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Athos

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♕ Je suis Athos

Est-ce que par hasard,
vous croyez que
je tiens à la vie ?

♟ Complots : 364
♟ Arrivée à Paris : 09/10/2011
♟ Localisation : paris
♟ Profession : mousquetaire




Sous le sceaux du secret
Mon coeur balance:
Jeu d'espion: Le roi !
Côté RP: Disponible
MessageSujet: Athos Mar 8 Mai - 15:55


    Olivier de la Fère, dit Athos
    par Oliver Reed




    HALTE-LA !


    Où et quand êtes-vous né, voyageur ?
    -> Dans le Berry, au solstice d'été, il y a vingt-sept ans de cela.
    Où vivez-vous ?
    ->A Paris, ville des intrigues et des hauts faits, où il y a bien assez de choses à faire pour que les gens vous laissent tranquille, vous et vos secrets.
    Et quelles sont vos origines ?
    -> Je viens de là où je suis né, comme mes ancêtres avant moi.
    Avez-vous un métier ?
    ->Mousquetaire du roi ! Au service de Sa Majesté, n'en déplaise au Cardinal et à sa garde !
    Une occupation majeure ?
    ->Boire. Et me battre. Et peut-être rencontrer mes amis. Mais surtout boire.
    Non ? Alors si vous êtes noble, quel est ou quels sont vos titres ?
    -> J'ai été Comte de la Fère, mais c'est un titre qui est tombé dans l'oubli.
    Je vois…êtes-vous marié ? Avez-vous des enfants ?
    -> Hélas ! Je suis veuf, mais j'ai été marié. Et l'on ne me verra pas réitérer la chose de si tôt...
    Et votre visage, là, qui est-ce ?
    -> Oliver Reed ! Méconnu mais parfait pour le rôle !






    Et toi, derrière cet écran, qui es-tu donc ?

    Comment te nomme-t-on par ici ?
    Athos, Newlon, New' ou Carotte, selon les personnes et les goûts.
    Et quel âge as-tu ?
    17 et toutes mes dents !
    Tu as découvert notre forum sur le net ? Par un ami ? Par un autre moyen ?
    C'est mon petit doigt qui m'y a conduit, pendant que le reste de mes mains aidaient à sa construction.
    Et pourquoi avoir choisi ou créé ce personnage, qu’attends-tu pour son avenir ?
    Athos ! Doit-on expliquer pourquoi on joue Athos ? Je n'aurais rien à dire, sinon que jouer un personnage aussi secret, remarquable et plein de paradoxes est une idée absolument délicieuse. Ce que j'attends de son avenir ? Des changements, des aventures, des rires, des cris, des colères, des amis et des ennemis...
    As-tu une remarque à faire sur le forum ?
    Je... je... Joker.




Dernière édition par Athos le Dim 29 Juil - 2:07, édité 3 fois
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Sous le sceaux du secret
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Côté RP: Disponible
MessageSujet: Re: Athos Dim 1 Juil - 18:55



Prologue
Le vin d'Anjou mon préféré ? Sans doute, quand je n'ai ni champagne ni chambertin...


L’air noble et distingué d’Athos, ces éclairs de grandeur qui jaillissaient de temps en temps de l’ombre où il se tenait volontairement enfermé, cette inaltérable égalité d’humeur qui en faisait le plus facile compagnon de la terre, cette gaieté forcée et mordante, cette bravoure qu’on eût appelée aveugle si elle n’eût été le résultat du plus rare sang-froid, tant de qualités attiraient plus que l’estime, plus que l’amitié, elles attiraient son admiration.

En effet, considéré même auprès de M. de Tréville, l’élégant et noble courtisan, Athos, dans ses jours de belle humeur, pouvait soutenir avantageusement la comparaison ; il était de taille moyenne, mais cette taille était si admirablement prise et si bien proportionnée, que, plus d’une fois, dans ses luttes avec Porthos, il avait fait plier le géant dont la force physique était devenue proverbiale parmi les mousquetaires ; sa tête, aux yeux perçants, au nez droit, au menton dessiné comme celui de Brutus, avait un caractère indéfinissable de grandeur et de grâce ; ses mains, dont il ne prenait aucun soin, faisaient le désespoir d’Aramis, qui cultivait les siennes à grand renfort de pâte d’amandes et d’huile parfumée ; le son de sa voix était pénétrant et mélodieux tout à la fois, et puis, ce qu’il y avait d’indéfinissable dans Athos, qui se faisait toujours obscur et petit, c’était cette science délicate du monde et des usages de la plus brillante société, cette habitude de bonne maison qui perçait comme à son insu dans ses moindres actions.

S’agissait-il d’un repas, Athos l’ordonnait mieux qu’aucun homme du monde, plaçant chaque convive à la place et au rang que lui avaient faits ses ancêtres ou qu’il s’était faits lui-même. S’agissait-il de science héraldique, Athos connaissait toutes les familles nobles du royaume, leur généalogie, leurs alliances, leurs armes et l’origine de leurs armes. L’étiquette n’avait pas de minuties qui lui fussent étrangères, il savait quels étaient les droits des grands propriétaires, il connaissait à fond la vénerie et la fauconnerie, et un jour il avait, en causant de ce grand art, étonné le roi Louis XIII lui-même, qui cependant y était passé maître.

Comme tous les grands seigneurs de cette époque, il montait à cheval et faisait des armes dans la perfection. Il y a plus : son éducation avait été si peu négligée, même sous le rapport des études scolastiques, si rares à cette époque chez les gentilshommes, qu’il souriait aux bribes de latin que détachait Aramis, et qu’avait l’air de comprendre Porthos ; deux ou trois fois même, au grand étonnement de ses amis, il lui était arrivé, lorsque Aramis laissait échapper quelque erreur de rudiment, de remettre un verbe à son temps et un nom à son cas. En outre, sa probité était inattaquable, dans ce siècle où les hommes de guerre transigeaient si facilement avec leur religion et leur conscience, les amants avec la délicatesse rigoureuse de nos jours, et les pauvres avec le septième commandement de Dieu. C’était donc un homme fort extraordinaire qu’Athos.

Et cependant, on voyait cette nature si distinguée, cette créature si belle, cette essence si fine, tourner insensiblement vers la vie matérielle, comme les vieillards tournent vers l’imbécillité physique et morale. Athos, dans ses heures de privation, et ces heures étaient fréquentes, s’éteignait dans toute sa partie lumineuse, et son côté brillant disparaissait comme dans une profonde nuit. Alors, le demi-dieu évanoui, il restait à peine un homme. La tête basse, l’œil terne, la parole lourde et pénible, Athos regardait pendant de longues heures soit sa bouteille et son verre, soit Grimaud, qui, habitué à lui obéir par signes, lisait dans le regard atone de son maître jusqu’à son moindre désir, qu’il satisfaisait aussitôt. La réunion des quatre amis avait-elle lieu dans un de ces moments-là, un mot, échappé avec un violent effort, était tout le contingent qu’Athos fournissait à la conversation. En échange, Athos à lui seul buvait comme quatre, et cela sans qu’il y parût autrement que par un froncement de sourcil plus indiqué et par une tristesse plus profonde.

Jamais Athos ne recevait de lettres, jamais Athos ne faisait aucune démarche qui ne fût connue de tous ses amis. On ne pouvait dire que ce fût le vin qui lui donnât cette tristesse, car au contraire il ne buvait que pour combattre cette tristesse, que ce remède, comme nous l’avons dit, rendait plus sombre encore. On ne pouvait attribuer cet excès d’humeur noire au jeu, car, au contraire de Porthos, qui accompagnait de ses chants ou de ses jurons toutes les variations de la chance, Athos, lorsqu’il avait gagné, demeurait aussi impassible que lorsqu’il avait perdu. On l’avait vu, au cercle des mousquetaires, gagner un soir trois mille pistoles, les perdre jusqu’au ceinturon brodé d’or des jours de gala ; regagner tout cela, plus cent louis, sans que son beau sourcil noir eût haussé ou baissé d’une demi-ligne, sans que ses mains eussent perdu leur nuance nacrée, sans que sa conversation, qui était agréable ce soir-là, eût cessé d’être calme et agréable.

Ce n’était pas non plus, comme chez nos voisins les Anglais, une influence atmosphérique qui assombrissait son visage, car cette tristesse devenait plus intense en général vers les beaux jours de l’année ; juin et juillet étaient les mois terribles d’Athos.

Pour le présent, il n’avait pas de chagrin, il haussait les épaules quand on lui parlait de l’avenir ; son secret était donc dans le passé.

Cette teinte mystérieuse répandue sur toute sa personne rendait encore plus intéressant l’homme dont jamais les yeux ni la bouche, dans l’ivresse la plus complète, n’avaient rien révélé, quelle que fût l’adresse des questions dirigées contre lui.


- Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires


Chapitre 1. Enfance.
Dans mon château de... quand j'avais un château.


Je ne garde de mon enfance aucun souvenir très précis. Seulement quelques taches de couleur au milieu de la grisaille de l’âge adulte, qui contrastent singulièrement avec la suite de mon existence. C’était une époque où tout devait être simple et semblait vouloir le rester ; et les images qui me reviennent de ce temps sont les souvenirs d'un petit garçon qui découvre le monde et le croit beaucoup plus grand et brillant qu’il ne l’ait réellement tant l’univers dans lequel il évolue se trouve magnifique.

Je suis né et j’ai grandi dans le château de mon père et de mes ancêtres qui deviendrait le mien – quoique j’étais encore loin de penser à ce genre de choses à cet âge et l’héritage n’était pas au nombre réduit de mes charmants soucis d’enfant.

Je me souviendrais toujours je crois du visage de ma mère, des grands yeux bleus au milieu de sa figure pâle, de son sourire heureux et de sa voix quand elle chantait. Feu Madame la Comtesse de la Fère était une femme qui alliait merveilleusement la beauté et la douceur sans manquer de tendresse ni d’esprit. Elle avait été dame d’honneur de Marie de Médicis et portait sur elle toute la noblesse et l’élégance qu’elle avait pu observer à cette époque et dont elle était elle-même devenu une partie. Je ne saurais dire si elle aimait véritablement mon père, mais elle le respectait vraiment, et si son mariage avait été arrangé, je crois qu’il l’avait rendue suffisamment heureuse et lui avait été bénéfique.
De mon père, je me souviens de tout à la perfection – peut-être parce qu’il a vécu plus souvent, ou parce qu’étant garçon j’ai passé plus de temps avec lui ? De ses sourcils noirs et la façon dont ils se courbaient quand il n’était pas content de quelque chose à sa façon de noblement rabattre sa cape en descendant de cheval en passant par sa voix grave qui semblait faite pour vous raconter des histoires tant elle était enivrante ; il m’apparait encore comme s’il était bien réel, bien présent, bien vivant, il suffit simplement que je l’imagine. Il était évident qu’il avait beaucoup d’admiration pour sa femme et que sa mort le rendit sincèrement triste, assez pour que l’on puisse affirmer qu’il avait vraiment de l’affection pour elle.

Ce nom qui était le mien avait été rendu fameux par l’un de mes ancêtres, Enguerrand de la Fère qui fut adoubé chevalier de Saint-Michel par le roi François premier en personne. C’était une histoire que ce plaisait à raconter mon père. Il m'éleva en me contant presque tous les jours ce conte, en m'expliquant que l'épée du roi étant brisée, mon aïeul avait offert la sienne au monarque et avait en échange été adoubé. Quinze ans plus tard, pour le remercier encore, l'illustre personnage lui avait offert une magnifique épée ainsi que d'autres objets dont je ne me souviens pas très bien mais dont je devinais l'inestimable valeur.

Mon enfance se déroulait sans bosse, sans accroc ni bévue. Je rêvais beaucoup je crois, rêves alimentés par les souvenirs que mon père gardaient religieusement dans son château : peintures, sculptures et argenterie semblaient provenir d’un autre monde alors qu’ils venaient juste d’un autre siècle. Oui, je rêvais, je rêvais au temps des grands seigneurs et des grands royaumes, au temps des Francs, au temps de Charlemagne… Mon univers et ma naissance me donnaient de merveilleux décors pour les grands duels de chevalerie, et je faisais rire mes parents en parlant au présent d’une époque révolue, en lisant en cachette le soir des récits merveilleux.

Mais je me réveillais adolescent, à mon époque ; et mon enfance prit fin sur une note de malheur.


Chapitre 2. Apprentissage.
Oui, parlez donc de dîner dans un pays où l'on mange pour tout festin du mouton cuit à l'eau, et où, pour tout régal, on boit de la bière ! Comment diable êtes-vous venu dans un pays pareil, Athos ?


Mon ciel sans tache se noircit à dix ans de mon premier deuil. Mon anniversaire était juste là que ma mère tombait malade, et l'automne arrivait à peine qu'elle succombait à ce mal.

C'était mon premier véritable malheur, et si la peine m'était à cet âge parfaitement inconnue, elle n'en fut pas moins vive. Je me forçais à être fort, mais je pleurais quand on mettait son cercueil en terre. Je voyais bien la tristesse qui hantait aussi mon père qui avait vécu de très belles années avec cette femme à laquelle il s'était sincèrement attaché, et je prenais en moi-même une décision assez inattendue pour l'enfant que j'étais.

Dans ma naïveté, j'interprétais ce glas du destin comme le signe qu'il fallait que quelque chose change dans ma vie. Je n'étais pourtant pas égocentrique, seulement à celui qui rêve pendant si longtemps, il devient difficile de se réveiller, et la réalité doit garder un peu du flou magique auquel son imaginaire l'avait habitué.

Je prenais donc en moi-même l'extrême résolution d'être le meilleur fils du monde, pour cet homme si fort que je voyais si démuni face à la mort, et qui devenait encore plus humain et sublime pour mes jeunes yeux et mon cœur. Je laissais derrière moi mes rêves, mes jeux, mes duels imaginaires et je devenais bon élève. Je troquais mes rires et mes courses par l'apprentissage parfait des langues étrangères, mortes, des manières, des armes, de l'équitation, et de tout ce qu'il plaisait à mon père que l'on m'apprenne. Mon niveau suivait mes efforts et mon application, et j'excellais.
Il serait pourtant faux d'annoncer que j'avais laissé tout l'univers qui m'avait un jour rendu transi d'admiration derrière moi, je continuais à lire tout ce que je pouvais trouver dans notre bibliothèque, et j'étais sans le savoir façonné par mes lectures. Pour assouvir mon étrange curiosité - moi qui avait toujours été particulièrement discret, je priais même mon ancienne nourrice encore au château de me conter les légendes qu'elle connaissait au sujet de ces siècles passés qui faisaient mon plaisir.

Mais après avoir découvert à dix ans le désespoir de la mort, je découvrais à quinze la démence que causait l'ennui. Le désœuvrement me causait bien des soucis, et mon père qui m'avait toujours rêvé le pied marin trouva une solution à ce nouveau problème pour nous contenter tous les deux.

C'est comme cela qu'à quinze ans tout juste je quittais pour la première fois la demeure familiale pour partir chez un très bon ami anglais, officier dans la marine, qui s'était proposé de me trouver de quoi m'occuper un moment. Ce qu'il fit à merveille.

Sur le bateau où nous naviguions, je n'apprenais pas simplement à lire les étoiles pour me repérer, à faire des nœuds et à barrer, je découvrais aussi le jeu et les femmes - à ma grande honte. Ce pilier de droiture, de moralité et de principes que je me voulais être pour faire honneur à mon nom et mon sang avait été soumis à la tentation et dans la folie de la jeunesse n'avait pas su résister. Je m'excuse moi-même quelques fois en prétextant mon trop jeune âge, ma naïveté, l'ennui qui m'avait pris un temps et qui devait bien se venger un moment, et le brillant de ce que l'on me proposait et dont mon protecteur n'avait justement pas su me protéger.

L'âme humaine étant un puits profond de débilité et de folie, tout occupé et tout heureux que je me pensais, jouissant tout à la fois d'une éducation, d'amis et d'une charmante maîtresse, je me prenais à regretter ma terre. La nostalgie s'empara de mon âme après de nombreux mois passés de l'autre côté de la Manche, et je me prenais à rêver de prendre un nouveau bateau pour rentrer chez moi et retrouver les miens.

Il fallut un certain temps à mon protecteur pour qu'il s'en rende compte, mais ceci fait il me laissa assez vite partir, content de moi et assurant à mon père dans une lettre ma bonne conduite - cachant ainsi la débauche dans laquelle je m'étais pourtant jeté et dont il avait été mis au courant, mais je pense que cela lui aurait fait perdre l'amitié de mon paternel si ce dernier l'avait appris et qu'il y tenait assez.

Je revoyais pour la première fois en près de deux ans ma terre et j'en éprouvais une joie sincère. Mon père avec lequel j'avais correspondu avec assiduité m’accueillit et quand il me serra dans ses bras je mesurai réellement combien cet endroit m'était cher.

Néanmoins, le vieil homme qu'était devenu mon père me fit quelque peu peur. Je ne comprenais pas vraiment qu'il était lentement mais surement en train de partir, et que s'il lui restait encore quelques années de sursis, il était comme tout le monde condamné. Cela je ne le voyais pas, et je me savais heureux sans penser à rien d'autre, et certes pas à l'avenir.


Chapitre 3. Amour.
À travers la naïveté de son âge perçait un esprit ardent, un esprit non pas de femme, mais de poète ; elle ne plaisait pas, elle enivrait.


Pour ce qui est des raisons exactes qui pressèrent mon départ vers l'Angleterre, j'admets ne pas avoir été complètement sincère. Il arriva que pour mes quinze ans mon cœur éprouva la première fois le besoin de me démontrer sa puissance et sa présence, en s’épanchant de doux sentiments, et je tombais fou amoureux.

Avec le recul, je puis dire que ce n'était pas exactement de l'amour. Et qu'il n'y avait rien de vraiment passionnel ; mais trompé par l'inconnu, je le croyais à cette époque, et ma peine fut véritable.

Parmi tous les objets de merveille que mon père amassait dans les différentes salles du château, il y avait une magnifique statue de marbre qui lui avait été offerte par Henry IV. Enfant, je la regardais et lui parlais avec assiduité, puisqu'on m'avait conté l'histoire de Pygmalion et que je trouvais cette femme que l'on avait sculpté dans une position quelque peu abandonnée, il faut le dire, absolument magnifique. Et puis, était venu cet âge où j'avais voulu être raisonnable, et j'avais arrêté. Je n'étais plus allé dans cette pièce pendant cinq ans.

Simplement, mon désœuvrement et mon cœur m'y poussèrent à nouveau à quinze ans. Et cette histoire de Pygmalion que j'avais écouté avec intérêt enfant pris pour moi un véritable sens. Cette figure de marbre me toucha comme rien au monde avant et je m'en crus véritablement amoureux. Sot que j'étais, j'en parlais à mon précepteur et ma nourrice qui eurent tous deux la même réponse : Pygmalion n'était qu'une fable. Mais j'étais fou, et je croyais avoir reçu un coup de poignard à chaque fois que je l'avais entendu.

L'histoire vint aux oreilles de mon père, lequel eut la présence d'esprit de me tirer de la contemplation de mon idole immobile pour m'envoyer en Angleterre. Je ne la retrouvais pas en revenant, et je sus que mon père l'avait caché en retombant dessus par hasard une fois que je fus Comte moi-même.


L'existence du Vicomte de la Fère fut pendant un long moment tranquille. On me renvoya à Paris pour parfaire mon maniement des armes un temps, et je fis des allers-retours entre la province et ma terre pendant un temps.

J'étais chez moi quand mon regard croisa celui de celle qui changerait définitivement ma vie - bien que j'ignorais encore comment à l'époque. De grands yeux bleus et une chevelure dorée changèrent mon existence à tout jamais.

On m'avait appris l'arrivée d'un frère et d'une sœur dans la région, le premier réclamant la cure qui venait de se libérer, souhaitait obtenir le droit d'être notre curé. Je décidais d'aller les visiter un jour après la chasse. Les de Breuil. Anne de Breuil. C'était son nom. Là, face à moi, souriante, belle comme je n'avais jamais rien vu de si beau sur terre. Il n'y avait pas, à mes yeux, trésor ou bijou qui eut l'éclat de ses yeux, le brillant de ses lèvres. Je les quittais à peine que mon âme chantait déjà.


Chapitre 4. Mariage.
Vous accepterez un mariage secret ? Le jour où je m'appellerai à mon tour comte de la Fère, vous serez mon honorée comtesse !... Vous savez que mon père est vieux, malade, souffrant ; vous n'aurez pas longtemps à attendre...


Le futur qui s'étendait à mes pieds me semblait limpide. J'allais devenir Comte, épouser Anne, et vivre heureux. Cela se résumait à cela. Il ne pouvait y avoir d'autres alternatives. Simplement, sans jamais lui en parler, je savais que mon père serait contre ce mariage. Aussi, je choisissais de ne pas lui en glisser un mot. C'était mon premier et unique mensonge, ma seule trahison. Je plantais ce poignard invisible dans son dos sans savoir que j'allais saigner à mon tour un jour à cause de cette bêtise. J'étais fou, j'aimai.

Je me rendis avec de plus en plus d'assiduité dans cette maison, je la vis de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. Mes paroles se changèrent lentement en compliments, puis, comme mon admiration devenait véritable, je commençais à lui faire des serments, je refusais de la quitter des yeux, et je lui écrivais des lettres où je ne cachais plus rien de mes sentiments.

La statue dans une pièce avait depuis longtemps été oubliée.

Simplement, mon père avait pour moi quelques projets. Il me voulait marié, marié à une riche héritière, de préférence. Il multipliait les invitations, il voulait m'envoyer les visiter, toutes ces belles orphelines aux grandes fortunes. Je refusais nette, je prétextais n'avoir aucune aspiration pour le mariage, et les tempêtes se faisaient de plus en plus fréquents au château. Mais peu m'importait à moi, il me suffisait d'aller à la chasse, et de revenir par chez Mademoiselle de Breuil pour mon cœur s'envole et que mes soucis disparaissent. Plus je la connaissais, moins je parvenais à imaginer ma vie sans elle. Je voulais qu'elle porte mon nom et mes héritiers, je voulais vieillir avec elle.

Son frère et elle n'étaient que des étrangers. J'aurais pu l'avoir sans l'épouser, sans aucune difficulté. De gré, de force. Mais non. Mes beaux livres avaient fait de moi un honnête homme, et ce faisant avaient causé ma perte.

Seulement, mon père tardait à mourir, et mon cœur brûlait toujours plus. Alors un soir, je pris ma décision. J'allais frapper à sa porte.

J'aurais eu je pense quelques répugnance contre un mariage secret dans une autre situation que celle-ci, ou plutôt, j'avais une répugnance contre le-dit mariage, mais j'étais trop hébété par mon bonheur quand elle me répondit pour y penser vraiment. Je lui avais promis de faire d'elle ma comtesse, mais je ne voulais pas contrarier mon père dans les derniers jours de sa vie - peut-être que je voyais encore en lui ce dieu qui m'avait tant impressionné enfant. Nous n'aurions comme témoins que notre Amour et son frère, mais cela me suffisait. Elle accepta, et j'étais au comble de ma joie.

Nous nous mariâmes très vite, dans le silence de l'église, sous le regard brillant de son frère. J'allais présenter mes respects au Comte pour qu'il ne se doute de rien, et je revenais à elle pour notre nuit de noces.

J'étais trop heureux, trop heureux, je n'y croyais pas. Dans ma bêtise, je lui offrais le saphir de ma mère, et lui jurais le plus sincèrement du monde de l'adorer toute cette vie et celle d'après.


Chapitre 5. Mensonges.
Devinez ce qu’elle avait sur l’épaule ? Une fleur de lys. Elle était marquée. L’ange était un démon.


Mon père mourut peu de temps après, sans avoir réussi à m'arracher la promesse d'un mariage qui me serait bénéfique, pour à son grand mécontentement. Je quittais le nom d'Olivier de la Fère, Vicomte, pour le titre de Comte. Je laissais passer le temps du deuil, et j'annonçais mon mariage avec Anne, et lui offrais ce que je lui avais promis en faisant d'elle la première dame de la province, malgré la désapprobation de mes relations.

Je ne supportais pas être séparé d'elle. Il me fallait la conduire partout avec moi, et tout faire à ses côtés. Elle était belle, intelligente, et un an et demi de mariage n'avait pas su éteindre la passion qui brûlait mes veines chaque jour où je la voyais.

Et puis, il y eut ce jour terrible. La mort des époux de la Fère. La désillusion.

Je n'ai jamais cessé d'aller à la chasse. Avec la fauconnerie, il s'agissait de l'un de mes passe-temps favoris. Je ne manquais pas de talent pour la pêche où ma patience m'était une alliée de choix, mais je n'y trouvais pas le même plaisir qu'en faisant galoper mon cheval après un cerf ou un autre animal. J'y emmenais toujours Anne, bien sûr. Je ne voulais pas être privé de sa présence, de son sourire, de son regard.

C'était un jour comme tous les autres je crois. Le treize juillet. Elle paraissait peut-être un peu plus heureuse, un peu plus vivante. Elle cherchait à aller plus vite que jamais. Je l'avais pourtant prévenue, interpellée, elle n'en faisait qu'à sa tête. Elle m'avait adressé un de ses regards auxquels je ne savais résister, et j'avais à peu près parfaitement oublié le gibier après lequel nous étions.

Mais, son cheval avait buté, était tombé et elle avec. Je ne saurais décrire l'état de terreur dans lequel je me trouvais en me jetant à terre pour la secourir. Elle était inconsciente et il me semblait que tant qu'elle ne respirerait pas, je n'y parviendrais pas non plus. Je déchirais sa robe, pour qu'elle se réanime, et c'est à ce moment là que je vis.

Sa manche avait glissé, et son épaule était à nue. Une belle épaule, blanche et ronde. Je n'avais jamais regardé ses épaules, elle m'avait toujours occupée avec ses autres charmes. Sur cette épaule, une fleur de lys, petite, rousse, comme recouverte d'une pâte qui voudrait l'avoir fait disparaitre. La marque du bourreau pour les voleurs et les putains. Ma femme était l'une d'entre eux.

La stupéfaction m'avait cloué sur place. Je ne comprenais pas. Et puis soudain, j'avais senti mes mains se mettre à trembler dangereusement, tandis qu'une envie de vengeance meurtrière me compressait la poitrine. J'avais trahi mon père pour ça. J'avais donné mon nom à ça. J'avais aimé, aimé comme un fou ça. Mon corps entier devenait lourd, j'avais la nausée, ma tête me faisait mal, j'étais envahi par la haine, une haine inégalable que prenait naissance dans les tréfonds de ma colère et de mon humiliation. Qu'importe l'honneur, mon envie de meurtre était soudain plus forte que tout. J'attrapais la corde qui pendant à ma selle, et je la pendais haut et court, sans plus de cérémonie.

C'était la fin de la Comtesse Anne de la Fère.

C'était ma fin aussi.


Chapitre 6. Déchéance.
Vos malheurs font rire !


J'étais un assassin. J'avais menti et trompé les miens pour rien, du vent. Je m’étais fait avoir, j’avais épousé une fille marquée. Anne de Breuil n’était qu’un mensonge. Je ne parvenais pas à y croire, j’aurais préféré mourir que l’accepter. Je maudissais Dieu tout Puissant de m’avoir fait ça. Je ne voyais plus l’avenir qui quelques heures plus tôt traçait encore un beau chemin juste à mes pieds. Je ne pouvais pas rester, je ne voulais pas partir. Je voulais tuer, je voulais aimer, je voulais mourir, je voulais vivre.

Néanmoins, s'il y avait une chose certaine, c'est qu'avec ce meurtre, si Comte de la Fère il devait y avoir, il faudrait en parler au passé. Je rentrais au château aussi rapidement qu'il m'était possible de le faire malgré mes mains qui tremblaient, mon cœur qui battait à tout rompre et ma tête qui me faisait si mal. Si je pouvais accepter de disparaître, je ne pouvais pas me résoudre à le faire comme cela. J'avais des objets à récupérer avant que le Comte de la Fère ne tombe dans l'oubli. Je ne pouvais pas non plus disparaître tout seul. Je mettais dans la confidence mon valet de confiance, un garçon avec lequel j'avais grandi, sans lui expliquer cependant que j'étais le coupable d'un meurtre. Je l'envoyais chercher le frère de Anne, pour le faire pendre à son tour, car, j'en étais persuadé, il n'était pas son véritable frère mais son complice, et j'avais en mes terres droit de basse et de haute justice. Mais le moribond était introuvable.

Je chargeais à mon homme de veiller sur cette terre pour laquelle j'avais tant d'amour et que je devais quitter, ainsi que de me tenir au courant de tout ce qui s'y passerais, et de m'envoyer là où je me logerais les affaires que je lui avais désigné.

C'est ainsi que disparut à son tour le Comte de la Fère.

Comble de l'ironie, ce fut en quittant une dernière fois ces lieux que je retrouvais la fameuse statue de marbre devant laquelle je m'étais un jour pâmé.

Pour vanter les mérite de mon compagnon d'enfance, je devrais dire combien il a été discret, puisque même dans une lettre, il me fit savoir que la version officielle était que le Comte et la Comtesse de la Fère avaient disparu dans un accident de chasse, et de mon épouse pendue il ne souffla pas mot.

Je n'avais plus rien. Ou plus rien qui vaille la peine d'être dit. De mon nom et mon rang ne me restait qu'un souvenir et des manières que je devais cacher, de ma race une simple fierté et la main prompte à se poser sur l'épée, de ma fortune quelques glorieux souvenirs que j'avais emporté, de mon amour une désillusion bien douloureuse et une haine des femmes, de mes relations quelques vagues souvenirs... Et même l'alcool ne parvenait pas à me faire oublier ma déchéance, il me rendait même plus amer encore, mais permettais au moins de faire s'éteindre totalement le Comte le temps que durait l'ivresse.

Je passais d'un château à une chambre à Paris, de grand seigneur à simple gentilhomme - au moins mon sang n'était pas entièrement diminué, de mari à veuf, d'heureux à désespéré.


Chapitre 7. Amitié.
J'aurais un fils que je ne l'aimerais pas plus...


J'en étais là, au plus bas qu'un homme comme moi pourrait tomber. Seul, sans passé ni avenir, sans raison ni envie.

Et puis, comme le goût de la vie m'avait quitté, une sorte de soif d'autre chose vint m'animer. Je n'avais certes plus aucun amour pour l'existence, mais je ne voulais pas rester comme cela à ne rien faire. L'ennui était un vice que je ne pouvais me permettre.

Je postulais pour entrer aux mousquetaires, ayant prêté mon épée comme les miens avant moi par le passé, je ne pensais pas en vouloir trop. Si j'avais troquais le nom d'Olivier de la Fère et que je me présentais à présent sous le nom d'Athos, une montagne grecque, je donnais mon véritable nom au capitaine-lieutenant contre sa parole de gentilhomme de n'en souffler mot à personne, et l'on m'offrit ma casaque sans faire de difficultés.

La vie dont je ne voulais plus s'engouffrait à nouveau dans mes veines. Je faisais des rencontres, je voyais du monde, je me surpris à sortir à nouveau, à jouer et à sourire - rire non, c'était trop douloureux. Je rompais le fer avec tous ceux qui me cherchaient un peu trop querelle, je parlais, je m'agitais.

Je me trouvais même deux amis, deux frères : Porthos et Aramis, qui devenaient bien vite des personnes qu'un besoin presque viscéral me poussaient à voir à n'importe quelle heure du jour et de la nuit tant cette amitié était vraie et forte. Athos, Porthos et Aramis, les trois inséparables que l'on ne voit jamais séparés. Voilà à quoi ressemblais mon présent, et la seule chose que je pouvais discerner de mon avenir proche. Porthos était déjà au Mousquetaires, Aramis nous y rejoignit après avoir malencontreusement tué un homme et avoir du renoncer à sa vocation d'abbé - pour un temps.





Il y a nos duels, nos jeux, nos vies ; il y a l'argent qui manque mais qui ne nous pose pas problème, et tout le reste. Et la blessure de la rue Férou, et mon épaule, d'Artagnan, Biscarat, Jussac... La vie ne s'est donc pas arrêtée avec ma peine, comme je le pensais. Et si la douleur est toujours là, l'ennui ne vient pas, et je peux vivre sans la démence et la folie.


Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan, notre jeune cadet des gardes.
Oui, c'est tout ce qui doit compter au fond.

L'amitié.



Dernière édition par Athos le Dim 29 Juil - 2:04, édité 14 fois
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Athos

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