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Marie-Aimée de Chevreuse

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♟ Complots : 238
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♟ Arrivée à Paris : 10/10/2011
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MessageSujet: Marie-Aimée de Chevreuse Mer 14 Déc - 9:35


    Marie-Aimée de CHEVREUSE
    par [Cécile Cassel]




    HALTE-LA !


    Où et quand êtes-vous né, voyageur ?
    ->Je suis née à Coupvray le 8 décembre 1600
    Où vivez-vous ?
    ->Paris! Paris, ville de lumière au cœur palpitant! Mais si Paris me rejette, c'est à Tours que je me replie, ou dans mon cher château de Dampierre.
    Et quelles sont vos origines ?
    ->Bien que je sois née en Seine et Marne, je ne peux renier mes origines bretonnes ni la famille de Rohan dont j'ai tant aimé porter le nom.
    Avez-vous un métier ?
    ->Diable non! Je m'y abîmerais les mains! Toutefois, l'on dit parfois que je suis lingère à Tours.
    Une occupation majeure ?
    ->Allons...ne me connaissez-vous donc pas?! Je fais et défait les intrigues, les complots, les cabales!
    Non ? Alors si vous êtes noble, quel est ou quels sont vos titres ?
    ->Par mon premier mari, j'ai été duchesse de Luynes et connétable de France; par mon amant et second époux, je suis devenue princesse de Joinville mais surtout, duchesse de Chevreuse.
    Je vois…êtes-vous marié ? Avez-vous des enfants ?
    ->Mariée deux fois! Ce malheureux premier époux est mort subitement d'une fièvre jaune en me laissant avec trois enfants. Du second, j'en suis actuellement enceinte, mais cela ne m'empêche de poursuivre mes oeuvres!
    Et votre visage, là, qui est-ce ?
    ->Cécile Cassel, pour vous ravir les sens.






    Et toi, derrière cet écran, qui es-tu donc ?

    Comment te nomme-t-on par ici ? Corleone, mais aussi connue sous "Cie"
    Et quel âge as-tu ? 25 ans et toutes mes dents Smile
    Tu as découvert notre forum sur le net ? Par un ami ? Par un autre moyen ? Par l'entremise de Marie Michon, une lingère tourangelle...
    Et pourquoi avoir choisi ou créé ce personnage, qu’attends-tu pour son avenir ?Pourquoi Marie de Chevreuse? Parce qu'elle est l'essence-même de l'intrigue, de l'intelligence féminine; elle est tout ce que n'étaient pas les femmes à cette époque, à tel point que le cardinal lui-même s'en méfiait. Marie de Chevreuse, c'est l'ambition, la pugnacité, la séduction...Elle me fascine, tout simplement.
    Ce que j'attends de son avenir? Des duels au sommet avec ses ennemis mortels, des passions, des échecs...
    As-tu une remarque à faire sur le forum ? nope Wink
    En cochant cette case, tu t'engages à accepter le règlement du forum
    J'ai lu et accepte le règlement du forum








Dernière édition par Marie-Aimée de Chevreuse le Mar 3 Juil - 8:36, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse Mer 28 Mar - 9:28




    La deuxième vie de Marie-Aimée de Rohan, duchesse de Luynes


    Marie referma l’enveloppe qu’elle posa lentement sur le guéridon. Son œil vide se posa sur le cachet rougeâtre, aussi brisé que sa vie venait de l’être. Tel un enfant étouffé dans son œuf, les perspectives d’avenir de la jeune femme venaient de s’effondrer comme un château de cartes.
    Elle qui avait le feu au sang, elle qui ne se laissait pourtant jamais abattre et voyait les obstacles comme des défis semblait soudainement anéantie, sentant sur ses frêles épaules de 22 ans tout le poids des années. Peut-être aussi était-ce son état de grossesse avancée qui la faisait entrevoir de bien sombres visions d’avenir.

    La porte du cabinet s’était ouverte, laissant passer la tête pouponne de Louis-Charles. Sa petite main potelée tenait la main de sa gouvernante et Marie rendit un sourire las au garçonnet qui se dégagea pour trottiner vers sa mère. Comment pouvait-on comprendre ce qu’il se passait à 2ans ? Pourtant, l’enfant s’était naturellement calmé et avait cessé ses caprices depuis l’annonce qui avait bouleversé l’hôtel de Luynes. Aucun babillage ne venait troubler le deuil qui avait enveloppé les lieux.

    Marie caressa distraitement les cheveux de son fils qui avait grimpé sur le canapé à ses côtés et se lovait dans ses bras.
    -Monsieur le duc de Chevreuse demande s’il peut être reçu, madame, dit enfin la gouvernante restée sur le seuil de la porte. Sa voix hésitante semblait craindre une réaction vive de la part de la duchesse qui pouvait voir en cette demande comme une indiscrétion, mais le regard de la jeune femme avait un instant brillé et dans un mince sourire, elle hocha la tête en signe d’assentiment.
    -Qu’il entre, mais mon fils ne restera pas ici, répondit-elle calmement. Elle poussa tendrement le garçonnet au bas du canapé qui reprenant la main de sa gouvernante, quitta la pièce.

    En toute autre occasion, ce nom de Chevreuse aurait fait frémir de plaisir la jeune femme. Cet homme qu’elle avait désiré, qu’elle avait eu dans ses filets après de longs soupirs d’attente et d’œillades enflammées, cet homme qui la couvait d’attention et la mettait sur un piédestal avait toujours eu cette faculté de faire reprendre ses couleurs à Marie, de la faire sourire lors d’une nouvelle difficile et de l’entourer de tous les soins que son époux ne lui avait donné. Mais aujourd’hui, alors qu’elle ne l’avait vu depuis de longues semaines, elle se sentait lasse d’accueillir son amant. Quelles que fussent ses intentions par sa venue, elle ne ressentait que l’envie d’être seule, de songer aux cinq années qui s’étaient écoulées.


    -Madame, j’ai longuement hésité avant de franchir cette porte, la salua le duc en s’approchant vivement du canapé pour baiser la main tendue de la jeune femme.
    -Mais j’ai reçu votre billet, pardonnez mon absence de réponse, je n’ai hélas eu que peu de temps de répit et…Marie s’arrêta, posant la main sur son ventre. Un sentiment rare de culpabilité s’immisça en elle alors qu’elle avait à ses pieds un homme prêt à se jeter au feu pour la seule beauté de ses yeux. Malgré les doutes qui l’avaient assaillie, elle savait que cet enfant n’était pas illégitime ; avec scrupule, elle se rappela combien cette nouvelle l’avait rapproché de son époux.
    -Ne vous fatiguez pas à me dire cela, lança le duc d’une voix tendre et inquiète, s’asseyant de lui-même aux côtés de la jeune femme. Il prit avec ferveur la main délicate de la duchesse qu’il baisa fortement, caressant doucement ses doigts blancs. La cour est en deuil, soyez-en assurée. Monsieur le duc manque déjà cruellement au roi, poursuivit-il d’une voix empressée.
    -Taisez-vous, se contenta de lui répondre Marie d’une voix lasse. Le roi oubliera son connétable dès la cérémonie terminée. La cour a commencé à oublier feu mon mari depuis bien longtemps ! Ses erreurs à répétition lui ont valu sinon une disgrâce, un rejet de la part des courtisans.
    -Vous ne serez pas oubliée, Marie, assura Chevreuse !
    -Loin des yeux, loin du cœur, soupira-t-elle sans réellement croire à ses paroles. Je ne suis plus à la cour jusqu’à la naissance de cet enfant et la cour m’oublie ! Et qui serai-je après, continua-t-elle dans un élan théâtral ? La veuve d’un connétable détesté à la fin de sa vie, que l’on appelait le nouveau Concini, l’opportuniste ! Croyez-vous que je n’entends pas ce qui se dit autours de la reine-mère depuis des mois que le roi est en campagne ? Ah ! Que deviendront mes chers enfants ! Me voilà veuve à 22 ans d’un homme que la France ne regrette pas ! J’irais m’ensevelir dans un couvent, dans un monastère ou pire, à Lésigny où les fantômes des italiens viendront hanter mes nuits !
    A cet élan plein de fièvre et entièrement joué à la perfection, le duc prit avec empressement les mains de son amante, cherchant à calmer, mais elle le repoussa doucement, telle une reine blessée que nul ne peut guérir.

    En vérité, Marie craignait réellement pour sa position. Porter le titre de duchesse de Luynes la liait trop aux dernières incompétences de son mari et aux affres de sa position de favori. Elle avait la jeune reine de son côté, mais la pauvre femme avait un poids bien minime face au démon qu’était la reine-mère et à son roi de fils qui semblait vouloir écraser toute rébellion depuis les Concini.
    Si elle perdait sa charge auprès de la reine, Marie perdait tout. Même son fils, à peine âgé de deux ans, se verrait affublé un titre à douteuse mémoire.
    Mais malgré sa fatigue, sa lassitude et la tristesse qui l’avait envahie à l’annonce du décès de son époux, Marie avait à ses pieds son amant. Claude de Chevreuse, fils d’Henri le Balafré, membre de cette puissante maison de Guise. Si elle n’attendait que son départ pour rester seule, elle ne pouvait dédaigner le profit de sa présence : s’attacher un peu plus à Claude, s’était s’attacher à une position. L’avenir était bien trop incertain pour qu’elle laisse échapper une si belle proie.
    -Je resterai à vos côtés, Marie, dussé-j’y risquer mon honneur !
    -Je ne le permettrai pas, répliqua-t-elle dans un soupir tendre, sachant qu’elle le poussait ainsi dans ses retranchements.
    -Vous n’êtes pas seule, Marie, laissez-moi vous porter s’il le faut.
    Elle coula sur lui un regard tendre. Un regard que Claude connaissait pour lui avoir cédé de nombreuses fois, tant il contenait de douceur et d’innocence. Mais ce regard était tel un filet du diable, s’enroulant autour du duc qui ne pouvait plus reculer.
    -Vos traits sont tirés et je ne voudrais être coupable de vous fatiguer plus encore, Marie. Soyez assurée de mes sentiments pour vous, qui restent inchangés et constants. Un mot, une lettre et je viens vous enlever à votre retraite choisie !
    Marie sourit tendrement à son amant qui malgré son âge – le double du sien ! – paraissait comme un garçon le soir de Noël. Sans répondre, elle lui tendit sa main sur laquelle il déposa ses lèvres, avant de se courber plus bas que terre et de quitter la pièce.

    Seule, Marie ferma un instant les yeux, comme pour chasser cette dernière vision. Se levant lourdement, elle cru que l’enfant pesait encore plus lourd qu’au matin. Elle se retint un moment sur le dossier du canapé, s’efforçant de reprendre des forces que le deuil lui avait ôté plus qu’elle ne l’avait souhaité et lentement, s’installa devant le secrétaire ouvert dont elle fit jouer les tiroirs.
    Elle tira de l’un d’eux une petite liasse de lettres et billets entourée d’un fil pourpre et dénoua lentement le petit paquet avant d’ouvrir l’une des lettres qu’elle parcouru d’un œil vague.
    Elle sentit l’enfant bouger lorsqu’elle lu ces derniers mots qu'elle ne recevrait plus ; ces mots tracés rapidement, d’une plume sèche, mais d’une main pourtant chargée d’amitié ou parfois de tendresse.
    Toutes ces lettres étaient à présent le vestige d’une vie passée qui s’éloignait chaque jour un peu plus.


    Amboise, 10 septembre 1617
    Mademoiselle ;

    Je me réjouis de votre arrivée prochaine. La fête ne saurait être belle sans votre présence et j’espère que le voyage ne vous fatiguera pas.
    Je vous conseille d’arriver la veille, afin que vous puissiez donner vos dernières volontés et de vous reposer si le besoin se fait sentir. Je gage que monsieur le comte votre frère appréciera la chasse que nous organiserons le matin.
    […]

    Charles, marquis d’Albert



    Montauban, mars 1618

    Madame ;

    Je ne cesse de me réjouir et de songer à vous depuis votre lettre. Sachez vous modérer jusqu’à la venue de cet enfant et il me tarde de revenir à Paris pour vous redire ma joie de vive voix.
    […]
    L’on me dit encore tant de louanges à votre encontre que je ne crains nullement votre place.
    Gagnez le cœur de la cour, madame et la cour gagnera votre cœur. Gardez le plus important en la personne de la reine. Son attachement vous sera un atout indéniable pour garder votre place à la cour. Celle-ci se perd dans l’Espagne et je sais que vous possédez les atouts pour la faire française. La surintendance de la maison de la reine est une place qui vous ouvrira de grandes portes, sachez l’utiliser avec soin.
    […]

    Charles, marquis d’Albert



    Château de Lésigny, 20 décembre 1620

    [...]Gardez le lit, madame, deux jours me suffiront à rejoindre Paris. Cessez ces sorties imprévues que l’on m’a relaté, je ne saurai souffrir de la perte de cet enfant.
    [...]La guerre entre la reine-mère et le roi touche à sa fin et je suis certain que nous pouvons voir en l’évêque de Luçon un homme de pouvoir. Malgré vos récriminations contre cet homme, je tiens à conserver des liens avec l’évêque et tiendrai mon engagement quant aux fiançailles de mon neveu d’avec sa nièce, la jeune comtesse du Pont de Courlay.
    [...]

    Charles d’Albert, duc de Luynes




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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse Mer 28 Mar - 9:34




    La première vie de Marie-Aimée de Rohan, demoiselle de Montbazon


    Marie replia la lettre et la posa à ses côtés sur l’épaisse couverture. Trois jours avaient passé depuis cette missive et aucune nouvelle de son mari ne lui était encore parvenu. Malgré le froid glaciaire de cette fin de décembre 1620, elle mourait de chaud sous les épais draps et couvertures de laine dont l’avaient recouverte ses demoiselles de compagnie. En réalité, elle sentait ses cheveux s’humidifier tout au long de la journée, mais les douleurs étaient bien trop vives pour qu’elle se sente assez forte pour ôter ces couvertures et ouvrir un instant les fenêtres.

    Les mots de son mari l’avaient un instant réconfortée. Depuis quelques mois, les jours se comblaient de son absence et la jeune femme n’avait jamais cru être capable d’avouer ce manque. Tant de disputes les avaient séparés, mais tant d’accords les avaient sans cesse rapprochés! Et cette naissance prochaine...elle était certaine qu’il s’agissait d’un fils; sans avoir écouté ces charlatants de médecins, elle le sentait au fond d’elle, comme elle avait su que leur premier enfant était une fille. Il y avait dans cet esprit enflammé une tendresse insoupçonnée, s’étant lentement immiscée au fond d’elle malgré sa volonté de ne pas l’avouer.
    Marie était la liberté, l’enfant de province que son mari avait modelée à la cour; mais si elle rayonnait à Paris dans ces noeuds de pouvoir et d’intrigue, elle conservait cette âme franche et libre, inaliénée. Avouer une faiblesse était demander un appui: c’était s’attacher.

    Une douleur lancinante la força à nouveau à se rallonger, mais elle sentait son sang battre à ses tempes et silencieusement, lança une vaine prière pour que l’enfant consente enfin à la délivrer. Attendait-il donc le retour de son père?! Ne pouvait-il pas se montrer plus pressé et pour ses premiers actes sur terre, prendre sa mère en pitié! Elle repoussa d’un geste une couverture, suffoquant sous les couches de draps, se sentant bien lourde, épaisse et incapable du moindre geste. Dieu que cela n’en finissait plus! Elle se força à chercher le sommeil, mais du s’avouer vaincue dès les premières minutes passées à calmer l’enfant qui bougeait bien trop pour la laisser en paix. Lire? Elle s’en sentait bien incapable et le livre était bien trop loin pour que son bras l’atteigne. Quant à dessiner, elle ne préférait même pas y songer! Ecouter la lecture d’une de ses demoiselles? Elle n’avait pas la force d’écouter une autre voix que la sienne ou que celle du duc. Elle ne songeait même plus à ses amis, à son amant. L’immobilité forcée était ce que détestait le plus Marie, trop habituée à sa liberté des mouvements.

    Dans ses tentatives désespérées pour trouver une position moins inconfortable que d’autre, elle n’avait entendu le bruit de porte claquer et à l’instant où lasse, elle allait sonner la cloche pour demander une lecture, la porte s’était doucement ouverte pour laisser entrer le duc, encore en tenue de voyage.
    -Mes bottes sont encore poussiéreuses, madame, mais il me tardait de vous voir, lança-t-il d’un ton guilleret en s’approchant de la jeune femme.
    Marie sourit doucement malgré ses traits tirés et prit la main de son mari.
    -Vous m’apportez du réconfort, monsieur. Je dois avouer que je n’aspire qu’à pouvoir me relever enfin. Voilà trois jours que je suis clouée à ce lit comme à un pilori!
    Le duc se contenta de sourire aux exclamations de la jeune femme.
    -Ne rajoutez pas tant de pathos à votre situation...
    -C’est que je m’ennuie et que je souffre, se plaignit-elle!
    -Tant que ça?
    -Diable oui. Je me sens telle une outre pleine à éclater.
    -Madame...
    Marie lâcha un profond soupir, sachant que ses expressions en privé laissait toujours entrevoir sa trop grande franchise.
    -Profitez de cette chance inespérée d’accoucher au sein-même du Louvre, madame.
    -Qu’importe, ronchonna-t-elle bougonne, alors qu’il replaçait tendrement une mèche de la jeune femme.
    -Je suis heureux de voir que vous vous portez bien, assura-t-il. Votre dernière lettre m’a laissé présager le pire!
    -Me porter bien? Par tous les diables je ne peux à peine me lever pour ôter ces odieuses couvertures, lança-t-elle d’une voix fatiguée!
    -Vous avez assez de force pour vous plaindre et jurer comme une païenne, cela me suffit, répondit le duc dans un sourire. Je me suis pourtant efforcé de faire de vous une femme de cour, dois-je espérer un jour vous voir abandonner ces termes?
    La jeune femme ferma les yeux un instant, sentant à nouveau l’enfant remuer. Une douleur à nouveau, moins forte, l’empêcha de répondre.
    -Je tâcherai de vous faire honneur, marmonna-t-elle.
    -Vos efforts ont été jusqu’alors suffisants, mais je serai en effet bien aise de vous voir à la hauteur des titres que vous portez à présent.
    Marie ne préféra pas répondre à la dernière remarque du duc. Sa voix était devenue plus tranchante et elle se garda de lui asséner que la passé des Rohan était bien plus honorifique que le titre de duchesse de Luynes qu’il lui avait offert.
    -Ne me donnez pas de raison pour vous rendre cette journée plus difficile qu’elle ne l’est, reprit-il d’un ton d’excuse. Il posa une main douce sur le ventre de la jeune femme. Je suis venu vous soutenir et resterai auprès de vous si vous le souhaitez.
    La jeune femme sentit la main du duc se resserrer autour de la sienne et elle lui rendit son sourire.
    -Je le souhaite, répondit-elle simplement. Mettons de côté un instant ces vieilles rancœurs qui viennent à chagriner nos journées.
    -Acceptez simplement que je change de vêtements, Marie.
    -Allez, vous savez où me retrouver, je ne bougerai de ce lit, fit-elle dans un sourire.
    Le duc embrassa doucement le front brûlant de la jeune femme et quitta la pièce, la laissant à ses trop nombreuses réflexions.





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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse Mer 28 Mar - 9:39




    La troisième vie de Marie-Aimée de Rohan, veuve de Luynes


    Paris, 26 février 1622

    Ma chère amie,

    Voici deux mois que je sens la protection de mon nom s’effriter. Deux mois à craindre que ne tombe le couperet royal.
    Comment croire à cela, lorsqu’il y a encore un an, le roi me recevait en ses appartements? Vous souvenez-vous de ces temps où les plus folles rumeurs couraient sur moi, sur mes prétentions sur le coeur du roi? Vous souvenez-vous de ces temps où la faveur était sur moi comme la couronne sur un roi?
    Que tout cela me semble loin. Ces dernières semaines, j’ai longtemps espéré la main tendue de la reine, mais je crains que vos dires ne soient exacts. Qu’il est bien cruel de se voir repoussée par ceux qui auparavant cherchaient votre compagnie! Je souffre, Gabrielle, de me voir ainsi fermée les portes de la cour. Le roi est-il donc si fâché contre moi que vous le dites? Sont-ce mes actes qui le retiennent?

    Mais vous souvenez-vous, Gabrielle, de cette affaire dont je vous ai parlé avant que mon époux ne nous quitte si brutalement? Je savais de longtemps sa position fragile et en ces temps troubles, la mienne se devait d’être assurée. Vous vous rappelez sans nul doute de mes idées à l’encontre du duc de Chevreuse. Aujourd’hui, à l’heure où je me vois repoussée jusqu’à me reclure à Lésigny, ce projet doit être mise en oeuvre.
    Soyez assurée, Gabrielle, que la cour m’ouvrira à nouveau ses portes et que ce jour, je porterai ce nom de Lorraine-Guise. Mon père ne saurait aller à l’encontre de ma décision.
    Le duc est trop attaché pour s’enfuir et moi-même, vous le savez, n’aspire qu’à une union plus heureuse que celle qui s’est achevée en décembre.

    Il me tarde de vous revoir Gabrielle et de recevoir ces nouvelles de la cour que vous m’envoyez avec tant d’empressement!

    Votre affectionnée

    Marie-Aimée, duchesse de Luynes.

    --------------------------------------------------------------------

    Dampierre, le 23 avril 1622

    Ma chère amie,

    Quoique vous puissiez écrire sur mon absence, je sais que vous ne pourrez qu’aimer ce cher château de Dampierre. Tout y est ici magnificence, beauté et douceur. Les bois avoisinants s’étalent sous mes fenêtres chaque matin et les jardins sont d’une fraîcheur dont je ne saurai me passer cet été.
    C’est bien là le plus inestimable présent que l’on m'ai offert et Lésigny sombre dans le lugubre à côté du rayonnement de Dampierre.

    Mais mon séjour touche à sa fin et c’est à regret que le duc me quitte pour rejoindre sa charge à Paris. Voici déjà une journée qu’il est parti et après ces quelques jours denses qui ont suivi notre noce discrète, sa présence me manque, je vous le confesse. Tout est avec lui fort différent de feu le duc de Luynes. Il me comble de présents et d’attention, mais je sais qu’avec cette union s’étiolera cette douce passion qui nous avait prise lorsque nous n’étions qu’amants.

    L’illégitime est bien plus palpitant, attirant que la légalité, voilà ce que je retire de ces quelques jours. Il y a dans la cachotterie cette épice que nous ne trouvons nulle autre part. Le piquant de cette vie est le dupe et le jeu.
    Suis-je en train de vous confier que l’ennui me prend? Pas encore, ma chère Gabrielle, mais je sais qu’auprès de ce nouvel époux, le quotidien me réclamera ce piquant que j’affectionne tant. Je ne suis désavouer l’influence de feu le duc à ce jeu, lui qui m’a tant façonné à l’esprit de la cour.
    J’ai du prendre amant car il ne me considérait que comme une enfant de province à changer en femme de cour, alors que Claude me voyait déjà comme une femme. Mais aujourd’hui, je crains que ce sentiment ne s’efface et que je ne sois bientôt plus qu’un faire-valoir sitôt ma charge reprise.

    Mon retour à Paris se fera sans nul doute dans les prochains jours, Gabrielle. Vous serez le premier visage que je souhaite voir après celui de la reine! Comme vos présences me manquent! Assurez-là de mes sentiments, ils sont inchangés et ma hâte de la servir à nouveau est grande.

    Votre affectionnée

    Marie-Aimée, duchesse de Chevreuse.





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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse Mer 28 Mar - 9:52




    La quatrième vie de Marie-Aimée de Rohan, duchesse de Chevreuse


    Tours, hiver 1623

    Ah mon ami, mon doux ami ! Cette rencontre fortuite a su insufflé un souffle nouveau à mon esprit. Longtemps celui-ci manquait de cet oxygène libérateur, de trouver celui qui partagerait ses doutes et ses espoirs. Ne tenons pas séparés plus qu’il ne le faudrait nos deux esprits tant ceux-ci se ressemblent.
    Je pressens en vous, en nous, un grand avenir et gagerai mon nom en cela. Aussi certaine que je le suis, je le couche sur du papier pour que preuve vous en gardiez.
    Vous revoir a été la plus belle réjouissance qu’il me fut donné de vivre depuis cette nouvelle vie que j’ai choisi en rejoignant la maison du duc de Chevreuse. Je crains chaque jour de vous voir vous détourner de cette vocation que vous avez choisi : celle des vers vous sied bien mieux que ces vêtements teintés de noir. Que vos yeux seuls le restent.

    Qu’il me tarde de vous revoir, de partager avec vous quelques vers de Judith. Gardez-vous, mon ami, tenez-vous prêt car l’avenir sera pour nous aussi grand que l’espoir du frère du roi de monter sur le trône !

    Marie Michon


    Marie reposa sa plume, songeuse. La Maison s’activait depuis le matin même pour faire tenir dans les malles et le carrosse toutes les affaires du couple ducal. Le château de Touraine allait retrouver son calme après cette courte venue. Quelques besoin familiaux avaient emmenés la jeune femme sur les terres familiales.
    Il n’y avait pas meilleur endroit pour écrire au jeune homme qui hantait pour l’heure ses esprits. Son visage doux, son regard profond et son sourire serein cachaient pourtant une redoutable machine de guerre, la duchesse pouvait en gager toute sa fortune ! Il y avait dans le jeune Herblay cette attirance toute particulière, cet attrait, comme ce goût du danger. Il n’était que mousquetaire, ayant fuit le séminaire et à 24ans, Marie rêvait encore à quelques aventures galantes digne des romans épiques.
    Pour lui, dans leurs écrits, elle devenait Marie Michon, une cousine lingère à Tours. Leurs lettres savamment codées ne pouvaient être dévoilées.
    Fuir ? Elle n’y songeait pas ! Sa position était bien trop belle et Claude nourrissait encore ses passions de jeune femme aventureuse. Mais la routine allait certainement s’installer et Herblay détenait ce charme irrésistible qui empêchait la duchesse de se retenir.
    Il n’y avait pour elle point d’amour pur, comme celui qu’elle recherchait encore, mais une douce amitié, galante et tendre, comme deux âmes sœurs totalement unies par quelques liens étroits. Elle n’avait nulle envie de succomber à la chair, simplement sentir qu’auprès d’elle, un esprit fertile et solide l’accompagnerait. La seule présence du mousquetaire ravissait la duchesse.

    -Madame, apprêtez-vous, monsieur le duc vous attend !
    Marie leva les yeux vers Valentine, sa suivante et repliant la petite lettre qu’elle acheta, la lui remis. La jeune femme la glissa silencieusement dans sa poche, sachant exactement à qui la remettre.

    Le duc , en tenue de voyage, avait renoncé à chevaucher aux côtés du carrosse et aux pieds de celui-ci, patientait difficilement.
    -Voilà bientôt une heure que je vous attends ! Que diable faisiez-vous ?!
    -Une lettre, lâcha Marie dans un soupire en s’appuyant sur la main du duc pour se hisser dans la voiture. Mais il y a plus important, quelles sont ces nouvelles que vous avez reçues et que vous vous obstinez à garder ?
    -Si je les garde, c’est pour empêcher votre curiosité avide d’être satisfaite !
    -Allons…Claude, s’il vous plaît, minauda la jeune femme alors que la portière se refermait sur eux. Elle se pencha pour prendre la main du duc dans la sienne, plongeant son regard dans le sien.
    [color=olive]-Bah, soupira-t-il…vous serez au courant bien assez tôt lorsque nous aurons rejoint la cour. Autant vous en informer de suite.
    Marie cacha sa petite victoire.
    -Est-ce si ennuyeux ?
    -Cette affaire des vers de Montmorency prend une tournure qui ne me plaît guère et l’on vous cite comme ange noir du fils du connétable.
    -Bah…
    -La surintendance de la maison de la reine est quémandée par la veuve Montmorency, termina Claude.
    -CETTE BIQUE ?! Marie s’étouffa presque, plaquant aussitôt sa main sur sa bouche pour s’excuser du terme lâché. Pardieu ! Il me serait insupportable de plier face à cette vieille femme dont seules les dévoteries tiennent en vie ! Si le roi cède, il me fera crever !
    -Doucement…
    -Le roi cèdera, il est bien trop faible…pardieu ! Il me déteste, il aura tôt fait de m’évincer ! A qui se confiera la pauvre reine ?
    -Il ne vous déteste pas, corrigea sagement le duc.
    -Vous avez raison : il me hait. Un bruit affreux dit que je dévergonde la reine ! Ah que Gabrielle me manque ! Elle aurait eu les mots justes pour me réconforter !
    Chevreuse leva les yeux au ciel, blasé devant les élans théâtraux de son épouse. Elle l’avait conquis ainsi et ne cessait de le manipuler par ses charmes, mais aujourd’hui, il préférait s’en amuser. Tant qu’elle restait inoffensive…
    -Le roi me hait donc et le jeu est beau car je ne l’aime pas non plus. Ainsi, je suis déclarée ennemie au roi, mais tant que la surintendance me reste, cela me suffit. Il ne peut vous abaisser ainsi !
    [color=olive]-M’abaisser ? Le sourcil du duc se souleva.
    -M’ôter cette place, c’est faire affront au duché de Chevreuse, mon ami ! C’est vous qui êtes atteint par moi.

    Le duc hocha pensivement la tête, mais Marie sentit à cet instant qu’elle avait fait mouche. L’orgueil des Guise ne saurait tarder à se montrer, et c’était là un allié de poids pour garder sa place au sein de la Maison de la reine. Une veuve ne pouvait lui passer devant, à elle devant qui seuls les princes de sang avaient préséance !






"Tonight we are young.
So let set the world on fire
We can burn brighter than the sun."



Dernière édition par Marie-Aimée de Chevreuse le Dim 1 Juil - 20:17, édité 1 fois
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Sous le sceaux du secret
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Jeu d'espion: Ambitieuse? Oui, mais uniquement par fidélité envers mes amis!
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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse Sam 30 Juin - 0:01




    La cinquième vie de Marie-Aimée de Rohan, intrépide intrigante.


    On ne pouvait imaginer plus belle réception, malgré ce côté si intimiste qu’avait celle de ce soir. Les salles hautes du Louvre avaient été transformées pour l’occasion et la salle de bal s’étendait sur toute la longueur.
    Les convives? Triés sur le volet, choisis par la Couronne elle-même et figurants parmi les plus grands noms du royaume. L’étalement des richesses que l’on ne possédait pas, la magnificence des vêtements de chacun et les regards de velours des femmes faisaient de cette exceptionnelle fête un des hauts lieux du royaume en ce jour.

    Nul n’était dupe de la nature de cette réception et les moins discrets tendaient parfois le cou pour apercevoir les deux hôtes d’honneur du couple royal.
    Si l’un avait ce visage fin et mélancolique, cette fine moustache et ce regard qui faisait sentir son Stuart à des lieues, l’autre avait la mine fière, le visage haut et ce qui se dégageait de lui, malgré cette suffisance , n’était que superbe et richesse. On murmurait un nom, de ci de là: George Villiers.

    -Monsieur le duc de Buckingham est un homme des plus charmants, ne trouvez-vous pas, monsieur?
    Claude de Chevreuse se renfrogna à la constatation de son épouse, dont le regard brillant à ce simple nom de “Buckingham” l’incomodait.
    -N’en parlez pas trop fort, madame, l’on pourrait croire quelques libertés de votre part.
    Marie détourna le regard, un sourire en coin. Non, ce Buckingham ne lui avait pas pris son coeur. Il lui avait simplement susurré quelques idées folles, à sa seule manière d’observer la jeune Anne d’Autriche, délice parmi les délices de ce soir.
    -Où allez-vous, demanda le duc en voyant Marie s’éloigner?
    -Ne craignez rien, je ne fais que retrouver madame de Nogaret.
    La lueur dans l’oeil du duc confirma qu’en effet, il craignait beaucoup de choses.

    -Ne voyez-vous donc pas, Gabrielle?
    -Villiers? Ma foi il est beau comme un diable et certainement aussi intrépide qu’Alexandre le Grand!
    -Mais ne voyez-vous donc vraiment pas?
    -Ma soeur ne cèdera pas, se contenta de répondre Gabrielle de Verneuil.
    -La reine se doit de connaître le véritable amour, et non celui imposé par un mariage! Nous sommes toutes si jeunes, ne soyons pas enfermées dès aujourd’hui à toutes les promesses et les beautés qui nous peuvent frapper les yeux!
    -Comme vous y allez! Encore faudrait-il que la reine accepte les oeillades du duc!

    Marie se tu, mais les paroles de son amie avait fait mouche.
    -Elle les acceptera, Gabrielle. Faites-moi confiance.
    -Pardieu dans quoi allez-vous donc vous jeter, Marie? Ne faites pas de folies!
    -Celui qui m’a donné ce nom de Chevreuse ne peut tomber aussi soudainement, répliqua-t-elle, sournoise. Mais il faudrait s’assurer que la reine ne subisse pas seule des sentiments qui ne seraient partagés. Cela me fendrait le coeur.
    -Diable...
    -Il faudrait une âme servile prête à pousser le duc à connaître ceux de sa majesté. Oh! Que tous deux seraient si beaux! regardez comme leurs mines se complètent!
    -Marie...
    -Regardez!
    -Et qui connaissez-vous, en Angleterre?
    -Je trouverai...


    ***
    1625

    Les noces avaient toujours eu pour Marie un goût particuliers. Les siens n’avaient été véritablement extraordinaire et dans toute sa générosité, elle souhaitait que ceux de ses proches fussent plus glorieux.
    Elle avait appris à désaimer le roi. Ses frasques, son franc-parler n’étaient en rien innocents à ce mépris qu’affichait aujourd’hui Louis XIII pour l’amie de son épouse. Trop proche de la reine, trop dévergondée, elle poussait Anne d’Autriche hors de ses limites et le trio formée avec Mme du Vernet et Gabrielle de Verneuil était aux yeux du roi un trio diabolique.
    N’avait-on entendu une fois le roi appeler Marie “Le Diable”?!
    Pourtant, le mariage de la cadette royale, Henriette, avec le prince de Galle et futur Charles 1er avait revêtu un tout autre habit et Marie s’y était jetée à corps perdu, espérant y trouver une manière de mettre ses projets d’infidélité de la reine en route.

    Les ambassadeurs anglais, disait-on, étaient arrivés le jour-même et lorsqu’elle traversait les couloirs sombres du Louvre pour atteindre la salle de bal, Marie sentait cette excitation monter. Elle adorait l’inconnu, représenté comme une aventure nouvelle. Et plus encore, son projet avait été approuvé par Herblay. Avoir son aval était capital pour la duchesse.

    -Le duc et la duchesse de Chevreuse!
    Les festivités pouvaient commencer et malgré la main de Claude qui retenait la jeune femme, Marie ne pouvait s’empêcher de jeter quelques regards brillants. Ce soir, comme d’autres nombreux soirs, elle était à l’olympe du royaume. Son nom, ses titres, tout ce que lui avait donné son époux l’avaient élevée à ce point culminant. Son orgueil ne valait celui d’un prince de sang, mais restait suffisant pour qu’elle tienne son rang.
    Et ce que préférait Marie à ce jeu était de se faire introduire auprès des grands noms des royaumes voisins.
    -Monsieur le duc, madame la duchesse, permettez-moi de vous présenter monsieur le comte de Holland, ambassadeur de sa majesté le roi d’Angleterre.
    Marie détourna le regard d’un obscur marquis qu’elle venait de saluer pour le poser sur le nouveau venu.

    -Madame?
    Elle sursauta légèrement, réalisant soudainement que son mutisme avait duré une seconde de trop. Mais ses yeux ne s’était détournés de l’homme...ils ne le pouvaient plus. Elle ressentit alors ce qu’elle n’avait encore jamais réellement connu, mais qu’elle nomma immédiatement. Et les prunelles de l’homme ne démentaient la jeune femme.
    -C’est un honneur et un plaisir de vous connaître enfin, madame, la salua-t-il dans un français plus que correct auquel elle ne pu résister. Monsieur le duc de Buckingham m’a dressé un portrait semblable à celui que je découvre aujourd’hui, et je l’en remercie. Il se lamente à Londres de n’être pas ici.
    Marie savait qu’à ces compliments, l’unique réponse était de sourire poliment, même si ses yeux devaient certainement la trahir.
    En une seule minute, elle avait oublié tout ce pourquoi son coeur avait auparavant battu.

    -Madame, éloignons-nous je vous prie.

    La voix de Claude avait réveillé Marie de sa torpeur et la descente sur la terre ferme fut presque douloureuse. Si elle s’était trahie? Elle n’en n’avait cure! Qu’importe ce que pouvait penser le duc, n’avait-il lui même pas été son amant avant d’être son mari?
    -Où séjournerons les ambassadeurs, monsieur,
    demanda-t-elle innocemment en jetant un regard furtifs vers les intéressés?
    -Pas à notre hôtel, soyez assurée d’avoir votre tranquillité.
    La voix sèche du duc laissa Marie perplexe. La tension était palpable et elle fut à présent certaine qu’il la connaissait assez pour craindre d’une simple rencontre avec Holland. Marie détestait le calme tant que sa santé le lui permettait. Chaque minute esseulée la poussait au désespoir et savoir son quotidien rempli la comblait de bonheur. Si elle devait apprendre que Claude avait refusé d’accueillir les anglais, elle ne s’en étonnaierait pas.

    Mais la soirée en l’honneur des invités anglais pu combler tous les désirs actuels de la jeune femme. Holland s’était montré d’une courtoisie infaillible et se retenant devant son époux, Marie ne pu toutefois s’empêcher de lâcher quelques soupirs attendris. L’homme l’avait irrémédiablement attachée à lui sans qu’elle ne songe à se défaire. Ce soir-là, il n’y eu qu’Henry jusqu’à ce que le duc ne la pousse à accepter une nuit dans ses appartements.

    ***

    -Enceinte, madame?
    Le regard du duc s’était soudainement perdu, mais un sourire vint éclairer son visage vieilli par les années. Marie voyait enfin sur ses traits un bonheur qu’elle n’avait plus contemplé depuis de nombreux mois. Il serra ses fines mains blanches entre les siennes, se retenant de serrer la jeune femme contre lui.
    Il n’avait espéré concevoir un héritier avant que la mort ne vienne le chercher. Et plus encore, l’élever, l’éduquer pour qu’il devienne duc à sa suite. Egoïstement et sans l’avouer à son épouse, Chevreuse refusait que l’unique fils de Luynes prenne son nom et ses armes. Tout ceci devait revenir à son sang, à ce qu’il avait élevé comme tel.

    Il posa une main sur le ventre de la jeune femme qui se contenta d’un doux sourire. Que pouvait-il se tramer dans cet esprit plus complexe qu’un écheveau? Une peur de se voir recluse jusqu’à la fin de cette grossesse, mais plus encore, l’inquiétude sur la paternité du duc.
    Elle le voyait aujourd’hui comme un pantin qu’elle pouvait encore manipuler, mais que les années avaient rendu plus aigre et quelque peu orgueilleux, souhaitant par-dessus tout aspirer à une vie paisible, au plus proche de la Couronne. Intermédiaire entre le roi et sa diablesse de femme, il fermait les yeux sur les nombreux reproches et ragots qui pouvaient alors courir.
    Actuellement, Paris soufflait que l’ensorcelante Chevreuse passait ses nuits entre des draps anglais, mais seul le duc ne semblait s’en inquiéter. Cécité ou lassitude? On ne pouvait le certifier.
    -Mon médecin m’a assuré que tout se passerait au mieux, monsieur et que ma condition me permettait de mener une vie quotidienne sans grandes restrictions.

    Par ces quelques mots, Marie venait de poser ses propres tables de la loi. Elle ne s’aliterait que lorsqu’elle le jugerait nécessaire. L’intrigue ne pouvait attendre! N’avait-elle pas, la veille encore, parlé à Henry de leurs deux amis? Anne et George ne pouvait être abandonnés à leur sort! L’amour devait triompher!
    -Mademoiselle de Seyssel en est-elle informée? Cette charmante gouvernante pourrait s'effrayer d'un nouvel enfant, mais surtout, pourrait vous être d'un grand soutien.
    -Elle est actuellement avec Louis-Charles...c'est une excellente gouvernante et je sais qu'elle s'occupera parfaitement de notre enfant, répondit doucement Marie. Je lui fais entièrement confiance sur ce point.
    -Et je sais que vous serez raisonnable, Madame, reprit le duc d’une voix sincère.
    -Je n’en doute pas.

    Marie détourna son regard, sachant qu'en cet instant, alors que son ennemie-même s'occupait de son fils pour mieux lui planter une dague dans le cœur et venger ainsi les Concini, elle trahissait une à une les quelques promesses qu'elle ferait à son époux.

    ***




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MessageSujet: Re: Marie-Aimée de Chevreuse

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Marie-Aimée de Chevreuse

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