remerciait toujours son cher oncle Ned de lui avoir appris à tenir une épée, même si les duels en question n'allaient jamais bien loin tant les bretteurs étaient généralement éméchés. Ils repoussaient les limites. C'était de leur âge après tout et après les longues années d'exil, Samuel prenait plaisir à apprendre à connaître Londres et ses nuits. Les étoiles semblaient toujours briller pour veiller sur lui.
    Samuel s'installa dans sa loge et ôta sa perruque. Le reflet dans le miroir lui envoyait l'image d'une étrange créature androgyne aux cheveux courts mais au visage fin et maquillé. C'était saisissant. Il ne se reconnaissait plus. La seule chose qui n'avait pas changé, c'étaient ses grands yeux verts qui pétillaient. Prenant à peine le temps de délacer le corsage, il se saisit d'un coton pour effacer le blanc qui recouvrait ses joues. Villiers devait l'attendre. Ce fut au moment même où il formulait cette pensée que la porte de la loge s'ouvrit brusquement, laissant passage à des hommes en livrée. Indigné, Samuel se retourna pour protester mais alors qu'il avait parlé haut et clair pendant des heures devant un parterre de spectateurs prompts à se moquer, les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Car il reconnaissait ces livrées. Elles étaient aux couleurs du comte de Shrewsbury. Son frère. D'ailleurs, les hommes ne marquèrent aucun temps d'arrêt :
    - Monsieur ? Nous devons vous conduire jusqu'à l'hôtel des Talbot auprès du comte.
    - Allons, messieurs, ne permettez-vous pas à une jeune femme de se changer avant tout ?
    Ils ne goûtèrent pas à la plaisanterie et se saisirent chacun d'un bras de Samuel qui se débattit en vain puis le traînèrent devant la foule de Londoniens amassés devant le théâtre. Des rires éclataient partout pour se moquer de sa déconvenue. Villiers, le seul qui aurait pu arrêter tout cela, n'était visible nulle part. Les hommes au visage toujours impassible le jetèrent dans un carrosse et les chevaux s'élancèrent au galop dans les rues de la ville. Samuel n'était pas d'un naturel angoissé mais il se demandait bien ce qu'il pourrait dire à son frère lorsqu'il faudrait lui faire face. En désespoir de cause, il tenta d'essuyer son maquillage avec son mouchoir mais la situation était de toute façon bien critique.
    George Talbot, bien que prévenu de son arrivée, marqua un temps d'arrêt en voyant son petit frère vêtu d'une robe pénétrer dans son bureau. Il faisait les cent pas en simple déshabillé et son visage rubicond se teinta d'une couleur rouge alors que Samuel, l'air piteux s'asseyait sur un siège.
    - Ainsi, c'était vrai... C'était vrai, marmonna George comme s'il avait encore du mal à y croire.
    - J'avoue que ma tenue est inhabituelle, mon frère, osa Samuel, mais si vous me laissiez m'expliquer...
    Sans lui permettre de parler davantage, le comte fit volte-face, s'approcha de lui et le gifla avec une telle violence que Samuel dut se raccrocher au siège pour ne pas perdre l'équilibre. Des larmes de rage naissaient derrière ses paupières mais il refusa de les laisser couler. Pas devant cet homme qui avait le même sang que lui mais qui n'avait jamais cherché à le comprendre et qui tentait d'essuyer sa main pleine de maquillage avec un air dégoûté. Samuel ne chercha pas à faire entendre raison à George, il était trop en colère pour pouvoir calmer les choses. Et de toute façon, il avait rarement George dans un tel état.
    - Les rumeurs qui circulent depuis quelques temps sur votre compte sont véridiques ! Je n'aurais jamais pu le croire jusqu'à ce que ce serviteur vienne me voir pour me dire que vous jouiez... Dans une pièce de théâtre... ! Déguisé en femme !
    Sur ce point, Samuel savait bien qu'il était inutile de nier. Il cherchait à garder un air digne malgré la robe qu'il portait :
    - Les rumeurs exagèrent toujours, mon frère, ce n'était que la première fois que je jouais et cela n'était pas voué à se reproduire.
    - Non, cela ne se reproduira pas, je peux vous l'assurer, se mit à hurler George, une lueur folle brillant dans son regard alors que son poing s'abattait sur la table, vous déshonorez la famille et notre nom... Et encore si cela était les seuls racontars sur votre compte...
    - Que voulez-vous dire ?
    - Les duels, les boissons, Southwark, votre grande et soudaine amitié avec cet arriviste de Villiers que le roi vient de faire marquis de Buckingham... On dit que vous vous débauchez, que vous êtes homme de mauvaise vie et pire encore...
    - Tout cela est faux, je me suis toujours conduit honorablement ! Protesta Samuel, ébahi de tous ces reproches.
    - Gardez le silence tant que je ne vous ai pas permis de me répondre, le menaça le comte, car il y a bien pire... Et je crains que la façon dont je vous vois accoutré ce soir ne confirme mes craintes...
    - Que... ?
    - Taisez-vous ! Vous fréquentez les comédiens, n'est-ce pas ? Et ce Villiers ? Ne devinez-vous pas ? On vous accuse à mots couverts d'un crime épouvantable contre les hommes et Dieu... On dit que vous êtes sodomite !
    - Mon frère..., tenta Samuel, en se relevant à moitié, effaré.
    - Je ne veux pas savoir si cela est vrai ou non, je n'en ai que faire, vous réglerez vos comptes avec le Tout-Puissant. Ce qui importe, c'est que vous avez une réputation détestable, si détestable que la famille Rich a rompu les fiançailles cet après-midi même. Vous n'épouserez plus Lady Frances.
    Le choc cloua le jeune homme à sa chaise, ne lui permettant pas de réagir.
    - Vous devez en être heureux, n'est-ce pas ? Vous ne vouliez pas épouser Lady Frances... Peut-être avez-vous monté tout cela pour échapper à ce mariage ? Je ne veux pas le savoir mais vous venez de nous déshonorer à jamais et de nous priver d'une alliance profitable. Vous êtes une honte pour nous tous et une telle déception pour moi. Dès demain, vous quitterez Londres et l'Angleterre le temps de vous faire oublier. Sortez à présent.
    Tout ce que put dire Samuel n'eut aucun impact. Au bout d'une vingtaine de minutes, comprenant qu'il ne pourrait faire fléchir son aîné, il se résolut à céder et sortit dans le couloir sombre à pas lents, abasourdi par les événements de la soirée, tentant de reprendre son souffle. Dire que quelques heures à peine auparavant, on le fêtait sur une scène de théâtre... Hélas, tout cela était réel et bien trop réel. Il sursauta en voyant qu'il n'était pas seul. La silhouette d'Anne Fortescue se détacha de la fenêtre. Elle avait un mince sourire aux lèvres. Et Samuel comprit.
    - C'était vous, n'est-ce pas ? C'est vous qui avez propagé toutes ces rumeurs sur moi ?
    L'absence de réponse de Lady Anne valait un oui.


    NELL : Donc si je comprends bien, vous avez veillé Lady Frances jusqu'à son dernier souffle, en lui tenant la main et en la faisant rire même au moment où la mort s'emparait d'elle ?
    SAMUEL : Absolument et le cœur terrassé par le chagrin, j'ai quitté l'Angleterre dès que Lady Frances nous eut quittés. Je ne supportais plus les regards pleins de pitié que l'on m'adressait. J'avais besoin d'aventures pour rendre ma tristesse moins lourde à porter...
    NELL : Je n'en doute pas. Mais dites-moi mon oncle, Lady Frances Rich n'est pas la jeune femme qui a épousé Sir Thomas Barrington ?
    SAMUEL : Cela m'étonnerait grandement puisqu'elle est morte, il me semble que ce soit un argument d'autorité. Mais êtes-vous sûre de cette information ? La pauvre petite, elle était si pieuse et si dévouée, ce n'est pas Sir Thomas, qui est par ailleurs un homme tout à fait désagréable, qui lui a fait découvrir d'autres horizons, il a du faire d'elle une nonne !
    NELL : Ah, mon oncle... Seriez-vous capable de me raconter n'importe quelle histoire sans l'embellir ?
    SAMUEL : N'est-ce pas beaucoup plus drôle ainsi ?
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♟ Arrivée à Paris : 02/07/2012
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Sous le sceaux du secret
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Jeu d'espion: Les intérêts de l'Angleterre et de ma famille... Quand j'y pense !
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 22:22


    ACTE III

    NELL : Avez-vous déjà vraiment aimé une femme dans votre vie, mon oncle ? Et dites-moi la vérité, je vous en prie pour une fois... Vous paraissez tellement insensible finalement, derrière vos moqueries et vos sourires.
    SAMUEL : Que voulez-vous dire ? Je suis quelqu'un de très sensible, tenez j'ai encore pleuré que vous m'avez lu le récit des amours malheureuses de Roméo et Juliette et...
    NELL : Quand mon chat est mort, je sais. Je sais que vous savez faire couler de fausses larmes au besoin mais tout cela ne semble être qu'une façade pour vous empêcher de souffrir. Avez-vous déjà réellement aimé quelqu'un, assez pour penser en permanence à cette personne et à vouloir tout faire pour lui plaire ?
    SAMUEL : Vous semblez bien au courant des ravages que peut faire faire l'amour mais je vais faire mine de croire que c'est uniquement parce que vous êtes une grande lectrice de Shakespeare. Si j'ai aimé ? Je vais vous dire la vérité... En réalité, je déteste le tour que prend cette conversation aussi je vais vous raconter tout autre chose.
    NELL : Mon oncle !
    SAMUEL : Cessez donc de froncer ces sourcils, votre mère ne vous a jamais dit que cela faisait apparaître les rides plus vite ? Ah non, j'oubliais, votre mère fronçait les sourcils dès sa naissance.
    NELL : Mon oncle ! Bon, si c'est ainsi, racontez moi l'histoire que vous voulez, ai-je seulement le choix ?

    Bruxelles – Année 1620
    - Je vous en prie, présentez-moi à elle, suppliait Samuel Talbot, les mains jointes en signe de prière, la tête penchée sur le côté dans l'espoir de faire fléchir la jeune femme qui lui faisait face.
    Alethea se forçait visiblement à garder son calme et à ne pas bouger d'un pouce comme le lui avait demandé le peintre en l'installant sur cette chaise avant de commencer à dessiner à grands traits le brouillon de son portrait. Rubens était reconnu comme un grand maître à la cour de l'Infante Isabelle, la gouvernante des Pays-Bas et quiconque de sensé ne l'aurait pas dérangé pendant qu'il exécutait le tableau de la comtesse d'Arundel. Mais Samuel manquait de tact ou du moins, avait quelque chose à demander à sa sœur et cela ne pouvait attendre que Rubens daigne reposer son pinceau.
    - Ne voyez-vous que je suis occupée ? Grommela Alethea dans un suprême effort pour ne pas trop bouger les lèvres.
    - Au contraire, ma sœur, vous me paraissez ne point être occupée du tout, avouez que vous étiez déjà en train de vous ennuyer, vous qui tenez pas en...
    - C'est vous qui m'ennuyez et c'est vous qui ne tenez pas en place. Mais je suppose que je n'aurais aucune tranquillité tant que je n'aurais pas accédé à votre demande, poursuivit-elle d'un ton résigné.
    - Vous acceptez ? Se mit à sautiller Samuel comme un enfant, tout en ignorant la moue de désapprobation de Rubens qui paraissait commencer à trouver agaçant d'avoir le jeune Anglais dans son champ de vision.
    - Oui, oui. Monsieur Rubens, pouvons-nous reprendre cela dans une dizaine de minutes ? Nous serons plus tranquilles une fois que je serais parvenue à me débarrasser de mon frère.
    Le peintre de cour s'inclina et son modèle, sans doute ravie de pouvoir se dégourdir les jambes comme le devinait Samuel, même si elle ne l'avouerait jamais, sortit à grands pas à la recherche de la personne en question. Le jeune homme la suivait en trottinant derrière elle, un large sourire aux lèvres et les yeux verts pétillant de joie.
    - Je vous remercie, ma sœur, je vous revaudrais ce service.
    - J'y compte bien, répondit Alethea sans se donner la peine de ralentir l'allure, commencez par ne plus me déranger pendant mes séances de pose et pitié, n'ayez pas l'idée de nous accompagner, mon époux et moi à Venise, votre présence à Sienne était déjà assez insupportable. Si vous me promettez cela, nous serons quittes.
    - Vous exagérez, notre séjour à Sienne était très agréable, dit Samuel sans se vexer le moins du monde de la remarque de sa sœur, mais rassurez-vous, je ne compte pas venir à Venise, quelle idée aussi d'acheter autant de statues antiques et de tableaux de maîtres italiens à Sienne, notre voyage de retour fut horrible, j'ai cru plusieurs fois mourir à cause de ce Mercure qui menaçait de me tomber dessus à chaque cahot de la route.
    - Ma collection...
    - Et j'étais un compagnon de route charmant, n'est-ce pas ? La preuve, vous me rendez encore ce petit service.
    Alethea leva les yeux au ciel :
    - Je n'ai jamais su vous résister et vous dire « non », aussi énervant que vous êtes.
    - Cela tombe bien, ma sœur, j'avais justement besoin d'un peu d'argent pour les..., en profita Samuel pour faire sa demande d'un ton précipité.
    - Oh, la voilà ! Le coupa la comtesse d'Arundel.
    En effet, heureusement pour Alethea, la jeune femme qu'ils cherchaient venait d'apparaître dans un salon du château de l'Infante Isabelle. Elle était plutôt petite et menue, son teint olivâtre et sa longue chevelure brune indiquaient son origine méridionale. La première fois que Samuel l'avait vue, elle avait les manches de robe remontées jusqu'aux coudes, les mains pleines de peinture et elle tenait son pinceau avec passion, sans se laisser distraire. Il avait été fasciné par la flamme qui dansait dans ses yeux. Mais cette journée-là, la jeune femme n'était pas livrée à ses activités et échangeait quelques mots avec des dames de la cour de l'Infante. Elles s'interrompirent en voyant arriver la comtesse anglaise et s'inclinèrent avec respect :
    - Lady Howard...
    - Mesdames, permettez-moi de vous introduire à mon jeune frère, Sir Samuel Talbot... Mon frère, voici une peintre de grand talent, madame Artemisia Gentileschi, l'épouse de Pierantonio Stattiesi.
    - Madame, s'inclina galamment Samuel sans se départir de son sourire, cela fait des jours que je voulais vous être présenté. Je suis un grand amateur d'art...
    - Depuis qu'il a vu vos tableaux, intervint Alethea d'un ton moqueur.
    - Et tout particulièrement de vos tableaux, termina Samuel en jetant un coup d’œil courroucé à sa sœur.
    Artemisia s'était redressée et son visage s'était éclairé devant les piques que se lançaient le frère et la sœur. Elle paraissait très amusée de cette rencontre et tendit son bras au jeune Anglais :
    - Je suppose que je dois en être flattée... Mais dites-moi, Sir Samuel, en quoi mes tableaux vous plaisent-ils ? Qu'ont-ils donc fait pour mériter votre faveur ?

    Samuel Talbot n'avait pas menti. Les tableaux d'Artemisia lui procuraient une curieuse émotion qui serrait son cœur. La violence des scènes, le visage impassible des femmes représentées dont les héroïnes avaient toutes les traits abrupts de leur peintre, les couleurs pures, tout l'émerveillait. Il se forçait néanmoins à garder un air critique lorsqu'elle dévoilait sous ses yeux ses nouvelles créations en guettant sa réaction.
    - Et bien, qu'en penses-tu ?
    Il s'approcha de la jeune femme et tendrement, lui frôla la nuque. Il la sentit frissonner tout contre lui alors qu'il déposa un baiser dans son cou.
    - Hum... Tu es totalement passée à côté du sujet comme d'habitude, lui chuchota-t-il dans l'oreille, lui causant un rire sincère, ma sœur va être ravie, il est magnifique.
    Il allait continuer ses caresses quand un détail attira son attention et stoppa sa main :
    - Mais... Le jeune homme qui entre parenthèses est censé être un vieillard selon le titre du tableau et qui fait des propositions indécentes à Suzanne... Est-ce moi ?
    Artemisia, toujours riant, se retourna pour lui faire face et déposa ses lèvres rondes et douces contre celles de Samuel :
    - Je ne vois pas de quoi tu parles mais si tu veux des explications...
    Elle lui jeta un regard brûlant de désir et se détachant de lui, lui prit la main pour le tirer vers la chambre. L'Anglais avait déjà oublié la raison pour laquelle il était si choqué l'instant auparavant :
    - Hum... J'aime toujours les explications que j'ai avec toi.


    NELL : J'ai toujours su que vous étiez sur le tableau de tante Alethea même si vous avez toujours nié. En revanche, votre histoire de peintre qui ne retrouvait plus son modèle et qui vous a pris au hasard en vous croisant dans un couloir du château de l'Infante Isabelle, je n'y crois qu'à moitié...
    SAMUEL : Allons, ma chère Nell, je n'aurais jamais accepté de poser si j'avais su que j'allais me retrouver en faux vieillard de Suzanne, vous le savez bien.
    NELL : Je demanderai la vraie histoire à tante Alethea même si je sais qu'elle est capable de m'inventer quelque chose de pire encore.
    SAMUEL : Lady Alethea est encore en voyage de toute façon. A se demander pourquoi elle achète autant de statues et de tableaux pour les entreposer dans le manoir Howard alors qu'elle n'y est jamais elle-même ! Ah sa « collection »...
    NELL : Il n'empêche que le roi et Buckingham sont allés visiter sa collection il y a peu et l'ont trouvé impressionnante.
    SAMUEL : Ah vraiment ? Ce vieux Villiers aurait pu me prévenir, je me serais fait un plaisir de les accompagner. Après tout, j'étais présent pour l'achat de cet abominable Mercure à moitié branlant.
    NELL : J'ai parfois de la peine à croire que le duc de Buckingham et vous soyez amis, vous êtes si différents !
    SAMUEL : Oui, Nell, sans le vouloir sans doute, vous venez de me faire comprendre pourquoi je n'ai pas été invité... Il y avait le roi. Brave George, c'est un favori déplorable et un arriviste mais parfois un bon ami.
    NELL : En quoi cela est une raison suffisante pour ne point vous inviter ? J'aurais plutôt pensé que cela aurait eu l'effet inverse.

    Sur les mers, au retour de Madrid – Année 1623
    - Allons, c'était bien tenté, Buckingham, vraiment ! Vous avez juste manqué de chance, c'est tout. Je suis sûr que le roi Philippe n'a jamais eu l'intention de marier sa fille au prince Charles. Et voyez le bon côté des choses... Nous avons découvert Madrid qui est vraiment une ville magnifique.
    Cela faisait déjà plusieurs dizaines de minutes que Samuel monologuait d'un ton faussement réjoui et léger, depuis que le prince de Galles les avait quittés pour rejoindre sa cabine située à l'avant du navire en fait, tentant de consoler George Villiers de l'échec retentissant de l'expédition. En même temps... Pourquoi avoir confié cette mission de la plus haute importance à celui qui venait d'être fait duc de Buckingham ? Samuel, s'il appréciait beaucoup son ami de jeunesse, n'aurait pas parié un sou sur les qualités diplomatiques de celui-ci. Le roi d'Angleterre tenait-il vraiment à faire échouer sa diplomatie de paix avec l'Angleterre pour avoir choisi Villiers ? Celui-ci avait été grossier pendant toute sa visite et visiblement, n'avait que faire des règles strictes de l'étiquette de la cour de Madrid mises en place par Philippe II en son temps. Samuel lui-même, pourtant loin d'être sévère en ces questions, avait été choqué de son comportement et il craignait bien que Buckingham soit sévèrement puni à son retour à Londres. Enfin, avec de la chance, il serait juste exilé, la prévision d'un mariage espagnol avait déplu au peuple anglais.
    Devant le regard éteint de George, Samuel lui tendit un verre d'alcool fort et le regarda le boire d'un seul coup. Après tout, ils s'étaient quand même bien amusés à Madrid. Et il n'avait pas menti en disant que c'était une fort belle ville, la magnificence de la cour, tirée des revenus américains, était sans égale. Et l'art, cette passion dont se n'était pas départi Samuel, y connaissait ses lettres de noblesse avec des peintres comme Velázquez. Il eut une pensée pour son ancienne maîtresse et seul véritable amour qu'il avait connu, Artemisia, qui lui avait écrit de Florence peu de temps auparavant en lui décrivant l'enchantement de la capitale des Médicis. Tout cela donnait le sentiment à Samuel qu'il y avait encore bien des contrées à découvrir, tant de merveilles en ce monde qui attendaient juste qu'on les découvre. Et dès son retour en Angleterre, il comptait bien laisser Villiers gérer ses problèmes pour reprendre la route. Comme le répétaient ses frères et sœurs, certains d'un ton exaspéré, d'autres avec soulagement ou encore avec admiration (même si cela ne concernait bien qu'Alethea), il avait la bougeotte et ne supportait pas de rester en place. Et cela avait un autre avantage pour le dernier né des Talbot qui n'avait ni titre ni terre à lui, son frère le comte semblait avoir renoncé à le voir épouser une riche héritière. En même temps, George lui battait toujours froid. Le relais avait été pris par le cadet John, comte de Waterford qui avait bien tenté de lui vanter les mérites d'une donzelle quelconque à son retour en Angleterre au début de l'année 1623 qui avait marqué la nouvelle libération de leur mère Mary Cavendish, enfermée quelques années auparavant à la tour de Londres pour complot catholique et surtout la montée en grâce de Villiers et celle de la famille Talbot :
    - Elle est issue d'un lignage excellent.
    - Est-elle jolie ?
    John avait fait la grimace avant de répliquer :
    - Elle apporte un patrimoine conséquent à son époux et le titre de baronnet.
    - En effet, avait ironisé Samuel, elle a le doit d'être laide.
    Mais ni John ni lui n'avaient reparlé de l'affaire. Toute la famille s'était résignée à voir en Samuel le frère insupportable, fantasque, aux idées excentriques qu'on ne comprenait pas mais qu'il fallait bien soutenir de temps à autres parce qu'on était du même sang. Ce n'était pas plus mal, Samuel était soulagé que l'on laisse en paix et qu'on lui permette de voyager à sa guise. Même si à la réflexion, il aurait peut-être du éviter cette mission diplomatique en Espagne.
    - Qu'allez-vous faire, Talbot, en revenant en Angleterre ? Grogna Villiers, le tirant de ses pensées et l'interrompant dans son babillage.
    - Repartir ? Suggéra Samuel avec un éclat de rire, une amie vient de m'écrire de Florence et j'ai bien envie de l'y rejoindre. Entre les arts et les sciences, je serai gâté là-bas. Elle me dit avoir sympathisé avec ce monsieur Galilée et j'aimerais vraiment le rencontrer, j'ai toujours aimé apprendre des choses sur les étoiles, pas vous ? Comprendre pourquoi ces astres nous observent la nuit et s'ils veillent vraiment sur notre destinée...
    Le duc de Buckingham, déjà bien éméché, ne l'écoutait plus et son regard brillait d'une lueur inquiétante lorsqu'il se pencha vers son ami :
    - Talbot, j'ai besoin de savoir si je peux compter sur vous.
    - Comment cela ? Demanda Samuel, méfiant et mécontent d'être tiré de sa tirade sur l'astronomie, l'un de ses nombreux centres d'intérêt.
    - Écoutez, je dois frapper un grand coup en revenant à Londres sinon le roi ne laissera jamais passer l'échec de notre ambassade.
    - Votre ambassade...
    - Le nom de votre famille y est mêlé également. L'Espagne vient de nous faire un affront sans précédent. Nous devons déclarer haut et fort que le roi Philippe nous a insulté en revenant à Londres. Le peuple sera avec nous.
    Samuel se recula, brusquement gêné par le cours que prenait la conversation.
    - Villiers, vous savez que je ne m'intéresse pas à la politique et que, si je reste votre ami et que je le resterais toujours, je ne pourrais pas faire cela. Si vous désirez le soutien de ma famille, adressez-vous à ma famille car je sais qu'elle vous le donnera sans doute. Mais ne me demandez pas cela.
    Les deux hommes s'affrontèrent du regard quelques instants. Samuel craignait plus que tout que Villiers insiste car il savait qu'il ne pourrait qu'obéir, ne serait-ce que pour l'affection qu'il lui vouait. Mais ce fut Villiers qui renonça le premier et détourna les yeux.
    - Vous avez raison, Talbot, je n'aurais pas dû vous le demander, pardonnez-moi.
    Si Samuel fut soulagé, la suite des paroles de Buckingham le blessa profondément même si celui-ci avait trop bu pour en avoir l'intention :
    - Vous êtes là pour vous amuser, comme toujours. Pour vous, la vie n'est qu'un jeu.
    Samuel se leva de sa chaise avec une certaine violence et annonça qu'il allait rejoindre sa cabine. Au moment de sortir, il se tourna vers son ami et déclara :
    - La vie n'est qu'un jeu, oui. Qu'est-elle d'autre ?


    SAMUEL : Et c'est en me sauvant de ma crise de panique que Villiers a compris que j'étais allergique à la politique. C'est vrai, pourquoi croyez-vous que mes parents m'ont tenu éloigné de toute discussion sérieuse depuis que je suis tout petit ? Finalement, ce n'est pas étonnant que j'ai toujours l'air de plaisanter.
    NELL : Vous me prenez vraiment pour une imbécile, mon oncle. Je suppose que je ne dois pas trop m'inquiéter pour de potentielles crises en France, lorsque vous négocierez pour moi, vous saurez bien vous tenir ?
    SAMUEL : Allons, ce n'est pas de la vraie politique, là...
    NELL : Juste un marchandage.
    SAMUEL : Vous m'insultez, ma petite Nell, je ne marchande pas avec le bonheur. Il n'y a rien à parlementer, je le saisis, voilà tout... Nell ? Nell, vous allez bien ?
    NELL : Évidemment, j'ai un oncle qui fait soit-disant des crises de panique et que tout le monde traite de fou, ce qui inclut la possibilité que l'oncle en question ait des mouvements ou des gestes inconsidérés et avec lequel je suis assise sur une corniche qui nous contient à peine tous les deux, pourquoi est-ce ça n'irait pas ? Au contraire, je me sens très rassurée. Surtout quand l'oncle dont je parle commence à faire de grandes phrases bien pompeuses dans le but de me remonter le moral.
    SAMUEL : Vous avez raison, je suis impardonnable. J'aurais dû tout de suite vous raconter une histoire amusante.

    Florence – Année 1624
    - Vous sortez encore si tard ?
    - Et oui, oncle Ned, la principale caractéristique des étoiles est qu'on les voit mieux la nuit, plaisanta Samuel en s'apprêtant à quitter la pièce où son cher oncle lisait en plissant les yeux des nouvelles venues d'Angleterre au coin du feu pour « réchauffer ses vieux os » comme il le disait lui-même.
    Edward Cavendish, bien que plongé dans ces informations préoccupantes, il n'était en effet pas parvenu, malgré son grand âge, à accepter de laisser la politique et la diplomatie à d'autres que lui, avait levé le regard vers son neveu au moment même où celui-ci passait à pas de loups dans le salon surchauffé. Il fallait croire qu'au bout de tant d'années à avoir été attaché à la surveillance de Samuel, un sixième sens s'était développé chez lui, lui permettant de ressentir quand son neveu allait faire une bêtise. Enfin si on considérait que sortir dans les rues de Florence en pleine nuit pour aller boire un verre avec l'une de ses nouvelles connaissances puis pour observer les astres qui couvraient la voûte céleste étaient des bêtises. Selon le point de vue de l'oncle Ned, sans doute, on disait les rues de Florence mal-famées malgré les efforts de police des Médicis.
    - Et bien, je vous connais assez pour savoir qu'il est inutile de chercher à vous en dissuader. Ne rentrez pas trop tard, nous sommes invités chez le Curateur pour rencontrer maître Galilée demain. Et essayez de faire en sorte que je n'aie pas de mauvaise nouvelle à annoncer à votre frère.
    - La seule mauvaise nouvelle que vous pourriez lui annoncer, mon oncle, serait que j'ai décidé de retourner en Angleterre, rétorqua Samuel au tac-au-tac, et je vous rassure, je n'en ai pas l'attention, je viens tout juste d'arriver à Florence, ce n'est pas pour revoir la triste mine de Lord et Lady Talbot aussi vite !
    Lord Cavendish lui accorda un petit rire qui se transforma en toussotement avant de replonger dans sa lecture. Sans doute des nouvelles de la guerre qui opposait l'Espagne et l'Angleterre. Buckingham devait commander une expédition sur Cadix. Et Samuel espérait de tout cœur qu'il était meilleur chef de guerre que diplomate. Malgré leurs désaccords politiques, ils restaient bons amis. Et Villiers avait fini par comprendre qu'il était inutile de parler de plan de carrière avec Samuel.
    Après avoir retrouvé son ami et avoir passé une soirée agréable à parler littérature, sciences et arts, Samuel déambula dans la magnifique Florence. Au moins, sur ce point, Artemisia, qui était censée l'attendre mais était repartie pour Rome avant son arrivée, n'avait pas fait de fausse promesse. Chaque rue était un nouvel éblouissement. Il y avait fort peu de monde et plus Samuel se dirigeait vers l'une des nombreuses collines qui entouraient la ville pour trouver un emplacement idéal afin de regarder scintiller ses lumineuses protectrices, plus la foule se raréfiait. Bientôt, il n'entendit plus que le bruit de ses pas. Seul un jeune garçon au loin, petit et maigre, avançait à vive allure. L'obscurité ne permettait pas au jeune Anglais de distinguer ce qu'il portait mais cela semblait plutôt conséquent. Qui était ce gamin pour se promener ainsi aussi tard ? Si le destin en avait décidé autrement, Samuel ne l'aurait jamais su. Mais le destin était d'humeur facétieuse ce soir et laissa tomber un des objets que portait la silhouette sans que celle-ci ne s'en aperçût. L'Anglais faillit marcher dessus mais se reprit au dernier moment. C'était une sorte de lentille, d'excellente qualité mais il ignorait exactement à quoi elle pouvait servir. Il la saisit et se lança à la poursuite du garçon qui avait encore augmenté la cadence. Cherchait-il à le tuer à le faire courir ainsi ?
    Au bout de quelques minutes, Samuel eut la satisfaction d'avoir réduit l'écart et se mit à appeler le jeune homme mais loin de le faire ralentir, cela eut la curieuse conséquence de le faire disparaître. Essoufflé, Samuel stoppa sa route et surpris, se demanda comment il avait pu perdre sa trace. Il n'eut pas le temps de se poser longtemps la question car une forme à côté de lui bondit et lui asséna un coup sur la tête avec un énorme tube de métal.
    - Aïe, s'exclama Samuel en reculant de quelques pas mais sans perdre connaissance, vous êtes fou ?
    Il leva la main pour se frotter le haut du crâne en grimaçant et leva les yeux sur son agresseur qui semblait avoir perdu toute velléité combattante. C'était bien le garçon qu'il avait pris en chasse mais qui se trouvait désormais bien plus près. Il était plus petit encore qu'il ne l'avait pensé au premier abord, plus maigre mais ses traits, loin d'être creusés, étaient fins et harmonieux, presque efféminés. Mais ce qui attira le plus son attention, c'était ses grands yeux marrons dans lesquels se reflétaient la lueur des milliers d'étoiles qui les surplombaient.
    - Vous avez failli me tuer ! Protesta Samuel qui s'efforçait de paraître en colère alors que déjà son irritation passagère s'éloignait.
    - Expliquez-moi pourquoi vous me suiviez, lui rétorqua le garçon sans s'excuser et en gardant un air buté.
    - Pour vous rendre ceci, c'est tout, je vous assure, dit le jeune homme en lui tendant la lentille.
    Il parut hésiter mais la prit tout de même en murmurant un remerciement avant de s'éloigner. Cette fois-ci, Samuel ne chercha pas à le suivre davantage. Son coup sur la tête l'en dissuadait. Dire qu'il avait failli se faire assommer par une demi-portion pareille, sans doute un simple valet au service d'une de ces grandes familles patriciennes. Il aurait eu l'air malin à raconter cela à son oncle ! Saisi par la drôlerie de la situation, le jeune homme se mit à rire en faisant volte-face pour continuer son propre chemin.

    - Mademoiselle Galilée, quelle surprise ! S'exclama l'oncle Ned avec un plaisir évident.
    Au moins, si certains critiquaient sa vieillesse, on ne pouvait dénier à l'oncle Ned une chaleur et un charisme qui le rendaient agréables à tous. Samuel eut un sourire charmant en direction de la fille de Galilée, une demoiselle blonde parfaitement charmante mais ne put s'empêcher de jeter un coup d’œil vers le maître en personne, un homme de taille moyenne, au crâne dégarni mais à l'abondante barbe grise. Il était si excité de faire enfin sa connaissance ! Il ne doutait pas un instant qu'il apprendrait de nombreux savoirs en compagnie d'un tel homme. A ses côtés, Lord Cavendish continuait à papoter avec entrain et le présentait à Virginia Galilée.
    - Mademoiselle Galilée, enchanté de vous rencontrer, s'inclina Samuel.
    - Enchantée de même, Sir Samuel. Permettez-moi de vous présenter l'assistance de mon père...
    - Un assistante ? Diable, je voudrais bien la rencontrer, poursuivait l'oncle Ned de sa petite voix.
    - Aliénor ?
    Une demoiselle à laquelle Samuel n'avait pas prêté attention jusque-là se détacha de la fenêtre et vint les saluer. Et lorsqu'elle releva la tête, le jeune Anglais ne put s'empêcher de pousser un « oh » de stupeur. Cette figure aux traits délicats, ces yeux marrons surtout... C'était le garçon qui l'avait frappé la veille au soir et lui avait causé l'énorme bosse qui le faisait encore souffrir cette journée-là ! Sauf que le garçon en question avait une longue chevelure brune et portait une robe qui mettait en valeur sa taille fine. Une jeune femme ? Loin de choquer Samuel, cette constatation l'amusa et il s'apprêtait à faire une plaisanterie sur le sujet à mots couverts quand la demoiselle s'éloigna au plus vite comme si elle désirait le fuir. Ah non, cette fois-ci, elle ne lui échapperait pas !
    - Mademoiselle, mademoiselle, attendez !


    SAMUEL : Vous voyez, vous ne pouvez vous empêcher de rire !
    NELL : Attendez, que je sois sûre d'avoir tout compris... La demoiselle en question a réussi à vous donner un coup sur la tête et vous en avez gardé la bosse pendant des jours entiers ? La pauvre, elle pensait sans doute qu'il était grand temps de vous remettre les idées en place, ce que tout le monde pense d'ailleurs sans oser rien faire.
    SAMUEL : Oh, je vous en prie, ce n'était pas un coup si terrible que ça, à vrai dire, elle n'avait pas beaucoup de...
    NELL : Oh non, mon oncle, vous ne pouvez vous défendre, c'est trop drôle, j'exige de faire sa connaissance ! Quelqu'un qui a tenu tête au grand Samuel Talbot !
    SAMUEL : Concrètement, elle ne m'a pas tenu tête, elle m'a frappé sur la tête...
    NELL : Quel est son nom déjà ?
    SAMUEL : Mon Dieu, si Vous avez pitié de moi, ne permettez pas qu'Astéria et Nell se rencontrent et deviennent amies. Ce n'est pas tant pour moi que pour les nerfs de tout leur entourage. Je sais que Vous avez à cœur le bonheur terrestre et je peux vous assurer que les mettre toutes les deux ensemble... Ce serait comme libérer deux démons de l'Enfer.
    NELL : Allons, de toute façon, elle est à Florence, rassurez-vous. Quoique, je pourrais toujours lui envoyer une lettre pour lui demander ce que ça fait de remettre Samuel Talbot à sa place !
    SAMUEL : Si vous saviez...

    Sheffield Castle – Année 1625
    - Mon frère, venez donc vous joindre à nous, l'invita George, en passant la tête par l'encadrement de la porte du salon où s'était réfugié Samuel.
    Le jeune homme, surpris, plia rapidement la lettre qu'il avait reçue le matin même sous le regard intrigué de son aîné et leva les yeux vers lui. Pourquoi est-ce que George l'invitait à une réunion de famille ? Ce n'était pas réellement son genre même si le temps avait fini par lui faire oublier les prétendues injures que Samuel avait fait aux Talbot. Le temps et surtout le fait que c'était l'amitié qui existait entre Samuel et George Villiers qui avait permis à la famille Talbot de jouir d'un regain de faveur de la part du roi et de son fils qui allait prendre la succession d'ici peu si on en croyait les rumeurs. Il ouvrit la bouche pour vraisemblablement demander qui pouvait bien écrire au jeune homme mais des éclats de voix parvinrent à leurs oreilles. Celle de Lady Anne était la plus forte et elle paraissait furieuse.
    - Vous souhaitez vraiment que je sorte d'ici, mon frère ? Répondit Samuel, peu enthousiaste à l'idée de devoir faire face à sa belle-sœur. Même si c'était toujours un plaisir d'agacer Lady Anne, il préférait relire sa lettre tranquillement ou être envoyé auprès de leur fille aînée, la jolie et gentille Nell qu'il adorait taquiner.
    - Nous devons avoir une conversation entre hommes, expliqua George, sentant sans doute la raison des réticences de Samuel, votre présence nous ferait plaisir.
    - J'arrive alors.
    La tête du comte de Shrewsbury eut un hochement et disparut. En soupirant, Samuel rangea la missive dans une de ses poches et se redressa en s'étirant. Au début, lorsqu'on lui avait dit qu'il venait de recevoir une missive de Florence, son cœur s'était gonflé d'espoir en songeant qu'elle lui avait enfin répondu. Elle, c'était Aliénor bien entendu ou plutôt la jeune Astéria comme l'appelait le vieux Galilée. Ils s'étaient finalement très bien entendus. Enfin si l'on considérait que se disputer à chacune de ses rencontres ou presque était un signe de bonne entente mutuelle. Samuel prenait un plaisir tout particulier à l'agacer ou à la voir sortir de ses gonds. Et étrangement, lui qui ne s'attachait jamais à personne, il lui avait écrit après son départ, lui envoyait des lettres qui tournaient en dérision ses mésaventures dans des cours étrangères, relataient sa rencontre avec d'autres scientifiques menant le même genre de recherches que Galilée et contenaient de petits présents un peu ridicules. Elle lui répondait parfois lorsqu'elle arrivait à savoir où il se trouvait. Mais elle revenait plus souvent dans ses pensées que le nombre de ses lettres ne le laissait supposer. Il fallait dire qu'elle était celle qui lui avait appris le nom des étoiles. Aussi, à chaque fois qu'il levait les yeux sur le ciel constellé, il revoyait le visage de la jeune fille et regrettait qu'elle fut si loin, elle qui l'amusait et l'intriguait tellement avec son air perpétuellement sérieux !
    Mais ce n'était pas une lettre d'Astéria. Il avait tout de suite vu que l'écriture n'était pas la même, celle-ci était plus posée et plus droite. Virginia Galilée le prévenait que son amie était retenue à la cour de France pour une longue durée. A cette ligne, Samuel avait levé un sourcil, perplexe. Qu'est-ce qui avait conduit Astéria à quitter ce bon vieux Galilée qu'elle aimait tellement ? Apparemment ce n'était pas grave mais cela ne pouvait empêcher Samuel de se poser des questions. On n'était pas curieux pour rien !
    Il pénétra dans le bureau de son frère George où tous l'attendaient. Si les épouses avaient été laissées au salon, ses deux sœurs Lady Mary et Lady Elizabeth étaient également présentes. Seule Alethea était encore en voyage en Italie.
    - Ah, nous vous attendions, nous pouvons commencer, s'exclama John, le comte de Waterford.
    Samuel était proprement surpris mais il n'en laissait rien paraître. C'était bien la première fois qu'on l'intégrait dans ce genre de conseil. Peut-être pensait-on qu'à vingt-neuf ans, il s'était enfin assagi ? Si c'était le cas, ils se trompaient vraiment mais il n'allait pas les contredire d'entrée.
    - Vous savez la plupart pourquoi je vous ai fait venir, commença George.
    - Pas moi, clama Samuel d'un ton guilleret, s'attirant les regards méprisants de quelques uns de ses frères et sœurs.
    - On se demande d'ailleurs en quoi vous pourriez être utile, lâcha Lady Mary.
    Samuel se retourna avec vivacité vers elle :
    - Charmante comme d'habitude, un plaisir de vous revoir, chère Mary.
    Mary chercha du soutien auprès de George mais comme rien ne venait, elle se renfrogna et ne décrocha plus une parole.
    - Comme je le disais, il se murmure, et les rumeurs se confirment, que le prince Charles va épouser une princesse de France, Henriette-Marie.
    - Une catholique ? S'épouvanta Charles.
    - Une catholique, certes. Mais vous savez que notre famille a longtemps été en disgrâce et vous savez combien cette époque a été difficile pour nous tous. Maintenant que nous avons regagné le chemin de la cour, il nous faut plaire au roi. Je vais marier ma fille Nell à un seigneur français.
    Ce fut un concert d'exclamations parmi la branche la plus protestante de la famille. Samuel ne réagit pas mais songea avec un poids sur le cœur que la pauvre Nell allait devoir tout quitter pour répondre aux vœux de son père. La seule bonne nouvelle, ce serait la réaction de sa mère, la très puritaine Lady Anne.
    - Le seul souci que j'ai, c'est qu'il me faut envoyer l'un d'entre nous à la cour de France pour lui trouver ce mari. Il accompagnera la délégation conduite par Henry of Holland.
    Le concert de protestation redoubla. Personne ne voulait se permettre de quitter ses terres pendant de longs mois.
    - Je vais le faire, proposa Samuel d'un ton neutre.
    Il ne savait pas réellement pourquoi il avait dit cela mais sur le coup, c'était la solution la plus raisonnable. Enfin si on pouvait parler de raisonnable pour ce qui était de lui confier une mission aussi importante pour l'avenir. Il n'avait pas d'obligation familiale. Il était le mieux placé. Et il pourrait choisir l'époux de la petite Nell, c'était le mieux de ce qu'il pouvait faire. Évidemment, cette simple parole déchaîna un débat sans précédent entre les membres de sa famille mais on finit par accepter à contre cœur.
    - Vous vous en sentez capable, n'est-ce pas ? Insista George.
    Samuel acquiesça :
    - Je sais que Buckingham sera du voyage, il sera ravi de m'avoir à ses côtés, Henry of Holland n'est pas réputé pour sa drôlerie. Et je suivrai vos recommandations en tout point, mon frère.

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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 22:23


    EPILOGUE – Sheffield Castle – Année 1625

    La nuit était cette fois-ci complètement tombée sur les deux jeunes gens et les unes après les autres, les lueurs qui tremblotaient derrière les ouvertures qui servaient de fenêtre au château de Sheffield s'éteignaient. On allait se coucher sans prêter attention aux absents qui avaient sans doute chuchoté des heures sur cette courtine. Le froid les avait attaqué de plein fouet et ce n'est qu'au moment où Samuel prit conscience qu'il avait tout raconté ou plutôt qu'il avait terminé de s'inventer une vie idéale qu'il s'en rendit compte. La chair de poule avait envahi ses bras et seul le petit corps de Tybalt diffusait une agréable chaleur autour de lui. En face de Samuel, Nell frissonnait, sans doute depuis quelques temps déjà, sans se plaindre. En d'autres circonstances, le jeune homme lui aurait commandé de rentrer immédiatement. Mais au lieu de cela, il leva de nouveau la tête. Aucun nuage ne venait perturber l'obscurité. Les étoiles brillaient avec force, encore plus nombreuses comme si elles étaient infinies. Leur scintillement apaisait toujours le cœur de Samuel. Et il se reflétait dans ses yeux verts, lui donnant l'allure d'un enfant qui venait de découvrir que le monde qui l'entourait n'était qu'un vaste jeu. En vérité, en voyant les étoiles, Samuel avait toujours l'impression de découvrir enfin quelque chose de cet univers qui le fascinait et dont il ne savait presque rien. C'était comme toucher au mystère de la Création, de l'harmonie elle-même. Il y avait quelque chose de rassérénant à penser que même au cœur de la nuit la plus noire, on avait pensé à placer ces astres pour veiller sur les hommes et les guider. Alors non, il n'était pas mélancolique ce soir-là. Il était ébloui.

    - Je suis dubitative, mon oncle, commença Nell d'un ton lent en le coupant dans ses réflexions.
    Il baissa de nouveau les yeux sur elle. Elle avait le regard un peu perdu comme si elle cherchait ses mots :
    - Si je vous crois sur parole, vous étiez un enfant adorable qui avait des affinités avec les grenouilles, qui a failli se faire couper la tête à l'âge de sept ans pour avoir froissé une reine, qui avez vécu des aventures extraordinaires chez des peuples barbares avant de vivre une histoire d'amour à la Roméo et Juliette qui a sans doute inspiré le grand Shakespeare lui-même. Vous pensez sérieusement que je pourrais avaler tout ça ?
    - Vous êtes encore jeune, innocente, naïve car vous avez grandi dans un univers surprotégé alors... Oui ? Tenta Samuel d'un ton badin, essayant d'étouffer le fou-rire qui menaçait de franchir ses lèvres.
    Nell ne se donna même pas la peine de répliquer et, faussement furieuse, lança une tape sur la tête de Samuel qui ne chercha même pas à l'éviter. Il la méritait pour tous les mensonges qu'il avait raconté.
    - A vrai dire, malgré toutes vos fanfaronnades, vous avez échoué, mon oncle, continua-t-elle en se relevant enfin et en époussetant la poussière qui s'était déposée sur sa robe, vous n'avez pu me dissimuler la raison pour laquelle vous êtes ici à regarder les étoiles.
    - Ah, vraiment ? Je suis curieux de savoir ce que vous pensez avoir deviné sur mon compte, sourit Samuel, un peu surpris du ton assuré qu'elle avait. Après tout, elle était plutôt douée la petite, il avait eu du mal à lui faire avaler les couleuvres.
    - C'est elle, n'est-ce pas ?
    - Elle ?
    - Oui, cette jeune fille que vous avez rencontré à Florence et qui vous a appris le nom des étoiles. Le seul passage de votre récit où vous étiez vraiment sincère, peut-être même le seul où vous m'ayez dit la vérité, la seule personne avec laquelle vous entretenez une correspondance régulière, la seule dont vous parliez avec ces yeux brillants.
    - Astéria ? Vous vous méprenez, ma chère Nell, elle n'est qu'une sorte de petite sœur pour moi, je ne vois pas le rapport avec...
    - Dites ce que vous voulez, Samuel, j'ai compris. Je la plains de tout cœur, vous n'êtes pas un cadeau mais peut-être est-elle la seule digne d'attirer votre attention.

    Terminant là la conversation, Nell entreprit de faire le chemin inverse de celui qui l'avait conduit jusqu'à son oncle. Un peu abasourdi, il ne chercha pas à la retenir et regarda sa silhouette passer par la fenêtre. Ses pas disparurent très vite à son oreille. Il était seul avec Tybalt qui dormait profondément. Malgré le froid et la fatigue, malgré son départ du lendemain pour la France où il devrait trouver un mari à sa chère nièce, il ouvrit grand les yeux pour s'abreuver une dernière fois de la lumière des étoiles. Qu'elle soit à Florence ou en France, il savait qu'Astéria les regardait elle aussi.
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Lun 2 Juil - 23:59


Félicitations à toi, étranger, tu es validé ! Tu as voyagé de loin pour venir à Paris, et tu vas pouvoir y demeurer !

Mais avant de te laisser aller visiter la capitale française, voilà quelques endroits qu'il faudrait que tu ailles vite visiter :
✘ Viens te faire quelques amis par ici !
✘ Commence donc à rp par !
✘ Ne laisse personne te prendre ton portrait, viens le recenser deça !
✘ Viens te trouver une maison dans ce sujet !
✘ Ne reste pas sans rang ! Viens en demander un céans !

Que dire de ta fiche, sinon qu'elle est parfaite ? What a Face Raaaaaaaaaaaah ce style tout théâtral, une véritable pièce, là c'est du grand art ! Et le grand art on le savoure et j'ai vraiment savouré ! C'est pas de la crème, c'est du caviar ! A chaque fois tu nous vends du rêve ! Je ne dis pas ça pour te flatter mais parce que véritablement je suis fan des personnages que tu nous concoctes mais encore plus peut-être de la façon dont tu nous les présentes ! Heart C'est tellement bien écrit ! Allez je vais te faire rougir à force de te faire des éloges, j'arrête ! Razz Je te souhaite donc un très bon jeu parmi nous, amuse toi bien ... et Richou t'a à l'oeil ! Suspect (Oui il fallait bien que je casse tout par une dernière petite phrase ! Razz )



« A ta mort ! »
« A la tienne ! »
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Mar 3 Juil - 0:04

** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** **

Décidément, à chaque fois que je lis et relis cette fiche, je gagatise un peu plus ! Ce Sam est tellement génial, je te l'ai dit un million de fois, tu vas finir par en avoir marre à force XD Nan mais quelle fiche quoi, et puis le passage avec Ali' me fait toujours autant rire XD (si si elle maintient comme Nell : elle lui a tenu tête ! Lowl )

Bref, BIENVENUUUUUUUUUUUUUUUUUUE, et pis j'ai tellement hâte qu'on commence à rp, et on va tout rocker sa mère, et Ali' fait la danse de la joie dans le salon (mais chut, j'étais pas censée le dire What a Face)

Prend garde à Richou, on dit qu'il mord des fois XD
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Mar 3 Juil - 0:13

Ooh merci, merci ** Pour la validation d'une rapidité éblouissante et pour tous ces commentaires qui me vont droit au cœur. C'est toujours un plaisir de voir que le personnage que l'on adore et sur l'histoire duquel on a passé du temps plaît aussi Razz.

Richou : Il paraît qu'on a pleiiin de points communs mis à part Ali, sisi... On aime tous les deux les chats

Ali : Je maintiens que tu ne m'as pas tenu tête, nan mais ! Je sens que Nell et toi... ça va être un horrible duo pour mes pauvres nerfs xD. Et moi aussi, j'ai hâte de rp Gaga . Et t'inquiète, Richou ne me fait pas peur, hum.

Bref, encore merci à vous deux et sur ce... Je vais au dodo, il est tard Razz
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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence » Mar 3 Juil - 8:33

Han, j'ai pas encore eu le temps de tout lire (après Hollow Crown c'est dur de passer cash au XVIIème Razz ), mais j'ai pu lire tout l'acte 1 et ce perso est haut en couleurs Very Happy

J'adore What a Face

Bienvenue à toi sur LTM, ravie de te compter parmi nous **



"Tonight we are young.
So let set the world on fire
We can burn brighter than the sun."

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MessageSujet: Re: Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence »

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Samuel Talbot_« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence »

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