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Faire chanter les oiseaux [PV Valentine]

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♕ Je suis Grimaud

♟ Complots : 188
♟ Arrivée à Paris : 06/08/2012



MessageSujet: Faire chanter les oiseaux [PV Valentine] Ven 18 Jan - 17:13

Que l’on s’échange quelques billets, passait encore. Mais là… Les allées et venues de cette messagère devenaient trop fréquentes, pour autant que Grimaud pouvait en juger. Oh, certes, Aramis se faisait discret, et il était fort habile pour cela. Mais cela ne suffisait pas. Plusieurs fois par semaine, le serviteur apercevait cette discrète silhouette, devenue familière. Il n’y avait tout d’abord pas prêté attention. Oh, il l’avait bien entraperçue, quelques fois, échanger quelques brefs mots avec Bazin, le fidèle serviteur du mousquetaire, qui ne manquait pas de rapporter ces propos à son maître. Sans doute une vague amourette, ou une parente, avait-il songé. Mais ces visites incessantes avaient commencé à l’intriguer. Ou l’amourette devenait sérieuse, ou la parente avaient quelques sérieux problèmes. Et Grimaud préférait, autant que faire se peut, éviter les problèmes. Ces mêmes problèmes qui attiraient au contraire Aramis, à son grand dam. De simples broutilles, ils avaient tendance à enfler, à grossir, jusqu’à bouleverser leurs habitudes, jusqu’à incurver le cours de leurs existences, à ces trois mousquetaires, ainsi qu’à leurs valets. Et cela déplaisait à Grimaud. Oh, certes, il suivait son maître sans protester. Sans un mot. Dès lors que les ennuis s’abattaient sur eux, il se dévouait corps et âme, il était tout entier à la cause de ces trois là. Veilleur et messager, tantôt perpétrant quelque coup de main, tantôt chargeant, entretenant les armes de son maître, il obéissait, et se montrait d’une rare efficacité. Il fallait que les choses soient faites. Soit. Il les faisait. Sobrement, silencieusement. Oh, il n’avait pas l’étoffe d’un héros, pour sûr ! Il n’était qu’un exécutant. Il n’était qu’une de ces petites mains, qui tissent les histoires patiemment, sans jamais y figurer. Tout ce qu’il voulait, c’était retrouver la quiétude de la routine, c’était retrouver un peu de paix, écumer, l’esprit tranquille, les ruelles de Paris, et puis servir son maître, sans avoir à se soucier d’autre chose. Mais pour cela, il devait restait vigilant. Il devait surveiller ces problèmes, les circonscrire, les supprimer, si cela était en son pouvoir.

En l’occurrence, il ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. Il y avait des billets échangés. Soit. Assez fréquemment. Certes. Mais cela ne suffisait pas. Aramis restait secret, comme à son habitude. Il se consacrait à ses projets, et si ses compagnons en venaient à l’interroger, il savait fort habilement répondre évasivement, puis changer le sujet de la discussion. Grimaud ne pouvait l’atteindre celui-là, il n’offrait aucune prise à ses investigations, son rang empêchait toute confrontation frontale. Et d’ailleurs, même s’il pouvait lui toucher un mot, le mousquetaire était bien trop adroit pour qu’il ne puisse jamais rien tirer de lui. Il pouvait toujours interroger Bazin. Certes. Mais les deux serviteurs ne s’appréciaient guère. Grimaud ne lui accordait aucune confiance. Il ne voyait en lui qu’un officiant de messe raté, un de ces être à la figure chafouine, vivant dans l’encens et les prières, et ne s’intéressant qu’aux pêchés des autres, les harcelant, les menaçant d’un châtiment divin imminent. Et qui, en outre, voulait faire abandonner la casaque bleue à son maître, pour lui faire porter le noir. Le serviteur d’Athos ne voulait pas l’interroger s’il pouvait l’éviter, et d’ailleurs, ne se fiait pas à lui. A coup sûr, ses investigations fuiteraient, à coup sûr Aramis saurait se débrouiller pour empêcher toute enquête, et les problèmes enfleraient. Considérablement. Ce que Grimaud voulait à tout prix éviter.

Ne restait plus que la messagère elle-même. Le serviteur ne savait pas grand-chose d’elle. Il ignorait qui servait-elle, où logeait-elle. Il ignorait même jusqu’à son nom. Ce n’était qu’une ombre, se faufilant discrètement jusqu’à Bazin, puis disparaissant par là même où elle était venue, s’évanouissant dans le dédale de ruelles. Il avait certes quelque idée de son apparence, mais elle se dissimulait la plupart du temps sous un capuchon, et s’esquivait bien trop rapidement dès lors qu’ils s’approchaient. Méfiante, nota-t-il mentalement. Rien que du très normal pour une messagère, si celle-ci voulait rester discrète, si le contenu de ses messages devait rester secret. C’était d’ailleurs ce secret là, entourant ces allées et venues, qui intriguait Grimaud, qui éveillait ses suspicions. Alors il s’intéressa de plus en plus à ce petit pigeon voyageur, notant mentalement ses horaires de prédilection, les directions qu’il empruntait, son comportement. Lui-même ne montrait aucun signe de suspicion, rien qui ne put attirer l’attention de quiconque. Il voulait par-dessus tout éviter le regard inquisiteur d’Aramis. Le mousquetaire n’aimait guère que l’on s’occupe de ses affaires. Alors il gardait son éternelle façade de marbre, alors restait cloitré dans son silence. Se contentant d’observer, sans mot dire. Filant cette messagère d’un bref coup d’œil, la poursuivant de ses pensées. Mais cela ne suffisait pas. Assurément, cela ne suffisait pas. Il lui faudrait bientôt passer à l’action. Sortir de son immobilisme. Commencer à prendre des risques. L’échange de billets se poursuivait, toujours. Et les ennuis croissaient avec, donc. Grimaud voulait savoir à quoi s’en tenir. Oh, bien sûr, il pouvait s’agir d’une des nombreuses conquêtes d’Aramis, le mousquetaire était friand d’amourettes. Mais mêmes ces aventures là n’étaient pas sans risque. Ce fringant soldat du roi ne se souciait guère des femmes de basse condition, des charmantes bourgeoises. I fallait que ses amantes portent des titres de noblesse, et avec ces titres venaient les ennuis. Cela, le serviteur l’avait bien compris, trainant l’oreille dans les salons à chaque fois que l’occasion se présentait. Nul ne se souciait d’un laquais de mousquetaire. La haute noblesse parisienne n’était que complots, intrigues, alliances secrètes, traitrises. Qu’Aramis jetât son dévolu sur une de ces marquises ou duchesses, il en épousait les ennuis et les coups fourrés. Qu’il vienne simplement à visiter sa dame, et c’était toute cette pluie sinistre qui, tôt ou tard, s’abattait sur les trois mousquetaires, et leurs laquais. Ce dont Grimaud, il faut bien l’avouer, se passait bien volontiers. Mais pour l’instant, l’heure était venue d’agir. Il fallait qu’il attrape cet oiseau porteur de malheur, pour lui faire chanter sa petite chanson.

Les trois mousquetaires étaient de garde au Louvre. Athos avait donné son congé à son serviteur, pour l’après-midi, d’un simple signe de tête. Rien n’était plus limpide pour Grimaud. Il avait les mains libres. Il pouvait agir comme il le désirait. L’occasion était bonne. Nul n’en saurait jamais rien, s’il savait se montrer assez habile. Il savait comment interroger ces oiseaux-là. Il avait appris à obtenir les renseignements qu’il voulait, à force de traîner dans les ruelles sombres de Paris, à force de servir son maître. Il n’y avait pas à composer avec la chance, avec le hasard. Tout cela était purement technique. Il suffisait de dire les bons mots, avec la bonne intonation, faire les bons gestes. Les hommes étaient faibles, la plupart du temps. Ils vous donnaient les indications que vous pouviez désirer sans opposer la moindre résistance. Il suffisait d’observer, et d’observer encore. Observer leurs gestes, leurs vas-et-viens. Inscrire leurs habitudes, leur caractère dans sa tête, pour pouvoir en jouer, observer leurs secrets, leurs relations, pour savoir toucher la bonne corde, la bonne fibre de leur être. Cela qui raisonnait parfaitement lorsqu’on la touchait. Qui jouait la musique que vous désiriez entendre. Il suffisait d’avoir un bon doigté, d’être un bon musicien. Grimaud avait appris à l’être, à sa manière. Il avait appris à se jouer de tous, à mener son propre jeu, pour arriver à ses fins. Il suffisait de piocher les bons atouts, et de les employer le moment venu. En l’occurrence, le moment lui semblait opportun. Il ne voulait pas laisser filer le temps, le temps était le plus redoutable des maîtres-chanteurs, d’un simple souffle, il faisait s’effondrer les mensonges, dévoilaient les crimes, les adultères, les trahisons. Il faisait tomber les rois et abattait leurs armées, il tarissait l’amour et brisait l’amitié. Implacable, il vous poursuivait sans relâche, rongeait le fer, mordait l’acier, réduisait les dures pierres en poudre. Le temps menait son propre jeu, égoïste, que nul n’avait pu découvrir. Et, en l’occurrence, amoncelait les ennuis au dessus des têtes des trois mousquetaires, de leur ami d’Artagnan, et de leurs serviteurs. Il fallait prendre le temps de vitesse, du moins pour cette fois. Agir maintenant.

Il s’était installé dans le renfoncement d’une porte. La maison devant laquelle il se trouvait avait triste allure, coincée entre ses voisines arrogantes, mais elle avait l’avantage d’être déserte, et, de là où il se trouvait, Grimaud contrôlait les voies d’accès au logement d’Aramis. Par ses fenêtres, il voyait Bazin aller et venir, jeter de temps en temps un coup d’œil à l’extérieur. Elle viendrait. Il en avait maintenant la certitude. Bazin était un âne, qui se trahissait aisément. On ne pouvait décidément pas lui faire confiance. Oh, il gardait volontiers le silence, lorsqu’il s’agissait des affaires de son maître, il espérait toujours le faire renoncer à la casaque bleue pour porter le noir. Mais il restait un imbécile, qui écoutait bien plus volontiers d’inutiles vers latinisants plutôt que la rumeur des rues, qui préférait lire son missel plutôt que déchiffrer les pensées de ses adversaires. En l’occurrence, cette idiotie servait Grimaud. Bazin ne pouvait s’empêcher d’être frénétique lorsqu’il avait à voir avec les affaires de cœur ou d’épée de son maître, les deux étant souvent liés. La chasse serait bonne. L’oiseau viendrai. Il n’avait plus qu’à tendre ses filets, et puis rester à son affut, à attendre, patiemment. Elle ne saurait tarder. Les habitudes restaient ancrées trop profondément. Par prudence, afin de n’être point aperçu, Grimaud se dissimulait dans la pénombre. Ce n’était qu’un luxe de précautions. Les passants allaient et venaient devant lui sans lui prêter la moindre attention, sans lui jeter le moindre regard. Qui donc se soucierait d’un mendiant ? Il se recroquevillait sous une couverture miteuse, pour se protéger des courants d’air glacés. Ses pieds nus trainant dans la fange, il courbait misérablement la tête, n’osant qu’à peine tendre sa main tremblante pour réclamer quelque piécette, s’enfermant dans son mutisme désespéré. Il n’était guère difficile de jouer ce rôle. Il lui suffisait d’habiller les défroques du passé, de redevenir le gamin des rues qu’il avait été. Il connaissait bien ce masque, qui collait parfaitement à sa peau.

Elle était là. Elle était passé devant lui, sans le voir. Avait frappé discrètement à la porte, avait remis le message à Bazin, qui l’attendait. Puis était repartie. Grimaud l’avait laisser faire, sans ciller, sans même lui prêter la moindre attention. Le ballet immuable se poursuivait, comme toujours. Peu lui importaient les billets, pour l’instant. Il avait à s’occuper de l’oiseau messager. Il lui avait laissé prendre un peu d’avance, rassemblant lentement ses maigres effets, comme s’il était perclus de rhumatisme, comme s’il allait sans but, quittant un lieu de misère pour un autre. Sans futur à poursuivre de leurs vœux, les mendiants ont tout leur temps. Que pourrait leur apporter l’avenir, sinon son lot habituel de misère ? Paisiblement, il rabattit sa couverture sur ses épaules, enfouissant ses mains trop blanches dans la laine mitée. Alors seulement, courbé sous le poids d’une misère feinte, il entreprit de se fondre dans la foule, foulant les immondices de ses pieds nus, mais marchant à grandes enjambées pour rattraper son petit oiseau. Elle ne pourrait guère le distancer avec tout son fatras de robes et de jupons, songeait-il. Déjà, il l’apercevait, suivant son chemin habituel, veillant à ne pas être suivie. Les yeux de Grimaud lancèrent comme un éclair fugace d’amusement, comme un très bref sourire. Alors seulement, il s’esquiva dans une ruelle parallèle, abandonnant progressivement son rôle de misérable mendiant, se redressant au fur et à mesure que ses enjambées s’allongeaient. Son petit oiseau était fait maintenant. Il s’était déjà empêtré dans ses filets.

Alors qu’elle passait à son niveau, il la happa, la plaqua contre un mur d’une main ferme. Elle ne pouvait s’échapper. Il la bâillonna brusquement, posant sans ménagement sa main sur sa bouche, pour l’empêcher de crier, d’appeler à l’aide. Pas d’ennui. Il valait mieux éviter les ennuis. Quelque fois qu’une âme trop noble songerait à appeler le guet. Pas de dérangement. Pas d’ennuis. Il avait besoin d’être au calme. Seul. La ruelle était déserte. Il l’entraina un peu plus loin, dans un recoin sombre, la serrant toujours étroitement, toujours sa main sur sa bouche. Là. Personne ne les verrait. Personne ne les dérangerait. Il pourrait faire son affaire tranquillement. Ne pas abimer ses vêtements, ne pas laisser la moindre trace. Son maître s’inquièterait s’il voyait ce petit oiseau revenir au nid avec des plumes froissées. Il sentait sa panique, il la dévisageait sans mot dire, conservant un visage de marbre, implacable. Il fallait qu’elle se calme. La panique noue les gorges, assèche les bouches. Pas bon pour parler. Il voulait qu’elle parle.

« Chhhht… »

Sa voix s’était fait douce, presque aimable. Il la regardait sans nulle aménité, avec peut-être un peu de douceur, de tendresse. Il ne lui ferait aucun mal. Il n’était pas violent. Il était contraint à la discrétion, mais il ne lui ferait aucun mal. Lentement, Grimaud tissait son masque, plus amical, plus humain. Ce n’était plus le brigand qui arrachait sa victime au monde, l’emmenant dans quelque coin obscur. C’était quelque mystérieux agent, envoyé par quelque commanditaire souhaitant rester dans le secret. Il ne lui voulait aucun mal, bien au contraire. La pression de ses mains s’allégeait déjà. Il ne lui voulait aucun mal. Il fallait qu’elle se rassure. Elle n’avait rien à craindre. Il ne fallait pas avoir peur.

« Pas peur », chuchota Grimaud, doucement. Il n’était qu’un loyal serviteur, pacifiste. Il n’aimait pas la violence. Il voulait l’aider, pas lui faire de mal. Il était désolé de lui avoir fait peur de la sorte. Il n’avait pas eu le choix, il avait été contraint d’agir de cette façon, il s’en serait bien passé. Il ne voulait pas l’effrayer. Il ne fallait pas qu’elle ait peur. Voilà. Voilà. Il fallait qu’elle se calme, elle serait plus à son aise pour parler si elle restait calme.

« Ami, ajouta-t-il. Ami. »

Il plongea ses yeux dans les siens. Son regard était dénué de toute trace de méchanceté. Il n’était pas un mauvais bougre, il s’en voulait tellement de lui avoir fait peur. Il voulait l’aider, on l’avait envoyé pour ça, d’ailleurs. L’aider. Il venait en ami. Il la maintenait plaquée contre le mur, mais sans violence, sans la moindre fermeté, il ne voulait juste pas qu’elle s’échappe, il ne voulait pas qu’elle panique et les compromette tous les deux. Ils étaient liés par le même destin, par les mêmes affaires. Ce n’était pas eux qui en avaient décidé ainsi, c’étaient d’autres, plus puissants, qui donnaient des ordres. Grimaud ne faisait que se plier à ces ordres, il n’était qu’un humble serviteur, envoyé pour apporter de l’aide à celle qu’il avait tant terrifié… Il voulait s’en excuser, la rassurer. Mais le temps jouait contre eux. Ils n’avaient pas le temps. Le temps les pressait. Ces affaires là ne pouvaient attendre. Il fallait agir, prendre de vitesse les individus les plus mal intentionnés. Quels qu’ils soient. Quelles que soient leurs intentions. Oui. Il fallait faire vite. Quelque chose s’enténébra dans le regard du serviteur, comme si de sombres pressentiments, quelques mauvaises inquiétudes troublaient son esprit, et venaient plisser son front de quelques discrètes rides. Il était on ne pouvait plus sérieux à présent. On ne l’avait pas envoyé bavarder. Il venait aider, et cette aide ne pouvait attendre. L’affaire était trop pressante. Les affaires des puissants sont toujours trop pressantes. Elle devait le savoir. Il la fixer toujours droit dans les yeux. Depuis qu’il l’avait trainé là, et immobilisée contre ce mur, il ne l’avait pas quitté un seul instant du regard.

« Je viens aider. Pas très discrète. Votre maîtresse ne serait pas satisfaite. »

Il avait prononcé les mots rapidement, à voix basse. Oui. L’affaire était sérieuse. Il fallait qu’elle le comprenne. Il se tut un instant. Il fallait laisser un peu de temps, pour qu’elle enregistre ces propos incohérents, remplisse les blancs, qu’elle remue ses mots dans son esprit, qu’elle en saisisse la portée. L’affaire était plus grave qu’elle ne le pensait. Elle ne s’était doutée de rien. Elle avait été trop inconsciente. Il risquerait de leur arriver quelque ennui, si on n’agissait pas. Il était là pour ça. Pour agir. L’aider. Elle n’avait à se soucier de rien, il s’occuper de tout. Il fallait qu’elle lui fasse confiance. Il n’avait pas le temps de la convaincre. L’affaire était pressante. Il y avait là quelque menace inconnue, encore floue, qui planait sur eux, menaçait de s’abattre à n’importe quel moment. Le regard de Grimaud se fit un peu plus pressant. Il hésita un peu, comme doutant de sa fiabilité. Et si on lui avait déjà fait des avances, si elle servait déjà d’autres intérêts ? Tant pis. Il devait se jeter. Jouer le tout pour le tout. Lui faire confiance. Confiance…

« Aramis ? »

Il avait posé cette question avec une pointe d’inquiétude dans sa voix, cette question incohérente, sans le moindre sens. C’était à elle de trouver le sens, à elle de percevoir la menace qui pesait sur eux deux, et sur leurs affaires. Il fallait qu’elle réfléchisse, qu’elle réponde rapidement. Le temps les pressait. Il fallait agir.


Voilà. Grimaud commençait à poser son jeu, commençait à tisser sa propre toile. Il rechignait à parler, les mots étaient tellement superficiels. Il y avait d’autres moyens de transmettre une pensée, une émotion. Le regard. La pression d’une main. Il suffisait de jouer son rôle, d’entrer dans une peau étrangère, et de la faire sienne, pour faire siennes toutes les pensées, émotions, sensations de cet étranger. Alors seulement, lorsqu’on était devenu cet autre, lorsqu’on était cet autre, on pouvait commencer à jouer sa petite musique, à préparer ses filets, pour faire chanter l’oiseau. Oui, il était impatient de connaître la petite chansonnette de cet oiseau-là. Il aurait sûrement des choses curieuses à lui dire. Sur Aramis, ou sur d’autres…
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♕ Je suis Valentine Batier

♟ Complots : 26
♟ Arrivée à Paris : 23/10/2012
♟ Localisation : Paris
♟ Profession : Femme de chambre de la duchesse de Chevreuse



MessageSujet: Re: Faire chanter les oiseaux [PV Valentine] Dim 3 Fév - 23:10

Valentine courait dans les rues de Paris. Ce n'était pas inhabituel, loin de là d'ailleurs ! La jeune femme passait d'ailleurs sa vie à courir d'un bout à l'autre de la ville pour le service de sa maîtresse, ou tout simplement avec elle. La messe, la cour, puis le tailleur, la modiste, le bottier, le parfumeur, le coiffeur... C'était des journées sans fin quand on était femme de chambre, mais aussi confidente, de l'une des plus grandes dames du royaume de France. Mais depuis le temps, Valentine en avait l'habitude, et sa vie lui convenait parfaitement. Vu ce à quoi elle avait échappé... Parfois, les cauchemars hantaient encore ses nuits, mais de moins en moins, avec les années passées. Alors pourquoi s'en faire plus que ça ? C'était du passé, avec la duchesse, elle était en sécurité. Et celle-ci lui faisait une confiance totale, la preuve, la jeune fille ne serait pas dehors à cette heure de la journée, seule, avec une lettre serrée contre sa poitrine, dans son corsage, sans l'autorisation de sa maîtresse. La duchesse était bonne pour elle, jamais elle n'oserait la trahir ! Celle-ci l'avait bien compris, voilà sans doute pourquoi c'était à la petite Valentine qu'elle avait demandé ces services, car la duchesse de Chevreuse ne pouvait certes pas se compromettre elle-même dans ce genre d'activité qu'étaient ces lettres qu'elle faisait parvenir à ce mystérieux mousquetaire. A vrai dire, l'homme lui-même, la jeune fille ne l'avait vu qu'à une ou deux reprises, et ne pouvait pas en savoir grand chose. Elle ne connaissait que son nom, Aramis.

Il était plutôt belle homme d'ailleurs. Et pour la petite Valentine, tout ce que pouvaient contenir ces lettres, c'était des mots doux, des mots d'amour de l'un à l'autre. La jeune fille ne voyait pas bien ce qui pouvait lier une grande dame et un mousquetaire, à part cela. Les complots ? Certes... Le cardinal n'aimait pas sa maîtresse, et elle le lui rendait bien. Mais à ce point ? Valentine n'était pas sotte, mais elle ne voulait pas paraître indiscrète en se mêlant des affaires de celle qui lui assurait cette sécurité. Certes, elle y était déjà mêlée par le simple fait d'être la porteuse de ces messages, lui diriez-vous, mais la jeune fille ne voyait pas les choses sous cet angle. Mais elle se doutait bien, au fond, que les choses étaient plus sérieuses que ça, bien qu'elle se refusait à l'admettre. La plupart du temps, de toute façon, c'était au valet qu'elle remettait les messages. Bazin était toujours très correct et gentil avec la jeune fille, recevant les courriers, avant de la laisser filer, mais en s'assurant qu'elle n'était pas suivie. Valentine sentait toujours cette même impression de braver l'interdit à chaque fois qu'elle frappait à la porte où le valet venait lui ouvrir, et auquel elle remettait la missive avant de filer au plus vite. Elle savait d'ailleurs presque toujours où le trouver si elle avait besoin de lui. C'était quelque chose qu'ils avaient vite appris à se dire, pour le bon service de leurs maîtres respectifs. Elle détestait devoir le retrouver dans une taverne, où il était en général avec les valets des amis de son maître, ne s'y sentant ni à l'aise, ni en sécurité, mais les impératifs du service, que voulez-vous.

Valentine, le capuchon rabaissé sur sa tête, avançait au plus vite qu'elle pouvait, chargée de ce fardeau qui ne pensait que quelques grammes mais qui lui donnait l'impression de l'étouffer contre sa poitrine en avançant vers la maison du mousquetaire. Elle jeta un dernier coup d'oeil autour d'elle, discrètement, mais ne vit rien, pas plus que d'habitude. Le mouvement habituel de cette rue à cette heure de la journée. Inspirant un grand coup, et répétant ce qui était devenu une routine, elle grimpa sur le perron, et frappa quelques coups fermes à la porte, qui s'ouvrit presque immédiatement. Elle entra dans la maison, quelques brèves secondes, sorti le message de sa robe, et le remit à Bazin, qui lui sourit, sa bible à la main. Elle eut un léger frémissement en voyant cela, mais réussit à le dissimuler, avant de tourner les talons après un dernier sourire, et ressortir de la maison. Il était temps de rentrer chez sa maîtresse, et lui dire que tout avait été fait selon son bon vouloir. Valentine mettait un point d'honneur à être une servante attentive et perspicace. C'était le meilleur moyen de rester sous le couvert de sa duchesse. Elle reprit son chemin, sans plus vraiment faire attention à ce qui l'entourait, maintenant la lettre délivrée. Grosse erreur.

Avant qu'elle ait eut le temps de réaliser ce qui se passait, elle se trouvait attrapée et tirée dans un recoin de la rue, plaquée contre le mur. Elle voulut crier, et se débâtie, mais une poigne de fer lui plaqua une main sur la bouche, l'empêchant de bouger. Et plus elle essayait de se dégager, plus elle manquait d'air. Elle ne pouvait rien faire d'autre que de se laisser aller. Son capuchon avait chuté de sa tête et elle pouvait sentir le froid de la pierre du mur à travers ses cheveux brins bouclés laissés en arrière. Elle lança un regard paniqué à son agresseur, persuadée qu'on avait découvert sa foi secrète et qu'on allait la punir pour cela. La tuer, la laisser sur le pavé souillé parisien. Mais il n'en était rien, elle était bien loin de la vérité.

-Chhhht…

Valentine regarda son agresseur, et le reconnut sans peine, malgré sa surprise. Il s'agissait d'un des compagnons de Bazin, un des valets des mousquetaires. Elle ne connaissait pas son nom, cependant. Bazin l'avait déjà mentionné mais elle ne pouvait pas se rappeler avec exactitude. Il n'avait pas l'air méchant, et ne semblait pas vraiment lui vouloir de mal puisque sa prise, sans la lâcher, se desserra. Cette fois, ce fut la surprise qui noya la voix de la jeune protestante.

-Pas peur...

Et à la vérité, il ne semblait vraiment lui vouloir aucun mal. Le cœur de Valentine se calma peu à peu. Mais que lui voulait-il ?

-Ami... ami...

Sa manière de parler était étrange et fit froncer un sourcil à la femme de chambre, qui se remettait peu à peu. Elle rajusta sa mise timidement, baissant les yeux.

-Je viens aider. Pas très discrète. Votre maîtresse ne serait pas satisfaite.

Valentine rougit, de honte cette fois.

-Mais enfin, que me voulez-vous ? Je ne connais pas votre nom, monsieur. Quand à ma maîtresse, quand elle apprendra ce que vous m'avez fait, vous serez rossé !

Elle avait envie de pleurer, après la peur qu'elle venait d'avoir. Les larmes brouillaient sa vue mais elle fit tout son possible pour ne pas les laisser glisser le long de ses joues. Il n'aurait plus manqué que ça !

-Aramis ?

Valentine essuya furtivement sa joue avec la manche de sa chemise. Que voulait-il dire ?

-Monsieur Aramis ? Eh bien quoi ? Vous êtes un ami de Bazin, vous devriez savoir que son maître n'aime pas qu'on se mêle de ses affaires. Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Laissez-moi partir. S'il vous plait...

Elle lui lança un regard suppliant, et sincère. D'autres se seraient remises sans problème de cette petite bousculade, mais elle aurait put avoir bien d'autres conséquences pour la jeune fille, ce qui faisait qu'elle n'arrivait pas à se calmer.
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♕ Je suis Grimaud

♟ Complots : 188
♟ Arrivée à Paris : 06/08/2012



MessageSujet: Re: Faire chanter les oiseaux [PV Valentine] Ven 8 Fév - 18:47

-Monsieur Aramis ? Eh bien quoi ? Vous êtes un ami de Bazin, vous devriez savoir que son maître n'aime pas qu'on se mêle de ses affaires. Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Laissez-moi partir. S'il vous plait...

Grimaud réprima une grimace de dépit. Elle l’avait reconnu, elle savait qui il était. Voilà qui rendait la situation plus précaire, voilà qui les plaçait à jeu presque égal. Presque. La servante restait terrorisée, elle ne savait pas ce qu’il lui voulait. Il gardait une certaine marge de manœuvre. Restait à l’exploiter. Elle ne semblait pas pouvoir se décider à parler, terrorisée qu’elle était. Cela embêtant le serviteur. Il ne voulait pas avoir d’ennuis, assurément, la presser un peu plus n’aurait servi à rien. Il ne pouvait pas la torturer, ça non. D’une part, le moindre cri, le moindre râle aurait attiré l’attention, et il se serait bien trouvé un bourgeois imbécile pour tenter quelque action héroïque, ou un archer du guet pour l’envoyer goûter à la douceur du chanvre sur sa misérable gorge… Ce qui ne le tentait guère. Il tenait à sa vie. Non pas qu’elle eu quelque valeur, mais enfin, c’était la sienne, il l’avait reçue et ne comptait pas la laisser s’échapper de sitôt. D’autre part… Non, l’idée de la torture ne le tentait décidemment pas. Il n’était pas de ces chiens là, que la vue du sang excitait, qui se satisfaisait de la souffrance des autres, et de la mort, des cris et des râles. Oh, bien sûr, il savait plutôt bien jouer du surin, lorsqu’il le fallait, il n’hésitait pas à user de ses poings lorsqu’on l’y poussait. Mais il n’y prenait aucun plaisir, ses gestes étaient purement mécaniques, impersonnels, comme s’il se détachait de son être pour ne pas ressentir cette bestialité. Il ne recherchait que l’efficacité, le plus rapide moyen d’arriver à ses fins. Et en l’occurrence, cela ne lui apportait rien, strictement rien. Rien que la peine, de torturer ce petit oiseau là, déjà bien suffisamment terrorisé par ses manières un peu brusques, un peu rudes. On ne torture pas une demoiselle innocente, une jeune femme fragile, au bord des larmes… Oh, certes, il avait progressivement adopté le point de vue de son maître concernant les femmes, et, sans les haïr, ne faisait que peu de cas d’elles. Il n’était pas gentilhomme galant, n’allait pas se sacrifier pour les yeux d’une belle qui ne ferait somme toute pas grand cas de lui. Mais enfin, celle-là était là, sans défense, et si elle paniquait ainsi, c’était de sa faute. Et il n’aimait pas vraiment cela. Il n’aimait pas infliger un mal sans poursuivre une fin qui lui confère une bonne raison. Il éprouvait une sorte vague culpabilité face à ces yeux larmoyants, ou du moins une certaine responsabilité vis-à-vis d’elle.

Bah. Il devait chasser ces pensées inutiles. Elles avaient quelques informations susceptibles de l’intéresser, et il valait mieux faire en sorte de la consoler pour cela. Elle était sans défense, et il fallait en profiter. Se montrer opportuniste. Ca rendait le geste plus fluide, plus joli. Plus efficace. Tant pis pour les codes moraux, pour les règles de l’art. Il était Grimaud, et n’avait pas à se soucier de ça. Il ne voyait face à lui qu’une proie démunie, un petit oiseau à sa merci, qui refusait toujours de chanter, pour l’instant. Pour l’instant. Il suffisait de la mettre en confiance, de s’approcher d’elle. La presser, doucement, pour la faire parler. Tout un programme. Si elle ne se calmait pas, elle risquait de faire quelque bêtise. Il n’aimait pas les bêtises. C’était le fruit d’un travail bâclé, mal exécuté, trop hésitant, trop lent. Ce n’était pas faire preuve de suffisamment d’efficacité. Cela, il ne pouvait le supporter. Qu’il se montre indiscret, et c’était son maître qui était en cause, et qui le houspillerait. Il ne voulait pas contrarier son maître. Il ne voulait pas contrarier Athos. Il en était hors de question. Il ne pourrait soutenir ce regard de reproche, s’abattant pesamment sur lui, tandis que la trique s’apprêtait à s’abattre sur la peau nue de son dos. Il ne fallait pas faire de bêtise.

Un éclair sombre avait traversé son regard, un bref instant. Mais lorsqu’il reporta son attention sur Valentine, son regard s’était à nouveau adouci, se voulant rassurant. Il ne fallait pas quitter son rôle. Il y avait là une charmante demoiselle encore terrifiée, par sa faute, une charmante demoiselle qu’il lui fallait réconforter. Et lui, qui n’était pas un mauvais bougre, s’y prêterait bien volontiers. Il ne voulait pas qu’elle ait peur, il s’en voulait un peu, il ne voulait pas… Il ne fallait pas qu’elle ait peur, il ne lui voulait aucun mal, il était son ami… Le temps qu’il faudrait. Le temps de la faire parler. Tant qu’elle se montrerait utile à ses fins. En attendait, il fallait se dissimuler. Se montrer attentionné, prendre soin d’elle. La réconforter. Ces larmes qui perlaient au coin de ces yeux, elles lui faisaient de la peine. Oh, s’il avait su, il se serait montré moins brutal, il était sincèrement désolé… Face à sa terreur, il se montrait embêté, ne sachant pas vraiment que faire, face à cette détresse. Il était pataud, maladroit, empêtré dans ses bons sentiments. Il esquissa comme un geste pour sécher ces larmes qui ne voulaient pas couler, qu’elle retenait à grand peine. Se ravisa. Il avait peur de l’effrayer. Ces mains avaient trop l’habitude du labeur, de manier la poudre et les torchons pour qu’elles soient belles à voir. Finalement, il articula doucement :

« Grimaud. »

Il avait un peu hésité avant de lui dire son nom. Il n’aimait pas se découvrir ainsi, se dénuder face à elle de tout ses mystères. Il préférait rester discret, dissimulé dans l’ombre. Mais les ombres effraient parfois les jeunes demoiselles, et il ne voulait pas faire peur à ce petit oiseau là. Tant pis pour la discrétion. Il lui faisait confiance. Il ne lui voulait aucun mal, il n’y avait aucune raison de se défier d’elle. Il ne voulait pas apparaître comme un inconnu menaçant, un étranger cruel qui lui veuille du mal. Il était Grimaud, et ne cherchait qu’à l’aider. Elle n’avait aucune raison d’avoir peur. Il était son ami maintenant, il ne lui voulait que du bien. Il fit un effort, articula :

« C’est comme ça que mon maître m’appelle. Je suis Grimaud. Je ne vous veux aucun mal. »

Il la regardait droit dans les yeux, et son regard semblait bien être sincère. Il n’avait aucune raison de lui mentir, après tout. Il ne voyait que ces yeux humides, ce regard suppliant. Laissez-moi partir… Ca, jamais. Il avait capturé sa proie, il ne comptait pas la laisser s’échapper. Il voulait entendre son chant, auparavant, et ne pas la laisser s’envoler avant de lui avoir glisser une longe, qu’il puisse la tirer à lui si jamais il avait à nouveau besoin d’elle. Non, il n’était pas dans ses plans de la laisser partir. Il avait relâché son bras, mais bloquait de son corps toute fuite. Elle ne s’échapperait pas sans peine. On ne laisse pas échapper un oiseau qui n’a pas encore chanté. On ne laisse pas échapper la proie qu’on a capturé. Elle était à lui maintenant, et ne partirait que quand il le voudrait bien. Il ne pouvait pas se permettre de commettre la moindre imprudence. Laissez-moi partir… Il y avait cette servante terrifiée, qui ne demandait qu’à s’enfuir, il y avait ce gentil serviteur qui ne demandait qu’à l’aider, qui cherchait à la réconforter… Oh, il aurait bien aimé la laisser partir, il ne voulait pas la terrifier, il ne voulait pas la violenter… Mais il ne pouvait pas. Il fallait qu’elle se calme, il fallait qu’elle comprenne. Il était là pour l’aider. Il était son ami. Son ami. Elle n’avait pas à s’inquiéter, il ne fallait pas qu’elle ait peur. Elle ne courait aucun risque, tant qu’il était avec elle. Cela le gênait de l’avoir terrifiée ainsi, il voulait pouvoir la réconforter, réparer cette erreur…

« Ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Il ne faut pas avoir peur. »

Il essayait de la réconforter comme il pouvait, maladroitement, mais avec les meilleurs sentiments du monde. Il lui laissait le temps de reprendre son calme, lui parlait doucement, par courtes phrases, sans oser esquisser le moindre geste qui eût pu l’inquiéter. Il ne lui voulait pas le moindre mal. D’ailleurs, il n’était pas armé – en apparence. Il gardait ses yeux posés sur les siens, et son regard était dénué de toute haine, de toute cupidité. Il n’avait aucune raison de lui causer le moindre tort – bien au contraire. Il laissa un silence gêné s’installer quelques instants, repris la parole :

« Ca va mieux… ?»

Il s’interrompit. Il ne savait pas même le nom de cet oiseau-ci. Elle ne restait jusqu’alors qu’un anonyme petit pigeon, portant fidèlement ses messages, sans mot dire. Il était temps de remédier à cela.

« Oh, désolé. Mes maîtres ne m’ont pas dit votre nom. Dans leurs affaires, ils ne se soucient pas des petits… »

Il lui jeta un regard navré, hésita un peu. Poursuivit :

« Comment vous appelez-vous ? »

Il lui avait bien donné son nom, il lui faisait confiance. Il espérait qu’elle en ferait de même, qu’elle avait surmonté ses craintes. C’est toujours mieux d’appeler une personne par son nom. Ca la fait exister un peu plus. Ca montre qu’on lui attache au moins un peu d’importance. Et assurément, Grimaud lui accordait de l’importance, et ce petit oiseau… Qu’elle lui donne son nom, et il pourrait peindre un nouveau barreau à sa cage. Elle ne pourrait plus l’esquiver. Un nom donné est un joli lien entre deux individus, lorsqu’ils se rencontrent. Et il espérait bien la lier suffisamment qu’elle ne s’échappe pas, qu’il puisse la rattraper lorsque le besoin s’en ferait. Elle était son petit oiseau à présent, et les petits oiseaux sont fait pour entrer dans leur cage, et chanter leur petite mélodie…
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MessageSujet: Re: Faire chanter les oiseaux [PV Valentine] Mer 27 Fév - 3:07

Valentine avait une légère tendance à paniquer dans des situations extrêmes. Si la plupart du temps elle était d'une confiance à toute épreuve - la robe de madame la duchesse qui avait un accroc quelques minutes avant son départ pour un bal, un soudain manque de poudre pour lui blanchir le teint... ce genre d'urgence – et que rien ne venait altérer ses habitudes et sa manière rapide de tout réparer, se sentir happée dans une ruelle sans avoir le temps de demander le comment du pourquoi et se rendre compte de quoi que ce soit, cela ramenait à de bien mauvais souvenirs, qui étaient teintés de rouge sang et d'éclats de lames. Alors quand la main de ce mystérieux homme lui avait happé le bras elle n'avait pas pu faire autrement qu'imaginer le pire. Parce qu'elle n'avait jamais renié sa vraie foi au fond, bien que personne ne le sache. Valentine était beaucoup trop douce et ignorante du monde de la cour, pour imaginer que quelqu'un qui voulait aller loin pour toucher sa maîtresse pouvait remonter loin, et malgré l'Edit de Nantes, une accointance avec les protestants était toujours aussi mal vue en cour. Au yeux de la jeune fille, il ne pouvait donc s'agir que de ses origines, sa véritable religion. On venait finir ce qu'on avait commencé dans son petit village breton bien des années auparavant. Elle se voyait déjà, une lame en travers du ventre, comme ce qui était arrivé chez elle. Le souffle aurait put lui manquer et elle aurait put défaillir, mais ce n'était pas son genre. Elle chercha à se débattre, jusqu'à ce que son assaillant lui dise qu'il ne lui voulait aucun mal.

Elle avait mit un peu de temps à le reconnaître, mais elle l'avait déjà vu, bien qu'elle ne connaisse pas son nom. Il était des amis de Bazin. Un des valets des mousquetaires. Pourtant, malgré son identité trouvée, elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que cela ne l'excusait pas. On ne kidnappait pas les jeunes femmes dans la rue. Et puis, même si elle l'avait reconnu, elle ne le connaissait pas à proprement parler. Et elle était presque certaine qu'il n'avait jamais fais attention à elle pour les rares fois où elle avait dut retrouver Bazin alors qu'il était avec les valets des amis de son maître. Cela n'était pas plus pour la rassurer, malgré le ton doux qu'il voulait se donner. Elle ne se rassura réellement que quand il lâcha sa prise, et Valentine, tout à la peur qu'elle avait eut, devait avouer avoir laissé quelque peu échapper sa colère. Rancunière ? Un peu peut être. Il fallait bien la comprendre. Le caractère si doux et si enjoué de la petite brune avait laissé place un instant à un ressentiment qu'elle avait du mal à contrôler, et elle s'était défendue corps et âme contre les questions indiscrètes du jeune homme qui lui faisait face. Pour qui la prenait-il ? Pour une femme qui trahissait les secrets de sa maîtresse et de son amant ? Il la connaissait bien mal. Il ne la connaissait même pas du tout. Et puis ses nerfs avaient commencés à lâchés, et elle devait faire un effort énorme pour retenir ses larmes.

-Grimaud.

Valentine, retenant le tremblement de ses mains en les nouants l'une à l'autre, avant de jeter un regard étonné au jeune homme. Que venait-il de dire ?

-C’est comme ça que mon maître m’appelle. Je suis Grimaud. Je ne vous veux aucun mal.

Elle eut un rictus, en s'essuyant une larme, avant de répondre d'une voix tremblante :

-Vous le montrez bien mal.

Elle ne cherchait nullement à l'accommoder. Pourquoi l'aurait-elle fait ? Et de toute façon il ne le méritait pas. Mais son regard avait l'air sincère. Malgré cela, Valentine savait qu'on devait toujours se fier à sa première impression, car on a jamais rarement deux fois l'occasion de faire une bonne première impression. Celle de la jeune fille était mauvaise.

-Ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Il ne faut pas avoir peur.

Nouveau rictus de Valentine, qui, malgré le fait que le dénommé Grimaud n'exerçait plus de pression physique sur elle, avait bien remarqué qu'il lui empêchait toute retraite. Alors, pour ce qui était de ne pas avoir peur, il faudrait repasser.

-Oh, désolé. Mes maîtres ne m’ont pas dit votre nom. Dans leurs affaires, ils ne se soucient pas des petits…

Valentine fini par croiser les bras sur la poitrine. Sa rancune n'était pas envolée, mais elle retrouvait peu à peu son naturel taquin. Intérieurement, elle se dit qu'il y avait bien peu de raisons pour que ses maîtres aient pu lui dire son nom puisqu'ils ne la connaissaient pas.

-Comment vous appelez-vous ?

Un soupir lui échappa. Elle sembla hésité. Pourquoi lui faciliterait-elle la tâche ?

-Vous en avez des manières d'attraper par le bras en pleine rue et en plein jour des jeunes filles que vous ne connaissez pas, monsieur Grimaud. On croirait presque que vous me prenez pour le genre de fille que je ne suis pas !

Elle croisa les bras et allait s'adosser au mur de la maison avant de se rendre compte qu'il était surement sale. Sa mise était déjà chiffonnée avec ce qu'elle venait de subir, alors si elle devait rentrer chez Madame avec sa cape tâchée, il n'aurait plus manqué que cela.

-Pourquoi vous donnerai-je mon nom là où je ne vous ai rien demandé ?

Elle lui jeta un regard peu amène, avant de lâcher.

-Valentine. Maintenant, allez-vous me dire ce que vous me voulez ? Et si ce n'est pas le cas je vous prierai de me laisser tranquille. On m'attend, et on se demandera très vite où je suis passée.

Ce qui était doublement vrai quand on savait la mission dont la jeune fille devait s'acquitter. Madame de Chevreuse allait se faire un sang d'encre. Dans son état, ce n'était vraiment pas recommandé.
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MessageSujet: Re: Faire chanter les oiseaux [PV Valentine] Ven 12 Avr - 11:29

Son petit oiseau reprenait ses esprits, visiblement. Elle se dressait face à Grimaud, avec un je ne sais quoi d’insolent dans son air. Si ses yeux étaient encore rouges, si ses joues étaient encore humides, ses larmes semblaient s’être bien taries. Ses lèvres s’étaient légèrement plissées, elle le regardait, le toisait presque, avec une moue de dédain. Elle se tenait là, adossée au mur, toute retraite coupée, et pourtant, elle parvenait déjà à s’échapper, il le sentait bien. Cela le désarçonnait. Il ne parvenait plus à sentir s’il avait une proie face à lui, ou un concurrent, contre lequel il faudrait se battre. Cette servante lui faisait face, semblait bien décidée à l’affronter, à ne pas parler. Et cependant, il n’osait pas la violenter, elle semblait encore si fragile, si désemparée… Il ne savait s’il devient se fier à ces yeux rougis, presqu’encore larmoyants, ou à ce regard déterminé, résolument fixé sur lui. Elle lui semblait capable de résister aux coups, aux pires, menaces, mais risquait d’éclater en sanglots, de paniquer au moindre geste brusque, à la moindre parole indélicate. Il ne savait que faire. Et, alors qu’il lui demandait son nom, il la vit soupirer. Elle s’échappait… Il ne lui semblait guère plus important qu’elle soit seule face à un inconnu, bloquée dans ce cul de sac. Elle le narguait presque. Elle n’aurait pas dû se sentir ainsi en sécurité, elle n’aurait pas dû lui faire face. Elle était sa proie, elle était à sa merci, elle devait… Bah. Ce n’était pas le cas. Sans doute l’avait-il sous-estimée, sans doute s’était-il trop inquiété. Il avait tous les atouts en main, elle aurait dû s’effondrer, tout lui dire. Il ne les avait plus, il lui semblait perdre prise. Il ne contrôlait plus vraiment la situation. Pour un peu et elle le dominait… Ce n’était pas pour lui plaire, cela commençait à l’inquiéter. Mais pourtant, elle lui semblait toujours aussi fragile, indécise… Comme si ce n’était qu’un simple baroud d’honneur, comme si elle pouvait s’effondrer à n’importe quel instant… Comme une bête qui va mourir, et vous mord dans ses derniers sursauts d’agonie. Mais ce n’était pas le cas. Il ne le sentait que trop bien…

-Vous en avez des manières d'attraper par le bras en pleine rue et en plein jour des jeunes filles que vous ne connaissez pas, monsieur Grimaud. On croirait presque que vous me prenez pour le genre de fille que je ne suis pas !

La réaction ne manqua pas de surprendre Grimaud. Elle lui fit presque l’effet d’une gifle, qu’il n’aurait nullement méritée. Eh quoi, il ne faisait que remplir son rôle, certes la méthode n’était nullement élégante, mais enfin, il ne lui avait fait aucun mal, il n’avait été nullement violent. Il voulait seulement obtenir des réponses à ces questions, rien de plus. Il voulait simplement servir son maître, prévenir les soucis qui ne manqueraient pas de les toucher tous, dès lors qu’Aramis fourrerait son nez un peu trop profondément dans des affaires qui ne les concernaient pas vraiment. Peu lui importait cette servante, au final. Oh, certes, il n’aurait pas aimé la torturer, et n’en avait encore nulle envie. Mais elle était la seule ficelle qui lui permettait de remonter jusqu’à Aramis, et à ses amis de haute noblesse qui ne manqueraient pas de plonger dans quelque sombre complot. Alors il devait composer avec elle, et d’ailleurs, il avait pris soin d’elle jusqu’ici. Allant jusqu’à s’inquiéter pour elle. Il ne lui voulait aucun mal, et elle en avait profité, et voilà qu’elle se montrait insolente, à présent. Puis lui importait. Il n’était que Grimaud, et Grimaud n’avait pas d’honneur. Il avait vécu dans la rue, il avait vécu dans la fange. Il n’était qu’un simple animal. Il n’était qu’un serviteur, fidèle à son maître. Tout ce qu’il avait à faire, c’était servir ce maître, son maître. Et pour cela il devait démêler cet écheveau dans lequel Aramis ne manquerait pas de se fourrer, et de préférence, avant qu’il ne se forme. Il n’était qu’un outil, qu’un chien aux ordres de son piqueur. Il avait capturé ce petit oiseau, pour le faire chanter, il avait capturé cette jolie proie pour jouer avec. Mais voilà que le volatile se mettait à le picorer, voilà qu’il s’échappait. Et il n’osait le mordre, de peur de le décapiter, de peur de lui faire perdre sa charmante voix. Il y tenait, à ces chansons. Alors il se dressait là, face à la servante, impavide. Il avait refoulé tout sentiment au plus profond de lui, avait ôté son masque pour ne lui présenter qu’une face inexpressive. Il voulait qu’elle parle. Elle ne s’échapperait pas, pas de la sorte, du moins. Il avait su se débrouiller jusqu’ici, pour suivre sa propre voie, au milieu des écueils de ce monde. Il avait survécu à cet univers sans pitié, et ne comptait pas rester en échec face à une simple servante. Le service de son maître l’en empêchait. Il devait la faire chanter, par n’importe quel moyen. Il avait une dague, dissimulée dans son dos, il avait un surin glissé dans sa manche. Mais il ne comptait pas s’en servir, l’idée même lui révulsait. Elle était sans défense. Il n’avait pas d’honneur, ça non, mais tout de même… Il n’était pas un boucher, il ne prenait pas de plaisir à la simple vue du sang. Il était un serviteur, il servait un mousquetaire. Le propre d’un domestique n’était-il pas, justement, d’être domestiqué ? Mais elle le narguait toujours, insolente, elle se tenait face à lui, les bras croisés, le provoquant. Non. Il n’userait pas de violence. Quoique…

-Pourquoi vous donnerai-je mon nom là où je ne vous ai rien demandé ?

Elle ne manquait pas de culot, assurément. Si elle avait été terrifiée par l’intervention plutôt rustre du serviteur, elle n’en laissait plus rien paraître. Elle le défiait ouvertement du regard, malgré ses yeux rougis. Elle ne le portait pas en son cœur, mais qu’importait ? Il n’avait pas besoin d’amis. Il avait toujours été seul, et le serait toujours. Il resterait libre. Il ne voulait pas de ces entraves là, il ne voulait pas partager les ennuis, les soucis d’un autre. Peu importaient l’amitié, l’honneur, le sacrifice. Il servait son maître. Et entendait le faire librement, sans aucune limite. Il ne voulait être qu’efficace. Inhumain. Sans sentiments, sans émotions. N’être qu’une mécanique bien huilée, qui ne servirait que les intérêts d’un seul, sans se soucier nullement de ce qui pourrait bien se trouver sur son passage. Il refusait toutes ces faiblesses, qui sapaient, trahissaient les hommes les plus puissants. Il n’était pas puissant lui. Il n’était que Grimaud. Il avait certes eu un nom, une famille auparavant. Il avait choisit de les oublier. Il était Grimaud, et servait son maître. Athos. Il le servait bien au-delà de ce qu’exigeait son maître. D’ailleurs, à proprement parler, le mousquetaire ne lui ordonnait rien. Il ne parlait pas. Jamais. Ou alors, très rarement. Et lui s’en accommodait parfaitement. Un simple regard valait mieux qu’un long discours… Après tout, il était son serviteur, et les serviteurs connaissent parfaitement leur devoir. Il servait, quoi qu’il advienne. Et ce n’était pas cette servante qui s’interposerait entre lui et son devoir…

-Valentine.

Grimaud jeta un regard curieux à la jeune servante. Allons bon. Voilà qui était nouveau. Elle refusait de lui donner son nom pour mieux le lui dire quelques secondes plus tard. Il n’y comprenait goutte, ne la considérait qu’avec méfiance.

- Maintenant, allez-vous me dire ce que vous me voulez ? Et si ce n'est pas le cas je vous prierai de me laisser tranquille. On m'attend, et on se demandera très vite où je suis passée.

Et voilà qu’une fois de plus ce petit oiseau se rebiffait… Elle avait pris de l’assurance. Le serviteur du mousquetaire ne représentait plus aucun danger à ses yeux, visiblement. Aucun danger en lui-même… Il n’était rien, rien de plus qu’un simple chien bâtard, au service de son maître. Il ne portait ni rapière, ni mousquet, il n’était ni de la haute fleur de la noblesse, ni des plus hautes sphères de l’Eglise. Il n’avait ni ami bien placé, ni bourse bien remplie. Oui, il était inoffensif, en apparence… Mais il avait dû lutter pour survivre, lui, il avait dû empoigner la vie à mains nues. Il avait appris à être une bête, pour survivre dans ce monde de bêtes, dans ce monde où tous se déchiraient par envie, par jalousie. Pour le pouvoir. Lui n’ambitionnait aucun pouvoir, lui n’avait aucun sentiment. Il ne reculait devant rien. Non, il n’était pas si inoffensif que ça… Il avait beau n’être qu’un valet, il avait beau s’incliner sans conteste devant son maître, il n’en restait pas moins un homme, un homme sachant lutter pour sa survie, un homme sachant tuer… Oh, il devait le cacher, bien sûr. Un valet se doit de faire bonne figure, de servir obséquieusement. Mais il servait un mousquetaire, la plus glorieuse chair à canon du royaume. Il servait Athos… Son maître n’était pas du genre à domestiquer ses serviteurs. Il l’avait dompté. Il l’avait brisé, lui avait fait ployer le genou face à lui, mais il demeurait une bête sauvage. Il servait aveuglement le mousquetaire, mais ne servait que lui. Ce qu’il voulait… Grimaud regarda la jeune servante franchement, droit dans les yeux. Il était redevenu le Grimaud ordinaire, le serviteur mutique, à la face inexpressive. Le valet qui pouvait tuer sans la moindre émotion, si son maître le lui ordonnait. Ce corps que l’on pouvait violenter sans lui arracher la moindre plainte. Grimaud. Ce qu’il voulait…

« Je ne veux rien. J’obéis. »

Il lui jeta un regard peu amène. Il ne bougerait pas avant d’avoir ses réponses, cela, il en était certain. A moins d’y être contraint par la force des évènements, mais cela lui semblait alors peu probable. Certes, il avait légèrement menti. Ou, du moins, n’avait pas dit toute la vérité. Son maître ne lui avait peut-être pas donné d’ordres concernant cette malheureuse… Mais il obéissait à son instinct. Il servait, suivant son propre flair. Il servait, parce qu’il était serviteur, et que là était son devoir. Peu importait si cette Valentine s’effondrait brusquement, ou lui résistait. Il voulait avoir ces informations. Il devait les avoir. Cela, il le sentait bien. Aramis ne se contentait pas de fourrer son nez dans les jupons de la haute noblesse, il lui fallait emmener avec lui son honneur, et sa curiosité, son orgueil et son ambition. Il aimait les ennuis, et c’était aux mousquetaires de les combattre. Mais lui n’était qu’un valet de mousquetaire, lui écopait des basses œuvres, des tâches ingrates. Et cette perspective ne l’enchantait guère. Oh, il sentait bien que cette servante là tenait à rester fidèle à sa maîtresse. Tant pis pour elle. Elle pouvait bien trahir ses serments, son amitié, sa loyauté, peut lui importait. Il voulait qu’elle parle. Qu’elle lui chante sa petite chanson. Il ne lui voulait pas de mal, loin de là ! Seulement, elle n’était qu’un objet pour lui, tout juste un être animé, un corps qui se dressait face à lui. Et que ce corps lui résiste, il n’aimait pas ça. Ce n’était pas propre, ce n’était pas beau. Il fallait discuter, encore et encore, pour la persuader. Ou encore la convaincre. Par n’importe quel moyen. Mais ces deux alternatives répugnaient à Grimaud. Ce n’était pas sa façon habituelle de procéder. Cette Valentine semblait d’humeur à discuter, à le narguer… Soit. Lui aussi pouvait jouer à ce jeu là.

« En effet. On va s’inquiéter pour vous. Une servante doit toujours être prête à servir sa maîtresse. Si vous tardez, la faute retombera sur vous. Parce que vous n’êtes rien en dehors de votre service. »

A son tour, il croisa les bras devant elle, la défiant du regard. Si elle voulait jouer… Il avait tout son temps, lui. Il n’avait plus qu’à attendre, la repousser dans ses retranchements. Ou elle ne voulait pas parler et restait plantée face à lui, ou elle lui chantait son petit air à elle. Dans les deux cas, elle trahissait sa maîtresse. Il ajouta, d’une voix presque adoucie :

« Ce serait mieux pour vous si vous m’aidiez, non ? »

Il hésita, avant de rajouter d’un air renfrogné :

« Ne m’appelez pas monsieur Grimaud. Je suis Grimaud. Je n’ai pas de nom. Je ne suis rien. Tout comme vous… »
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Faire chanter les oiseaux [PV Valentine]

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