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Joseph - L'Eminence grise.

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♕ Je suis Père Joseph

♟ Complots : 72
♟ Arrivée à Paris : 06/09/2012
♟ Localisation : Au couvent de la rue Saint-Honoré.
♟ Profession : Moine capucin, diplomate de l'ombre & alter-ego du cardinal.




Sous le sceaux du secret
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Jeu d'espion: Pour la providence, la France, et mon ami le Cardinal.
Côté RP: Disponible
MessageSujet: Joseph - L'Eminence grise. Jeu 6 Sep - 15:28


    François Leclerc du Tremblay
    par [Colin Firth]




    HALTE-LA !


    Où et quand êtes-vous né, voyageur ?
    -> Je vois qu'on est curieux. Je suis né le 4 Novembre 1577, fils aîné de Jean Leclerc et Marie Mottier de la Fayette. C'est par elle que je reçus le titre de baron de Maffliers, avant d'y renoncer pour entrer dans les ordres.
    Où vivez-vous ?
    -> Alternativement au couvent des Capucins rue Saint-Honoré et dans les quartiers qui me sont assignés au Palais Cardinal. Je ne reste dans ces derniers que si son Eminence a urgemment besoin de moi, en temps normal je privilégie la rue Saint-Honoré.
    Et quelles sont vos origines ?
    -> On ne peut plus françaises, aussi loin que remonte mon arbre généalogique.
    Avez-vous un métier ?
    -> Contrairement à ce qu'on pourrait attendre de moi, je les cumule ! Je dédie ma vie à notre sainte mère l’Eglise depuis mes vingt-trois ans, en tant que moins capuçin, professeur de philosophie, Provincial de Touraine et évangéliste, mais ma carrière politique aux côtés de Richelieu prend de plus en plus pied sur mes devoirs religieux…
    Une occupation majeure ?
    -> Moine capucin, prêcheur, lecteur de philosophie, conseiller politique, confident du roi, ministre officieux des affaires étrangères, ambassadeur tout aussi officieux, maître du réseau d’espionnage de son Eminence…
    Non ? Alors si vous êtes noble, quel est ou quels sont vos titres ?
    -> Je suis baron de Mafflier, mais il n’y a guère plus de monde pour me connaître sous ce nom aujourd’hui. Pour tous, je suis devenu Père Joseph.
    Je vois…êtes-vous marié ? Avez-vous des enfants ?
    -> Non seulement suis-je homme d’église, mais encore je respecte mes vœux. Ni épouse secrète, ni enfants illégitimes, ni même maîtresse pour moi. Je tiens les femmes en aversion depuis mes quatorze ans et redoute même d’effleurer ma propre sœur !
    Et votre visage, là, qui est-ce ?
    -> Colin Firth.






    Et toi, derrière cet écran, qui es-tu donc ?

    Comment te nomme-t-on par ici ? Cha', encore et toujours, en bonne schizo compulsive What a Face
    Et quel âge as-tu ? 18 ans, encore et toujours.
    Tu as découvert notre forum sur le net ? Par un ami ? Par un autre moyen ? J'y campe, tout le monde l'aura remarqué ;D
    Et pourquoi avoir choisi ou créé ce personnage, qu’attends-tu pour son avenir ? Parce que jouer des moines, c'est fun *ZBAAAAF* Plus sérieusement, parce que jouer un personnage crédible est un de mes challenges personnels, et parce que comme chacun sait j'aime les personnages hors-normes... Avec un moine austère et mystique qui n'a rien trouvé de mieux à faire que devenir conseiller d'Etat, j'étais servie ;D et je l'aime ce petit Joseph, sa personnalité me fascine, son histoire aussi, au point de me faire accepter le défi de jouer un des hommes les plus religieux que la France ait porté. Comme dirait l'autre, CHALLENGE ACCEPTED !
    As-tu une remarque à faire sur le forum ? ... Toujours pas What a Face
    En cochant cette case, tu t'engages à accepter le règlement du forum
    J'ai lu et accepte le règlement du forum


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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Jeu 6 Sep - 16:03

I. L'enfant des guerres de religion.







    « Ce que l’on apprend durant l’enfance est mieux gravé que dans la pierre. » (1577-1595, de 0 à 18 ans).

    4 ans.
    « François ? Pouvez-vous nous rejoindre, s’il vous plaît ? » appela Marie de la Fayette alors que ses distingués invités riaient encore du dernier trait d’esprit de Jean Leclerc, son époux et surtout le conseiller du roi, ainsi que le chancelier du duc d’Alençon, lequel était présent parmi les convives ce soir-là. Jean était un homme droit, intelligent, d’allure austère mais doté d’un bon fond, généreux et aimant envers sa famille bien que peu démonstratif. Marie, au contraire, était une mère certes très attachée à ses enfants, mais aussi anxieuse, si bien qu’elle pouvait rapidement en devenir étouffante. Mais le petit François, alors âgé de quatre ans, était encore trop jeune pour s’en rendre compte alors qu’il franchissait la porte à l’appel de sa génitrice. Les convives sourirent à la vue de ce petit garçon qui se tenait si droit et était si soigneusement habillé par sa mère qu’on aurait cru voir un adulte rapetissé. Sa bouille encore toute enfantine, ses cheveux bouclés, et surtout la profonde innocence de son regard lui attiraient rapidement la sympathie de tous les adultes qu’il croisait. François faisait la fierté de ses parents : il avait beau n’avoir que quatre ans, il montrait déjà des signes d’intelligence précoce, et c’était un enfant très calme et particulièrement facile à vivre. Il était impossible pour les parents de se souvenir du moindre caprice ou de la moindre crise de colère, pour la simple raison qu’il n’en avait jamais fait…

    « Venez ici, mon petit François. Asseyez-vous. » Obéissant à l’injonction de son père, François se dirigea vers la table avant que sa mère ne le prenne sur ses genoux.
    « Dites-moi petit François, vous êtes déjà bien grand pour votre âge. Que voulez-vous faire, quand vous serez un homme ? » demanda le duc d’Alençon avec un sourire amusé.
    « Père dit que je dois devenir un bon militaire pour bien servir notre beau Royaume de France. Je veux aussi bien servir Notre Seigneur, pour l’amour de Lui. »
    « C’est très bien, ce sont de belles vocations. Et dis-moi, aimes-tu ta petite sœur ? »
    « Bien sûr ! Elle est très gentille, et elle ne crie pas comme les autres enfants. »

    L’interrogatoire se poursuivit quelques instants, puis l’on le laissa enfin en paix pour complimenter ses parents sur l’excellente éducation de ce petit bonhomme qui savait déjà si bien s’exprimer avec les adultes. Toujours aussi sage, François resta sur les genoux de sa mère sans sembler s’impatienter de cette immobilité. François était de ces enfants calmes qui savaient s’occuper grâce à leurs seules rêveries et rester longtemps assis avec les adultes ne semblait pas lui poser problème. Pourtant, alors que la conversation s’était amenuisée, il demanda d’une voix timide :

    « Père ? Puis-je dire quelque chose ? »
    « Bien sûr, mon fils. Que voulez-vous donc nous dire ? »

    Alors que François se levait pour pouvoir parler sans l’entrave des bras de sa mère, le duc d’Alençon et les autres invités échangeaient des regards amusés, conquis par la gentillesse et la politesse de ce petit garçon. Mais oui, que le petit François parle ! Ils étaient tous prêts à l’écouter et à l’applaudir. Peut-être allait-il leur raconter une histoire que sa gouvernante lui avait racontée, ou une de ses aventures d’enfants ? Quelque chose d’amusant qu’il avait fait aujourd’hui ? François regarda autour de lui, intimidé, et jeta un dernier coup d’œil à son père avant de se lancer.

    « C’est une histoire que j’ai entendue aujourd’hui… » Sourires. « C’est l’histoire de la Passion du Christ que je veux vous raconter. » Sourires, toujours, même si le regard de certains s’étaient déjà faits plus graves. « Après avoir été trahi par son ami Judas, notre Seigneur Jésus Christ est condamné à la crucifixion. Il doit lui-même porter sa croix en haut de la colline du Calvaire, accompagné de sa mère Sainte-Marie et de plusieurs de ses fidèles… Mais avant cela, le Christ est attaché à un mât et flagellé avec un fouet lesté de métal, qui meurtrit sa chair et ses os. Face à lui, des dizaines de soldats se passent le fouet et rient en le frappant… Il a mal, Il souffre mais Il pardonne chaque coup donné… Parce qu’Il n’est que pardon… »

    Plus personne ne soufflait mot. Tous les adultes étaient suspendus aux lèvres du garçon qui, absorbé dans son récit, fixait un point dans le vide Un point qui, très certainement, le renvoyait tout droit à la vision du Calvaire enduré par le Christ…

    « Ils l’habillent de la tunique pourpre et lui placent une couronne d’épines sur la tête. Puis il doit porter sa croix jusqu’en haut du mont Golgotha… Tout en haut tout en haut, où il doit être crucifié à la troisième heure du jour… A ses pieds, la Vierge Marie pleure… Le cœur déchiré, parce que son fils va mourir… C’est aussi un peu elle que l’on tue, et elle souffre, comme personne n’a jamais souffert à part Jésus… »

    Marie baissa un regard inquiet vers son garçon dont la voix venait de trembler. Mais vaillamment, l’enfant continua, malgré l’émotion que ce récit semblait lui procurer.
    Alors qu’il racontait la Crucifixion, le petit François voyait réellement défiler la scène devant ses yeux. Cette image de la Passion du Christ avait fait si vive impression sur son esprit d’enfant qu’il pouvait en imaginer et en connaître les moindres détails, comme s’il avait lui-même vécu la douleur des fidèles voyant leur Seigneur mourir sur la croix, comme s’il la vivait de nouveau, de ses yeux douloureusement remplis de larmes. Et soudain, c’en fut trop. Submergé par une douleur qu’il avait fait sienne, trop grande pour qu’il puisse la comprendre et la supporter, il éclata en sanglots.

    Tel était l’enfant qui, plus tard, serait appelé à devenir l’un des plus grands hommes d’Etat que la France ait jamais porté. Un enfant précoce, élevé dans le respect de la religion, un enfant d’une grande sensibilité qui, par décence ou par pudeur se refusait à exprimer ouvertement ses émotions et essayait déjà de dresser entre lui et ses émotions un mur de fer. Mais les fondations du mur étaient alors bien fragiles, et à quatre ans, le petit garçon qu’il était pouvait encore fondre en larmes face au spectacle tragique du Sauveur sur la croix… Et l’homme qu’il deviendrait ne devait jamais oublier cette image qui hanterait son imagination toute sa vie durant, jusque sur son lit de mort. Un homme que la souffrance ne laisserait jamais indifférent et qui vivrait la sienne sans jamais se plaindre, parce qu’Il avait tellement plus souffert que lui…

    ****

    10 ans.

    Durant la totalité de la cérémonie, il était resté parfaitement calme. Même pendant que le curé lisait la messe, même en sentant la main de sa mère se crisper nerveusement dans la sienne, même lorsqu’il avait vu le cercueil descendre dans le caveau familial, même lorsque sa petite sœur Marie, âgée de seulement un an de moins que lui, avait fondu en larmes sur son épaule, même à ces moments-là, il n’avait pas versé une larme. Calme, imperturbable, stoïque. A grand étonnement –ou l’effarement- de tous. Toute la famille connaissait le grand attachement, bien que réservé, que François portait à son père, et tous s’étaient attendus à voir s’effondrer ce garçon qu’ils savaient sensible derrière son silence. Pourtant cette fois, le mur ne s’ébranla pas une seule fois. Le prêtre bénit la tombe une dernière fois, et ce fut la fin. Jean Leclerc du Tremblay était redevenu poussière, et il laissait derrière lui l’image d’un homme discret et dévoué, ainsi que celle d’un père aimant, bon et généreux. Et seul François devait en conserver un souvenir absolument intact, car Charles, âgé de trois ans, était trop petit pour s’en souvenir, et Marie n’avait pas une aussi bonne mémoire que son aîné.
    La foule de la famille et des amis du défunt se dissémina, un petit groupe restant aux côtés de la veuve inconsolable d’avoir ainsi perdu le pilier de son foyer. François resta un instant immobile face à la tombe, les yeux fixés sur sa mère, avant de passer une main dans les cheveux de son petit frère venu s’accrocher à ses jambes, petit bout d’homme qui ne comprenait rien à tous ces gens en noir.

    « Va voir Mère, Charles. Mère est triste, tu dois aller la consoler. » lui chuchota François en se baissant à son oreille.

    Le petit bonhomme leva un regard interrogatif vers son grand frère, avant de décider qu’il fallait obtempérer. Laissant là son aîné, il tituba jusqu’à sa chère maman et s’accrocha à ses jupes, juste avant de se retrouver ceinturé par l’étreinte convulsive de cette femme en larmes et surtout en détresse. Face à ce spectacle, François détourna les yeux. Puis il se signa, et s’éloigna du caveau. Mains dans les poches, il s’éloigna et traversa le bois qui bordait le domaine pour arriver dans une petite clairière où se trouvait un petit étang. La lumière, la végétation, les bruissements de la forêt donnaient au lieu une atmosphère presque féérique qui rappelait la mythique forêt de Brocéliande. Pour peu l’on se serait attendu à y croiser une fée. Mais François n’avait pas la tête à ces considérations, et s’assit au bord de l’étendue d’eau. Les genoux ramenés contre lui, ses avant-bras les entourant, il baissa la tête qui disparut entre ses bras. Quelques secondes s’écoulèrent, aussi lourdes que des gouttes de pluie. A moins que ce ne soit le bruit des larmes qui coulaient maintenant sans plus de retenue sur ses joues pour aller s’écraser dans l’herbe. Enfin seul, à l’abri des regards, François du Tremblay pouvait enfin laisser libre cours à son chagrin. De gros sanglots lui nouaient la gorge et l’empêchaient pratiquement de respirer alors qu’une vague de douleur le submergeait tout entier et semblait vouloir l’engloutir dans l’abysse. L’espace d’un instant, il se demanda ce qu’en auraient pensé ses professeurs du Collège de Boncourt, ceux-là même qui, pendant plus d’un an, l’avaient vu endurer sans jamais broncher ou se plaindre le traitement de spartiate réservé aux élèves : maltraitance, malnutrition, punitions sévères, harcèlement, épuisement. Pendant plus d’un an, le petit François s’était plus qu’illustré par son self-control, sa détermination, son endurance, son intelligence. Pendant plus d’un an passé dans ce collège où il avait lui-même demandé à aller à l’âge de huit ans –il craignait que sa mère ne fasse de lui un « délicat » et avait accepté cette vie de petit soldat avec impatience et gratitude- il avait enduré tout ce qu’un garçon de huit ans pouvait endurer, à la différence près que jamais la moindre plainte, le moindre sanglot, le moindre soupir n’avait franchi ses lèvres. Au contraire, il avait semblé à ses professeurs que plus on le traitait durement, plus il était satisfait. Un caractère de fer forgé dans un moral d’acier, voilà ce qu’ils avaient cru distinguer chez lui. Et voilà que le petit soldat de Sparte s’effondrait comme un château de cartes à la mort de son père…

    Il sursauta violemment en sentant deux bras s’enrouler autour de son cou et un visage humidifié par les larmes venir s’y nicher. Aussitôt un sanglot resta bloqué dans sa gorge, pour n’en plus jamais sortir. Devant tout autre être humain, il était interdit de montrer ses failles. Un réflexe, un moyen de défense qu’il avait acquis très tôt, bien trop tôt. Son père ne lui avait-il pas maintes fois reproché cette espèce de silence, à mots couverts ?

    « Je savais que tu viendrais ici. » chuchota la voix de la petite Marie à son oreille. « Pourquoi te caches-tu, François ? Personne ne te punira parce que tu pleures… »
    « Le Seigneur a rappelé Père à lui. Telle est Sa volonté. Qui serais-je pour oser la contester ? » répliqua durement François en essuyant précipitamment ce qu’il restait de larmes sur ses joues. Presque plus aucune trace de chagrin sur son visage : le masque de fer était revenu sur ses traits, le petit soldat était de retour.

    Marie le regarda étrangement, puis dénoua ses bras le libérant de son étreinte. Ils restèrent assis côte à côte, en silence, jusqu’à ce que François ne se lève pour rentrer. Laissant derrière lui une petite sœur partagée entre l’admiration, la colère et la déception…

    ****

    17 ans.

    « 18 Juillet 1595, Académie d’Antoine Pluvinel.
    Chère et estimée Mme de la Fayette,

    Je prends la liberté de vous écrire en ce jour afin de vous informer des progrès fulgurants de votre fils, François du Tremblay, au sein de notre Académie. Nous tenions à vous signaler avec quelle fierté nous accueillons votre fils chaque jour dans nos salles de classe, car c’est un élève comme chaque professeur peut rêver d’avoir. Toujours très calme et réservé, il fait preuve d’une grande maturité pour son âge et parvient à nous surprendre encore par ses interventions aussi brillantes que marquées d’une profonde humilité. Bien que son éducation au collège de Boncourt ait été interrompue, comme vous me l’avez signalé, alors qu’il n’avait que dix ans par les conflits de la guerre, l’enseignement que ses précepteurs ont pu lui fournir au Tremblay a été plus que complète : en arrivant chez nous, il nous a révélé à notre grand étonnement qu’il pouvait déjà parler l’italien et l’espagnol aussi bien que le français, qu’il connaissait l’hébreu, la jurisprudence, les mathématiques, et qu’il savait l’art de l’équitation et tirer à l’arquebuse. Alliées à sa grande intelligence et sa prodigieuse mémoire, ces connaissances avancées ont permis à François de terminer son cursus à l’Académie non pas en deux ans, mais en moins d’un an. Aussi est-ce avec joie et honneur que je vous annonce que nous estimons votre fils prêt pour entamer son Grand Tour. Nous ne doutons pas que sa maturité, sa rigueur, et la discipline à laquelle il semble en toute chose se plier, compenseront les défauts que son jeune âge pourrait engendrer… »


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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Jeu 6 Sep - 16:09

II. Ezéchiel, l'évangélisateur.







    20 ans.

    « Just take a look at him. Is he not the fairest man who ever came to Court ? »

    Et la comtesse de Penge d’acquiescer aux commentaires plus ou moins discrets de la comtesse de Dover. La délégation ambassadrice française était arrivée la veille à la cour d’Elizabeth I, et déjà un de ses éléments s’était fait remarquer, malgré sa discrétion notoire. Très grand et élancé, le maintien distingué mais sans fatuité, élégant sans exagérer, François du Tremblay, jeune baron de Maffliers, avait de quoi séduire sans effort les belles demoiselles anglaises de Londres. Mais s’il n’avait été qu’un Don Juan, il n’aurait pas reçu le quart de l’attention qui était dirigée vers lui : ses excellentes manières, le ton de sa voix posée et mesurée, son intelligence et son érudition lui remportaient l’estime de ses pairs, et c’est en combinant ses qualités à la fois physiques –il était incontestablement très beau garçon- et intellectuelles –un caractère conciliant, une grande humilité et une galanterie à toute épreuve- en avaient fait la coqueluche de la cour de France aussi bien que celle d’Angleterre. Il avait été présenté à la cour du roi Henri IV environ deux ans plus tôt et y avait fait une excellente impression : les qualités mentionnées ci-dessus lui avaient valu d’aussitôt remporter l’affection de Gabrielle d’Estrées, la maîtresse du roi, qui avait coutume de l’appeler en riant « le Cicéron de France et de son âge » en raison de son érudition. Enthousiasmée par ce jeune homme qu’elle porta aussitôt aux nues, elle le présenta au roi en personne, qui approuva cette amitié et en cultiva une lui-même avec ce nouveau protégé, bien que de manière un peu plus distante. Après avoir entendu parler des exploits du jeune du Tremblay au siège d’Amiens où il avait fait des merveilles en tacticien, Henri IV avait résolu de l’envoyer, malgré son jeune âge, en Angleterre avec ses ambassadeurs pour négocier la paix. Il n’aurait pu faire de meilleur choix.

    « My dear baron, il me semble que votre réputation grandit de minute en minute et que vous tournez la tête à tous mes sujets. Vous réussiriez donc à leur faire oublier que vous êtes français ? Je vous félicite, car les anglais ont habituellement la rancune tenace. »

    François se retourna vers la voix qui venait de l’aborder et s’agenouilla aussitôt en reconnaissant la Reine d’Angleterre en personne. Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de la souveraine. François du Tremblay était décidément celui qu’elle préférait dans cette assemblée d’ambassadeurs plus vides et dénués d’intérêt les uns que les autres. Il avait pour lui plaire sa jeunesse, sa modestie, mais surtout son érudition et son esprit critique : elle n’aimait rien tant que disserter de cette proposition de paix avec lui en latin ou en grec, ou encore en espagnol ou en hébreu. Elle qui aimait les langues, vivantes ou mortes, y trouvait parfaitement son compte, et peu à peu, le jeune homme était devenu son interlocuteur privilégié. Jusqu’à la mort de la reine en 1603, elle devait lui écrire dans ces langues aussi disparates que rares à propos de politique ou de philosophie. Quant au pacte de paix, il serait conclu comme convenu, et Elizabeth I chargerait même les ambassadeurs français de rapporter à leur roi qu’il savait décidément bien s’entourer…

    « Vous êtes un drôle de personnage, Leclerc. » remarqua une autre voix féminine à ses côtés un peu plus tard dans la soirée. Les yeux sombres de François rencontrèrent ceux, bleus-verts, d’une jeune fille d’à peine quinze ans mais qui en paraissait cinq de plus.
    « Je pourrais en dire autant de vous, fraülein von Barnekow. » rétorqua François en détournant les yeux, néanmoins avec un sourire aimable, et reporta son attention sur la foule qui dansait à leurs pieds. « Déserter le Danemark pour fuir un mariage avantageux dont pourtant vous ne vouliez pas, c’est une décision… Intéressante. »
    « On est bien informé à ce que je vois. Et vous, pourquoi briller sur le champ de bataille et jouer les ambassadeurs en Angleterre alors que vous ne rêvez que d’une chose, c’est de rentrer dans les ordres ? »

    Piqué au vif par cette question, il ne put s’empêcher de la foudroyer du regard. Cette Pia de Barnekow avait un talent inné pour l’observation et dévoiler les faiblesses des autres uniquement par instinct, et pour le simple plaisir de les voir réagir. Elle était jeune, elle était belle comme le jour, et elle avait l’égoïsme et l’assurance de ceux qui n’ont qu’à réfléchir un quart de seconde pour prendre une décision qui résoudra leurs problèmes. François ne savait s'il devait la détester, l’admirer ou faire preuve d’indulgence à son égard.

    « Avec tout le respect que je vous dois mademoiselle, ce que je veux faire ou ne pas faire ne vous regarde que peu. » finit-il par répondre aussi neutre que possible.
    « Avec tout le respect que je vous dois baron, si, cela me regarde un peu quand même. »
    « Et pourquoi donc ? »
    « Parce que vous me plaisez, quelle question ! »

    Interloqué par un aveu aussi franc, il la dévisagea avec stupéfaction et fut encore plus surpris de voir qu’elle ne riait pas, ni ne rougissait, mais qu’au contraire elle le regardait droit dans les yeux avec le plus grand sérieux.

    « Cessez donc de me regarder avec ces yeux de merlan frit, et invitez-moi à danser ! Je m’ennuie ! » s’exclama-t-elle en lui tendant la main avec autorité.

    Lorsqu’il rentra en France quelques mois plus tard, François gardait encore en mémoire le visage de cette incompréhensible jeune femme, dont le souvenir devait le poursuivre plus longtemps qu’il ne le pensait…

    ****

    23 ans.

    « Mère, vous ne pouvez pas vous opposer à ma volonté ! »
    « François, tu ne sais plus ce que tu dis ! Ecoute-moi ! »

    Sentant la main de sa mère lui empoigner le bras alors qu’il sortait en trombe de la pièce, François se dégagea violemment en la foudroya littéralement du regard. Clouée sur place par ces yeux chargés de colère, et même de haine, Marie de La Fayette en resta muette de stupeur et porta une main à son cœur. Lui-même surpris d’avoir perdu son sang-froid, François fit un effort pour retrouver son calme et inspira profondément en fermant les yeux. Pourtant, quand il les rouvrit, ses iris sombres brillaient toujours d’une flamme brûlante que sa mère ne lui avait jamais vue auparavant. Il y avait quelques semaines de cela, François avait fait une première fugue, ne laissant derrière lui qu’une lettre expliquant qu’il voulait rejoindre le monastère des Carthusiens et entrer dans les ordres. Cette décision avait surpris sa mère qui, paniquée à l’idée de perdre son fils chéri dans un ordre religieux qui n’autorisait ni visite ni sorties, avait aussitôt lancé tout le voisinage à sa recherche. Finalement, il était revenu de lui-même afin de lui demander officiellement son autorisation… Mais elle s’y était farouchement opposée, poussant de hauts cris, pleurant, menaçant, tempêtant comme la femme névrosée et possessive qu’elle était, qu’elle avait toujours été et plus encore depuis la mort de son époux treize ans plus tôt. Treize ans durant, François, Marie et Charles, les trois enfants, avaient supporté cette mère trop présente et étouffante. François avait trouvé une échappatoire en voyageant pour son Grand Tour, pour la guerre, pour l’ambassade en Angleterre. Mais ce qu’il avait tu durant toutes ces années, depuis ses quatorze ans pour être précis, c’était son désir de plus en plus grand d’entrer dans les ordres. Depuis son adolescence, François désirait plus que tout renoncer au monde matériel pour se faire moine au sein de l’ordre le plus sévère et austère de la chrétienté. Il avait repoussé aussi longtemps que possible une décision qui, il le savait, aurait blessé son entourage, mais ce désir s’était fait si dévorant qu’il ne pouvait plus en reculer l’accomplissement. Dusse-t-il se battre avec sa mère pour y arriver.

    Le combat fut rude, en effet. Refusant catégoriquement de laisser s’en aller ce fils chéri qui ressemblait tant à son père, madame de la Fayette tempêtait, pleurait, lui faisait un odieux chantage affectif sous les regards exaspérés ou ahuris de ses deux autres enfants, Marie et Charles, qui se seraient bien passés de ce pitoyable spectacle de leur mère s’accrochant en pleurant à son fils aîné, tout en admirant le stoïcisme de ce dernier, qui ne cédait en rien face à sa mère, lui qui avait si longtemps repoussé ce qui était au fond sa véritable vocation. Il n’y avait eu qu’elle pour ne pas s’en apercevoir. Face aux cris de sa mère, François restait ferme sur ses positions, n’hésitant pas à répéter encore et encore les arguments qu’en vingt-trois ans il avait eu le temps de préparer, l’assurant qu’il ne l’oublierait pas, que c’était là la volonté du Seigneur, qu’il l’avait appelé à Lui, l’exhortant qu’elle n’avait pas le droit de s’opposer à Sa volonté divine. Et Marie de la Fayette, peu à peu, cédait du terrain. Elle la première, fut la « victime » des talents d’orateur de son fils, de ce mélange étrange de véritable passion chrétienne mêlée d’implacable raison qui devait, plus tard, le faire triompher de nombreux adversaire et lui valoir deux surnoms : « Ezéchiel » et « Ténébroso-Cavernoso ». Ezéchiel, le prophète passionné, dévoué, l’évangéliste au service de Dieu et de Lui seul ; et Ténébroso-Cavernoso, le tacticien, le politicien sans failles. Deux personnalités, deux identités non pas distinctes mais entremêlées et inséparables qui se complétaient l’une l’autre au cours d’un même discours, permettant ainsi au futur capucin et ministre d’être l’un des meilleurs orateurs du pays, et surtout le plus convaincant. Il lui fallut quelques semaines supplémentaires pour venir à bout de la résistance de sa mère, qui enfin lui donna l’autorisation d’entrer dans les ordres. Seule condition requise : qu’elle puisse lui rendre visite et continuer à le voir. Une condition mineure, facile à accorder, mais qui devait avoir un impact retentissant sur la vie du jeune homme.
    Au lieu de rejoindre les Carthusiens, ce fut donc l’ordre des Capucins que rallia François le 2 Février 1599. Un ordre des plus rigoureux, au train de vie le plus austère, vivant dans la pauvreté la plus absolue à l’image de Saint-François d’Aquin, une vie de Spartiate telle que François avait pu vivre à l’âge de huit ans au collège et telle qu’il convenait à son tempérament de soldat. Les Capucins se distinguaient des Carthusiens en cela qu’ils ne devaient pas rester cloîtrés : au contraire, les Capucins étaient des moines actifs et engagés dans la vie de la communauté. Véritables travailleurs, il était très commun de les croiser en ville à soigner les plus démunis, réparer maisons et églises, prêcher sur la place publique, mettre à contribution tous les talents dont disposaient les membres de cet ordre, en somme. Ceux qui avaient été médecins avant de prendre la robe soignaient, ceux qui avaient géré des fortunes –souvent la leur- convainquaient les plus riches de financer les constructions d’églises ou d’hôpitaux, les anciens militaires se mettaient au service de la communauté en prêtant leurs corps solides à ceux qui ne pouvaient porter, réparer, construire ou même marcher. Bénévolement bien entendu, les Capucins étaient de véritables aides au quotidien pour les villes où ils étaient établis.

    C’est au début de l’année 1600 qu’à la maison des novices d’Orléans, François Leclerc du Tremblay voit sa vie prendre un nouveau tournant. Le baron de Maffliers, âgé d’à peine 23 ans, renonça à ses terres, à tous ses biens terrestres, et jusqu’à son propre nom pour devenir le père Joseph. Un nom que la France n’était pas prête d’oublier de sitôt et dont elle entendrait bientôt beaucoup parler…

    ****

    29 ans.

    « Père Joseph, l’on m’a dit grand bien de vous. Votre réputation vous précède et je suis encline à vous faire confiance pour la tâche que je souhaite vous confier. »
    « Je suis à l’entière disposition de votre Altesse. » répondit simplement le moine en inclinant la tête. Louise de Bourbon sourit à sa nièce, Antoinette d’Orléans, qui poursuivit son exposé :
    « Vous n’êtes pas sans ignorer que notre abbaye de Fontevraud est l’une des plus anciennes et des plus renommées du pays. Elle abrite en son sein la nécropole des Plantagenêt, avec ses Majestés Henri II, Aliénor d’Aquitaine et Richard-Cœur-de-Lion… Nous sommes une abbaye prestigieuse, et pourtant nous sommes si peu nombreuses, et nos revenus si faibles. Nous avons besoin d’un nouveau souffle, autrement l’abbaye est condamnée… »

    Joseph resta songeur face à cette annonce. Bien entendu il connaissait l’abbaye de réputation, et il savait parfaitement qu’elle avait perdu de son prestige d’antan. Les sœurs l’avaient désertée, elle tombait pratiquement en ruines, et les quelques religieuses qui y étaient restées étaient pour la plupart des jeunes filles peu intéressées par la foi que leurs parents avaient envoyées là car ils ne savaient plus quoi en faire. Un véritable défi, donc. Un défi comme il aimait les relever. Il promit donc à la duchesse de Bourbon et sa nièce d’Orléans de réfléchir à leur problème et de les tenir informées aussitôt qu’il le pourrait des idées qu’il aurait pour sauver la précieuse abbaye, les salua, et s’en alla.
    En six ans, le père Joseph avait accompli un sacré chemin dans l’ordre capucin. Après avoir rejoint l’ordre en 1600, il avait été envoyé à un séminaire à Rouen où il avait poursuivi et achevé sa formation un an avant le reste de ses frères entrés la même année, tant il était avancé en philosophie et théologie. Ses professeurs avaient gardé de lui le souvenir impressionné d’un jeune frère zélé, déterminé, et surtout excellent orateur. Sa réputation de « Cicéron de France et de son âge » l’avait poursuivi jusqu’au séminaire où l’on avait beaucoup attendu de lui, et où l’on n’avait pas été déçu. Après cette formation, il avait regagné Paris, où il avait voulu devenir professeur de philosophie au couvent de la rue Saint-Honoré. Malheureusement, une maladie de la vue dont il était la victime depuis son enfance s’aggrava brutalement alors qu’il s’épuisait les yeux sur les livres et les parchemins, au point de le rendre pratiquement aveugle. Bien qu’incapable de déchiffrer le moindre document sans assistance, Joseph avait persisté, mais un an plus tard, il dut bien se rendre à l’évidence : poursuivre une carrière scolaire était impossible. En 1604 il était donc entré à la maison capucine de Meudon, où il prit en charge les novices en tant que prêcheur. Pour l’Ezéchiel qui sommeillait en lui, ce fut la révélation : son talent d’orateur se doublait d’un véritable don pour l’enseignement. Il avait à cœur de former à la perfection chaque novice et accordait à chacun d’eux une attention individuelle, n’hésitant pas à préparer des exercices personnalisés, à accorder des leçons individuelles en dehors des heures prescrites, et à parler avec chacun d’eux de leurs motivations, de leurs buts et de leur foi. Son dévouement et son enthousiasme lui valaient l’adhésien de tous ses élèves. Rapidement, il fut aussi chargé par ses supérieurs d’évangéliser les villes et villages voisins, lesquels avaient souffert des guerres de religion. Joseph, qui avait été le témoin privilégié de ces combats à Paris comme au Tremblay –qui avait été partiellement détruit pendant les batailles- accepta aussitôt et se mit aussi en tête de rebâtir les églises et de convertir le peuple. Ses entreprises remportèrent un formidable succès ; quant à lui, sa réputation de prêcheur et d’évangéliste ne connut bientôt plus de limites. Joseph avait trouvé sa voie : sa carrière serait celle d’un évangéliste et d’un missionnaire !

    Ce succès fut bientôt couronné d’un autre : en 1608, un an avant les évènements qui l’amenèrent à Fontevraud, Joseph fut promu gardien de la maison capucine de Bourges et remporta un succès égal qu’à Meudon. Il changea plusieurs fois d’affectations, devenant responsable à chaque fois d’une province plus importante et finit par être affecté comme gardien à la maison de Rennes. Ce fut là qu’il eut à mener sa toute première intrigue politique : devant convertir Saumur, une ville calviniste, il se retrouva face à l’opposition du gouverneur du Plessis-Mornay, lequel refusa l’implantation du catholicisme dans sa ville. Pas dégonflé, Joseph trouva une alternative, en se rendant justement à Fontevraud où il rencontra Eléonore de Bourbon, l’abbesse de Fontevraud et surtout la tante du roi Henri IV. Grâce à ses talents de négociateurs, il parvint à la convaincre de la nécessité d’implanter des capucins à Saumur. Du Plessis-Mornay ne pouvait rien faire face à la volonté de la tante du roi ; il céda. Première victoire politique pour le capucin, qui fut ainsi mis en contact avec l’abbaye qui le préoccupait aujourd’hui.

    Mais rien dans la vie du capucin ne semblait devoir être laissé au hasard. Soucieux de remplir sa mission et de réformer cette abbaye, il comprit que deux cerveaux valaient mieux qu’un pour une entreprise de cette envergure et décida d’aller consulter un confrère. Ce confrère, de neuf ans son cadet, n’était encore qu’évêque à l’époque, mais déjà la grandeur de sa future carrière se dessinait à l’horizon : Armand du Plessis, évêque de Luçon.

    ****

    32 ans.

    « Ma très chère mère,

    Voici deux ans désormais que j’ai rejoint l’ordre des capucins et comme vous le savez, cette vie n’est pas exempte de rencontres ni d’action. Cependant il faut que je vous conte la rencontre tout à fait extraordinaire que j’ai faite il y a deux jours à peine.
    Nous avons eu le bonheur de recevoir ici à Tours la visite du co-adjuteur de notre province de Touraine, le père Joseph dont vous avez peut-être entendu parler. Sa réputation le précède souvent dans les endroits où il va. C’est un personnage étonnant que ce père Joseph : au lieu de rester dans son office pour superviser notre province, il va et vient d’une ville à l’autre et s’est mis en tête, je le cite, d’aller à la rencontre de chaque frère capucin afin de tous nous connaître personnellement. Comme les règles de notre ordre nous interdisent de voyager véhiculés, il parcourt tout la province à pieds (je vous rappelle que la Touraine comprend Tours, Poitou, la Bretagne et la Normandie !) ; c’est un infatigable voyageur qui parcourt toutes ces lieues sans jamais sembler s’en lasser, de long en large et en travers, toujours à l’écoute de ses frères et prêt à prodiguer conseils ou sermons partout où l’on a besoin de lui. Il est très aimé dans notre ordre : on le connaît pour sa justesse de jugement en quelque affaire que ce soit, car il ne se laisse pas aveugler par ses émotions ou ses intérêts personnels et ne tranche jamais une affaire avant de l’avoir bien pesée ; et c’est un homme qui sait se faire respecter car jamais il ne hausse la voix, et son autorité ferme toujours présentée avec la plus grande diplomatie et la plus grand amabilité. On l’écoute, on se plie à son jugement, et on prend exemple sur lui. La fermeté de son caractère est tempérée par ses excellentes manières, son heureux caractère et son humilité qui sentent leur gentilhomme à une lieue. Avec lui, les abus sont promptement punis, la discipline renforcée et les réprimandes et punitions nécessaires toujours justement administrées ; mais toujours avec un grand discernement et une indéniable justice. Je jurerais, mère, que ce moine est doté de cette qualité que l’on n’attribue d’habitude qu’aux saints et que l’on appelle le discernement des esprits.
    Ce frère m’intrigue grandement mère, aussi ai-je exprimé le désir de l’accompagner dans ses pérégrinations. Sa vue étant très mauvaise, au point de le rendre incapable de lire, il a accepté de me prendre comme assistant. Je pars donc, et je suis certain que le contact du père Joseph ne pourra que m’être bénéfique.

    Signé : père Angélus. »


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♕ Je suis Père Joseph

♟ Complots : 72
♟ Arrivée à Paris : 06/09/2012
♟ Localisation : Au couvent de la rue Saint-Honoré.
♟ Profession : Moine capucin, diplomate de l'ombre & alter-ego du cardinal.




Sous le sceaux du secret
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Jeu d'espion: Pour la providence, la France, et mon ami le Cardinal.
Côté RP: Disponible
MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Jeu 6 Sep - 16:23

III. Tenebroso-Cavernoso : le politicien.






    "Cet homme pénètre mes pensées les plus secrètes ; il sait des choses que je n'ai communiquées qu'à peu de personnes dont la discrétion a déjà été éprouvée ; et il va à Tours en s'en revient, à pied, sous la pluie, la neige et la glace, par le temps le plus terrible, sans que personne ne soit capable de l'observer. Je le jure, le Diable doit être dans le corps de ce moine." le Duc de Bouillon à propos du Père Joseph.

    38 ans.

    « Je vous prie de bien vouloir me laisser passer. Il faut que je voie le prince de Condé sur-le-champ. »
    « Je suis navré mon père mais je ne… »
    « En nous barrant le chemin vous vous opposez à l’Eglise et à Notre Seigneur. Voulez-vous en payer les conséquences, garde ? »

    Le garde en question frissonna sous le regard pénétrant de ce moine en habit de bure et au capuchon rabattu sur la tête. Un étrange religieux qui ne semblait pas décidé à bouger de là jusqu’à ce que l’on ait accédé un son ordre –sûrement un ancien militaire qui n’avait pas l’habitude de se laisser dicter sa conduite par les autres, surtout quand il savait son ordre justifié. Le garde battit en retraite et le précéda à la tente du prince de Condé afin d’annoncer sa venue. Joseph fut introduit dans la tente et se retrouva seul face à Henri II de Bourbon-Condé, l’un des principaux instigateurs de la révolte qui grondait à Loudun, raison de la présence du père Joseph. Les deux hommes se dévisagèrent, l’un avec méfiance et presque hostilité, l’autre avec un calme absolu et un léger sourire qui ne laissait pas transparaître la moindre émotion.

    « J’ai beaucoup entendu parler de vous, père Joseph. » commença finalement le prince. « Le moine qui sillonne la France à pied, réforme à tour de bras, convertit les villes calvinistes par dizaines… Vos exploits ne se comptent plus. »
    « Mes exploits comme vous les appelez, ne sont que la volonté du Seigneur. » rappela Joseph sans une once d’orgueil ou de vanité, sur le ton badin de la conversation. Henri de Condé le scruta du regard, se demandant jusqu’où allait la piété de cet homme et de quelle manière il pouvait le pousser hors de ses retranchements. Condé était un homme malin, un formidable tacticien et un comploteur de haut vol. A ses yeux, aucun adversaire, et certainement pas un moine, ne pouvait lui résister.
    « Vous êtes un homme d’autorité, en tant que Provincial de Touraine. Et je connais bien votre jeune frère, qui est un de mes gentilshommes. Un brave garçon, promis à un grand avenir. Des affaires religieuses vous amènent-elles donc à Loudun, mon père ? »
    « En quelque sorte. Vous n’êtes peut-être pas sans ignorer que parmi les nombreux devoirs qui incombent à notre ordre des capucins, le rôle de pacificateur est probablement le plus vital pour la France aussi bien que l’Eglise. »
    « De pacificateur ? Je ne savais pas que les moines se mêlaient aussi de politique. »
    « Ils le peuvent à l’occasion, mais uniquement quand cela est nécessaire. Aussi je suis venu de moi-même vous trouver en constatant que les conflits menaçaient. Monsieur, au nom de notre Père je suis venu vous demander de négocier la paix. »

    Henri de Condé arqua un sourcil avant de laisser échapper un rire. Joseph quant à lui resta parfaitement impassible.

    « Vous êtes donc du côté de la reine, mon père ? »
    « Je suis du côté de Dieu, monseigneur. » répliqua-t-il immédiatement en s’avançant d’un pas vers le prince qui tressaillit légèrement sous l’apostrophe. « Dieu refuse de voir ses enfants se déchirer pour des considérations purement matérielles ou politiques. Les ambitions et les intérêts des uns et des autres ne sont que des illusions du Diable destinées à nous détourner de Lui et à détruire Son œuvre, l’humanité. Ne commettez pas l’erreur de tomber dans ce piège. »

    Impressionné malgré lui par le ton brusquement passionné du moine, Condé fronça les sourcils. Mais le père Joseph ne lui laissa pas le temps de riposter.

    « Mener des combats ici aurait des conséquences désastreuses. Songez aux populations qui se retrouveraient plongés dans l’horreur d’une guerre civile. Les guerres de religion ne sont pas si loin, monseigneur, et elles hantent encore les mémoires. Avez-vous vous-même oublié le chaos dans lequel notre pays a été plongé à cause de l’aveuglement de certains ? Voulez-vous réellement que les massacres reprennent ? » martelait le père Joseph avec la véhémence maîtrisée de l’homme prêt à tout pour défendre sa cause, mais sachant que s’emporter n’amènerait rien de bon.
    « La reine-mère nous méprise, mon père ! Elle n’en a que pour ce Concini et cette maudite Galigaï, ce sont eux qui conduiront le pays à leur perte ! La noblesse se dégrade, nos coffres se vident, tout ça à cause de l’inconscience et l’inconstance d’une souveraine qui n’en est pas une ! » s’exclama Condé dans un accès de rage.
    « En ce cas votre ennemi n’est pas le peuple qui n’a pas à souffrir de ces querelles internes, mais bien Concini et son épouse. Pour l’amour de Dieu mon prince, je vous supplie de mettre un terme à cette guerre avant qu’il ne soit trop tard. Notre Seigneur refusera de voir Ses enfants se déchirer de la sorte, quand Il les veut unis dans l’amour de Lui. »
    « Et que proposez-vous, mon père ? Que nous renoncions, tout bonnement ? Jamais de la vie vous entendez, jamais ! »
    « Dans ce cas usez de diplomatie. Mais ne passez pas aux conflits armés. »
    « La diplomatie ? Et que suggérez-vous ? »
    « Envoyez un ambassadeur. Les conflits de la cour doivent rester à la cour, il faut négocier des termes de paix et rapatrier tout le monde au Louvre. »
    « Mais la situation restera inchangée ! »
    « Soutenez le roi. Malgré son jeune âge, c’est lui votre véritable souverain. Soutenez son autorité car tôt ou tard il se rebellera contre sa mère, et je ne donne alors pas cher de la peau de Concini. Ralliez-vous tous du côté de Louis XIII, et la reine-mère ne pourra bientôt plus rien faire contre vous. »
    « Et qui envoyer ? Encore faut-il que la reine accepte la paix ! »
    « J’irai à Tours. Je lui parlerai et je négocierai moi-même le traité, et m’assurerai du mieux que je peux que vous regagniez vos droits. Dieu le voudra ainsi. Pensez aux conséquences d’une guerre dont vous serez responsable sur votre âme et réfléchissez aux conséquences qu’elle aurait dans l’Autre Monde, lorsque vous passerez devant votre Juge. Pensez à votre peuple, et pensez au salut de votre âme ! »

    Condé dévisagea le moine avec un mélange d’appréhension, de curiosité, mais maintenant aussi, d’admiration. En quelques minutes à peine, le père Joseph était passé du sermon à la discussion diplomatique pour passer de nouveau aux avertissements religieux les plus terrifiants pour un homme élevé dans la religion catholique au XVI° siècle. Condé, le grand Condé, l’intraitable Condé sentait sa volonté faiblir devant celle de cet étrange moine que rien ne semblait devoir faire dévier de son chemin. Finalement, Condé donna son accord, et le père Joseph se remit aussitôt en route pour Tours. Avoir obtenu la reprise des négociations constituait sa première victoire. La deuxième suivit de peu, lorsqu’à Tours il parvint à convaincre Marie de Médicis de la nécessité d’un traité de paix, et même à gagner son entière confiance : elle le nomma pour mener à sa place les négociations avec le clan de Condé. Il se heurta au redoutable duc Frédéric de Bouillon, un des ennemis les plus acharnés de Richelieu depuis plusieurs années, mais là encore, les talents politiques du moine eurent raison de sa résistance. Finalement, la paix de Loudun fut signée, et même si elle ne dura guère, elle avait eu le mérite de révéler aux yeux des grands de ce monde le terrible tacticien qui se cachait sous la robe de bure du capucin…

    ****

    42 ans.

    « La situation me paraît bien sombre, mon ami. »
    « Mais pas désespérée, Armand. Au contraire, elle ne peut que s’arranger. »

    Ainsi parlait le père Joseph, assis dans un fauteuil face à l’évêque de Luçon, son vieil ami Armand du Plessis. Le contraste entre les deux pouvait prêter à sourire : le premier était vêtu de son éternel robe de bure et ne portait aux pieds que de simples sandales –qu’il n’avait chaussées que pour l’occasion, il lui arrivait très souvent d’aller pieds nus, ainsi que le recommandait son ordre- et le deuxième arborait la robe violette luxuriante des évêques, la religion dans tout ce qu’elle avait de splendide, en contraste parfait avec la misère dont Joseph s’était fait le représentant. Le premier parlait posément, mains croisées sous son menton comme dans une attitude de prière et avait même l’air tout à fait satisfait de la situation, tandis que l’autre ne cessait de se lever, d’aller et venir dans la pièce, en proie à la plus profonde agitation. Une de ces agitations que Joseph avait appris à bien connaître, témoin de la nervosité constante qui agitait l’esprit de du Plessis. Et de fait, l’évêque avait de bonnes raisons d’être nerveux, puisque ni la reine-mère ni le roi n’avaient l’air décidés à mettre un terme à son exil. Un exil forcé qui commençait lentement, mais sûrement, à le rendre fou.

    « Le roi me hait, Joseph. Quant à la reine-mère, elle ne veut plus entendre parler de moi et ne me serait de toute façon d’aucune utilité. Luynes entretient la détestation du roi à mon encontre et je n’ai plus d’alliés à la cour. La mort de Concini leur a donné des idées, ma disgrâce est complète ! Dites-moi, comment la situation pourrait-elle être pire ? »
    « Vous auriez pu subir le même sort que Concini, or vous êtes toujours là ce me semble. Lui n’a pas eu cette chance. » remarqua Joseph sur un ton léger qui exaspéra l’évêque. Il revint se laisser tomber dans son fauteuil et se massa les tempes en arborant un air extrêmement fatigué. De profondes cernes soulignaient ses yeux gris et jamais ses épaules n’avaient autant été affaissées.

    Depuis leur rencontre en 1606 pour réformer l’abbaye de Fontevraud –but qu’ils avaient fini par atteindre en 1617 lorsque Joseph avait officiellement pu fonder le couvent des Calvairiennes, un nouvel ordre capucin officiellement reconnu par le Pape- jamais le père Joseph et du Plessis n’avaient perdu le contact. Ils avaient entretenu une correspondance soutenue, s’étaient revus de nombreuses fois pour parler de l’abbaye, mais aussi et surtout de la situation politique de la France et de l’Eglise. Au fil des conversations, ils avaient réalisé qu’ils étaient en accord sur tous les sujets et qu’ils partageaient les mêmes opinions sur tout. Leurs caractères aussi s’étaient parfaitement trouvés : le génie bouillonnant de Richelieu avait trouvé écho dans celui de Joseph, et leurs âmes étaient –pour le moment- le parfait reflet l’un de l’autre. Un désir commun de servir la France les animait : l’un par patriotisme et ambition, l’autre par pure dévotion religieuse, croyant ainsi servir la Providence –car Joseph n’était pas exempt de patriotisme et faisait l’amalgame entre les deux, à tort ou à raison. Convaincu par la personnalité, la volonté et l’intelligence d’Armand, Joseph avait résolu de le soutenir dans sa carrière et de lui apporter toute l’aide possible afin de le mener aussi loin dans les méandres du pouvoir que Dieu le permettrait.

    « Allons, ne vous laissez pas abattre, Armand. » le reprit Joseph avec une rudesse toute amicale. « Je retourne demain au Louvre, et je parlerai au roi. J’ai réussi à évangéliser Poitou, il sait que je suis en contact régulier avec le Vatican, les légats, les cardinaux, et même le secrétaire d’Etat papal. Depuis la paix de Loudun et les nombreuses négociations que j’ai menée entre lui, sa mère et son frère, il me fait confiance. Je suis son confident, je le crois même assez bon pour me considérer comme l’un de ses intimes. Je lui parlerai. Faites-moi confiance. »

    Il était vrai que si Richelieu était en disgrâce, Joseph lui, n’avait jamais été aussi haut placé à la cour. Il était suffisamment proche du jeune roi Louis XIII pour que celui-ci, traumatisé, vienne lui confier les tourments qu’avait provoqué en lui la nuit qu’on l’avait forcé à passer en compagnie de l’infante Anne d’Autriche pour donner un héritier à la couronne. Il avait une foi totale en le jugement politique du capucin et n’hésitait pas à lui confier des missions diplomatiques, en particulier au Vatican d’où revenait justement Joseph. Quant à Gaston d’Orléans, le frère du roi et comploteur acharné, il était lui aussi tombé sous le charme de la personnalité hors du commun de Joseph, de ses allures de prophète et de la manière si particulière qu’il avait de parler de la religion ; et tous deux pouvaient passer des heures à disserter de théologie ou de philosophie et à confronter leurs points de vue.

    « Je vous fais confiance Joseph… Je n’ai guère le choix, n’est-ce pas ? » lâcha Armand avec un soupir. « Changeons de sujet, je vous prie. Avez-vous des nouvelles de Bassompierre et de Quimper ? »

    A la mention de ces deux mots, Joseph darda un regard inquisiteur sur Richelieu, qui ne le regardait même pas, fixant un point dans le vide. Le moine se garda bien de tout commentaire, sachant que le sujet de ses filles était encore extrêmement sensible, bien que presque dix ans se fussent déjà écoulées depuis leur naissance.

    « Je reçois peu de nouvelles de Quimper, mais apparemment la petite Aliénor se rend régulièrement chez un certain père Thomas. Il semble qu’elle y reçoive une éducation « primaire » en attendant d’être envoyée dans un couvent, mais je n’en sais guère plus. Quant à Hermine, plus elle grandit, plus c’est votre portrait craché. C’est une fillette réservé, réfléchie et brillante, très prometteuse. Les Bassompierre s’occupent fort bien de son éducation et je ne doute pas qu’elle deviendra une des jeunes filles les plus accomplies de la cour. »
    « C’est bien. » se contenta de dire Richelieu. Et Joseph crut voir ses épaules se détendre. Bien que l’évêque n’en dise pratiquement jamais rien, Joseph devinait sans peine qu’il souffrait de l’absence de ses filles. Il tentait d’y pallier au mieux en lui donnant régulièrement des nouvelles d’Hermine, qu’il était amené à rencontrer très régulièrement grâce à son amitié avec madame de Bassompierre, une amitié qu’il avait pris soin de cultiver et conserver depuis qu’Armand lui avait remis Hermine dix ans plus tôt avec la mission de lui trouver un foyer, sans autre forme d’explication… Un jour marqué par le sceau du deuil, qui resterait gravé dans leurs deux mémoires. Le jour où leur amitié s’était définitivement scellé sur le silence.

    Joseph jeta un œil à la pendule et se leva. Il fallait qu’il prenne la route avant le coucher du soleil. La route était longue jusqu’à Paris. En passant devant Armand, il posa une main sur son épaule –lui qui répugnait aux contacts physiques même avec ses propres frères et sœurs, cela relevait du prodige.

    « Dieu veille sur elles, Armand. Vous avez fait ce qu’il fallait, même si c’était le choix le plus difficile à faire...

    ****

    47 ans.

    « Nous en avons terminé, père Angélus. »
    « Bien, père Joseph. Le père Michele attend pour une audience. »
    « Faites-le entrer, il doit nous apporter des nouvelles du Vatican. »

    Le père Angélus, qui depuis toutes ces années n’avait pas quitté d’un pouce son maître spirituel, s’effaça pour faire entrer un autre moine, vêtu comme eux d’une simple robe de bure nouée à la taille d’une cordelière. Le père Michele avait rejoint l’ordre capucin environ un an plus tôt, lorsque Joseph s’était rendu au Saint-Siège afin d’être entendu de sa Sainteté le pape Urbain VII. Les raisons qui avaient emmenées Joseph à Rome étaient tout à la fois politiques et religieuses : il resserrait les liens étroits qu’il avait déjà tissés par le passé avec les éminents personnages de l’Eglise et devint même un proche du saint-père, avec qui il passa durant son séjour plusieurs heures dans son cabinet privé deux fois par semaine. Les deux hommes partageaient un esprit éclairé et une conviction que l’évangélisation était la solution aux problèmes de la chrétienté. Depuis plusieurs années déjà Joseph militait pour qu’enfin l’Eglise se décide à lancer une croisade contre les Turcs. Décision que le saint-siège reculait sans cesse, mais au moins Joseph eut-il la chance de se voir appointé Commissaire des Missions Apostoliques, c’est-à-dire qu’il était à la tête de toutes les missions d’évangélisation entreprises par l’Eglise catholique, au nom du pape. Pour ce missionnaire acharné, quelle plus belle récompense pouvait-il espérer ? Depuis, il se dévouait de plus en plus à ces missions à l’étranger, et ce voyageur acharné passe plus de temps sur les routes que n’importe quel marchand itinérant. Par tout temps, par toute heure, Joseph sillonnait l’Europe, et peu à peu, convertissait les villes protestantes, convainquait le petit peuple comme les plus grands, fondait des couvents, bâtissait des églises, et surtout, il recrutait un nombre grandissant de moines capucins. Homme par homme, moine par moine, Joseph mettait en place à travers toute l’Europe, de l’Angleterre jusqu’au Moyen-Orient, un véritable réseau de capucins, ces moines qui pratiquaient la charité active, avaient des pouvoirs de diplomates en tant que pacificateurs, et voyaient les portes s’ouvrir grand devant eux grâce à la renommée spectaculaire que leur austérité et leur implication dans la vie active leur avaient construit…

    « Bonjour père Michele. » dit Joseph en invitant l’un des moines de ce fameux réseau à s’asseoir. « Alors, quelles sont les nouvelles du Saint-Siège. »
    « Excellentes, mon père. Sa Sainteté examine avec attention votre projet de croisade et je le crois près d’y accéder. De plus, il encourage le roi de France à écouter votre avis et nommer ce cardinal de Richelieu comme ministre. L’affaire semble en bonne voie. »
    « Excellent… Le Seigneur est avec nous. D’autres nouvelles ? »
    « J’ai parlé avec le père William, du couvent d’Aberdeen. Il revient du Canada. Nous comptons de nouveaux frères là-bas. »

    Voilà qui était une excellente nouvelle. A présent le réseau capucin s’étendait même outre-mer, dans les nouvelles colonies. Un formidable réseau d’évangélistes, qui sous peu serait promis à de nouvelles fonctions…
    Après quelques échanges encore instructifs, père Michele pris congé, laissant le père Joseph réfléchir en silence à ces nouvelles informations. Puis, bien que le père Angélus soit parti, il retourna à ses dossiers. Sa vue s’était encore dégradée avec les années, et le moine était désormais pratiquement aveugle, ce qui ne l’empêchait pas de travailler sans relâche avec le même acharnement que dans sa jeunesse. En plus de ses nombreux voyages aux quatre coins de l’Europe à des buts évangélistes, il poursuivait ses expéditions dans toutes les cours du continent à des fins purement diplomatiques, continuant à servir à la fois les intérêts de son ami Richelieu, et surtout ceux de la couronne pour le jeune roi Louis XIII, qui avait toute confiance en lui et auquel le capucin était d’une indéfectible loyauté. Au milieu de tous ces voyages, Joseph n’oubliait pas l’abbaye de Fontevraud qui l’avait mené à rencontrer Richelieu : depuis quelques années déjà les deux hommes avaient réussi à mener à bien leur réforme, et Joseph, avec sa combativité habituelle, avait fait de l’abbaye à l’abandon un nouveau couvent et un nouvel ordre, basé sur le modèle des capucins : le couvent des Calvairiennes. Aussi austères que leurs confrères capucins, les Calvairiennes vivaient dans la plus grande simplicité et prônaient la spiritualité, l’humilité, et la prière dans la contemplation. Ce qui avait été une abbaye pour jeunes filles désœuvrées était maintenant un couvent doté d’une bulle papale, et un ordre strictement religieux à part entière. Loin de les oublier maintenant sa tâche achevée, il s’y rendait aussi souvent qu’il lui était possible afin d’y dispenser des leçons et des sermons, de leur donner des conseils, bref, exercer l’un de ses grands talents : l’enseignement. Un véritable emploi du temps de ministre, que le capucin gérait néanmoins d’une main de maître…

    De ministre il était bien question, car à peine quelques moins après la visite du père Michele, les prédictions de Joseph se réalisaient et son ami Richelieu accédait à la fonction de premier ministre. Son premier geste fut d’écrire à Joseph, qui se trouvait alors à Tours pour ses fonctions de Provincial –qu’il accumulait avec le reste- afin de lui demander de le rejoindre à Paris. Après un court moment d’hésitation, Joseph avait décidé d’accepter. Faire passer sa carrière politique avant sa carrière religieuse était un déchirement, mais puisqu’il semblait que le Seigneur l’avait placé sur la route de ce cardinal aussi redoutable qu’intriguant… Alors soit. Il suivrait Sa volonté. Avec des regrets qu’il s’était pourtant interdit d’avoir, Joseph quitta la Touraine et gagna Paris, où il s’installa au couvent Saint-Germain aussi bien qu’au Louvre, où le cardinal avait fait aménager des appartements non loin des siens qui communiquaient par un escalier secret. Les appartements de Joseph étaient d’une austérité qui aurait tué d’une crise cardiaque bien des courtisans : nulle décoration aux murs ou aux sols, et les seuls meubles présents étaient un bureau, deux chaises –une pour lui une pour Angélus ou ses visiteurs- , une table où dîner, et son lit se constituait d’un matelas de paille. Il avait beau loger au Louvre, le capucin refusait catégoriquement de renoncer à son train de vie, restant ainsi au plus près des principes religieux selon lesquels sa vie était construite depuis tant d’années. Dans cette pièce, Joseph recevait presque autant de visiteurs que le Cardinal, mais de nature différente peut-être : des ambassadeurs, des diplomates, de nombreux frères capucins, d’autres religieux, des désespérés qui venaient chercher l’aide du dévoué capucin… Personne ne repartait sans avoir eu d’audience, qu’il s’agisse du roi en personne, de son comploteur de frère ou d’un simple paysan. Comme le père Angélus le faisait souvent remarquer, le père Joseph avait une immense capacité de concentration, qui lui permettait de traiter un très grand nombre d’affaires avec la même efficacité que s’il n’en avait traité qu’une seule. Travailleur infatigable, il ne s’arrêtait que pour prier longuement à intervalles réguliers ou bien, chose plus étonnante pour ce personnage, s’adonner aux châtiments corporels que la doctrine capucine préconisait. Tous les soirs, avec ce même zèle qui l’avait caractérisé lors de sa formation et le poussait au perfectionnisme, il s’administrait des coups de discipline jusqu’à sentir le sang couler dans son dos. Plus de deux heures par jour également il portait le cilice. Depuis son enfance, la souffrance ne l’avait jamais effrayé, en brave petit Spartiate qu’il avait toujours été, et aujourd’hui il l’accueillait comme une libération. Encore une facette pour le moins originale de ce moine que Richelieu, officieusement, venait de faire son ministre des Affaires Etrangères, s’assurant par là le soutien de la plupart des cours d’Europe, du Vatican, et l’aide précieuse de tout un réseau aussi invisible qu’efficace : le réseau des capucins…

    ****

    49 ans.

    Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche. Giulio di San Fiore, sur la pointe des pieds, tâcha de sortir en toute discrétion du tripot de jeu où il avait passé sa soirée à se ruiner pour regagner immédiatement ce qu’il avait perdu. Il croyait même réussir à s’échapper en toute impunité lorsqu’une voix retentit dans l’obscurité, le faisant sursauter.

    « Eh bien Giulio ? Je croyais pourtant que nous avions un accord. »
    « La prochaine fois que vous faites quelque chose comme ça mon père, ayez au moins l’amabilité de me prévenir ! » soupira Giulio en se tournant vers la haute silhouette encapuchonnée qui venait de sortir de l’ombre. Depuis plusieurs années qu’ils se connaissaient pourtant, l’italien aurait dû être habitué à la manie qu’avait ce drôle de moine d’être toujours –et surtout- là où on ne s’y attendait pas. Face à la surprise du jeune homme, Joseph esquissa un sourire.
    « Qu’est-ce qui vous amène dans les rues de Paris à une heure aussi tardive, mon père ? Ne craignez-vous pas les mauvaises fréquentations ? »
    « Nullement mon jeune ami ; il n’y a pas grand-chose à voler sur un pauvre moine qui va nus-pieds, vous en conviendrez. Mais je rentrais justement au Louvre, accompagnez-moi donc. Ainsi je sais que vous attendrez demain avant de retourner dans un de ces lieux de perdition. »

    Ce fut au tour de Giulio de sourire, bien conscient de l’exaspération que provoquait son amour des jeux chez le si rigoureux capucin. Il s’agissait presque d’un jeu entre eux, même si Giulio savait très bien que le religieux prenait cette manie du jeu très au sérieux et cherchait pas tous les moyens à le contraindre à arrêter. Ce pourquoi il jugea plus judicieux d’orienter autrement la discussion.

    « Mes félicitations mon père, j’ai entendu que la construction de couvents au Canada avait été un succès. »

    Pas dupe, Joseph lui dédia un regard amusé, avant de le suivre dans cette direction.

    « Merci Giulio, mais rien de tout ça n’aurait été possible sans la volonté de Dieu. C’est lui qu’il faut remercier pour ce succès. »
    « En tous les cas vous avez maintenant un pied au Nouveau-Monde comme vous le désiriez. »
    « Effectivement ; comme vous le savez propager notre religion est ma priorité, et pour cela la colonisation est un outil plus que précieux. Sans compter que politiquement parlant, cela nous permet d’avoir un œil sur ce qu’il se passe de l’autre côté de l’océan, et vous savez quelle importance j’attache à la mer. »
    « Les anglais et les espagnols sont encore les maîtres des eaux pour le moment. »
    « C’est pourquoi il est important de garder un œil sur eux et trouver un moyen de les égaler. Avec la découverte du Nouveau-Monde et l’installation des colonies, la maîtrise des mers sera plus capitale que jamais, aussi bien pour le commerce que les batailles.»

    Pensif, Giulio hocha la tête. Il ne remarquait pas l’intérêt que Joseph portait à chacune de ses réactions, observant avec satisfaction avec quelle curiosité son jeune « élève » écoutait ses propos sur la politique et la diplomatie. Les deux hommes pouvaient passer des heures chez l’un ou chez l’autre, et la conversation finissait invariablement en une espèce de leçon de politique que le moine dispensait à l’italien. Curieux et intelligent, Giulio avait tout à fait l’étoffe d’un diplomate, et Joseph se faisait un réel plaisir de lui enseigner les rudiments du métier, façonnant peu à peu un diplomate qui, il le savait, serait un jour un précieux allié. Ce jeune homme avait tout pour être parfait… A part cette passion pour les jeux qu’il s’était juré de lui faire passer. Une exaspération qu’il pouvait tout du moins partager avec la dame Diane de Pennautier. Une jeune femme admirable, mais qui le laissait aussi bien perplexe. Il l’avait connue des années auparavant lors d’une grande opération de charité, et depuis ils n’avaient jamais rompu le contact, échangeant régulièrement par courrier ou se rencontrant au Louvre ou dans la région où elle dispensait la foi et la charité aux plus démunis. Une femme admirable, pleine de courage, et entièrement dévouée au Seigneur. Bref, une sainte, aux yeux de Joseph. Excepté que depuis peu, elle faisait office de « favorite » du roi Louis XIII, dont Joseph connaissait pourtant les penchants grâce à la confession. Diane était-elle l’exception à la règle ? Joseph ne voulait y croire ; et pourtant c’était bien ce que ce titre semblait sous-entendre… A plusieurs reprises, il avait tenté de lui parler, d’obtenir des explications, mais elle avait toujours réussi à se dérober. Pourquoi ce silence ? Et pourquoi refuser d’entrer chez les Calvairiennes, elle qui y aurait pourtant si bien sa place ? Cela ne l’enchantait guère de le reconnaître, mais Diane était une véritable énigme à laquelle, pour une fois, il n’avait pas de solution… Une des rares énigmes à le laisser bien soucieux.

    Levant les yeux, Joseph put avoir un aperçu du ciel étoilé qu’aucun nuage ne venait obscurcir ce soir-là. Les étoiles lui rappelèrent les derniers « exploits » plus ou moins louables de la petite Descrières que Rochefort lui avait contés d’un air particulièrement… Fatigué, et par association d’idées, Joseph en vint à songer à sa jumelle, Hermine. Il s’étonnait encore de l’extraordinaire différence de caractère entre les deux, alors qu’elles étaient si semblables physiquement. En la voyant grandir, Joseph avait pu constater à quel point Hermine ressemblait de plus en plus à son père : elle avait ce même caractère distant et réfléchi, privilégiant le calcul et la raison sur toutes choses mais ne pouvait s’empêcher de se laisser parfois aller à de violentes émotions… Comme sa détestation de Richelieu, par exemple. En constatant quelles idées Bassompierre avait réussi à inculquer dans la tête de la jeune fille, Joseph avait aussitôt riposté en « s’infiltrant » dans la famille comme confesseur de l’épouse et s’était sans mal lié à leur fille adoptive. Encore une fois, la gentillesse, le calme serein et l’intelligence de Joseph avaient fait leur office, et la fillette s’était aussitôt attachée à lui. Il faisait de son mieux pour lui parler de Richelieu en termes plus élogieux afin de la faire changer d’avis, mais rien n’y faisait ! Elle était au moins aussi entêtée que son père et sa sœur, il n’y avait aucun doute là-dessus… Joseph finissait par se dire qu’une rencontre serait peut-être plus bénéfique que ces tentatives d’apaisement, mais Armand s’y refusait catégoriquement. Autrement dit, ils étaient dans l’impasse… Et plus le temps passait, plus Hermine affichait sa préférence pour le père Joseph dont elle disait qu’il était « le père qu’elle aurait rêvé d’avoir ». Une position bien inconfortable pour le moine qui, tout en étant aussi attaché à la fille de son ami qu’un parrain aurait pu l’être, aurait préféré que ce soit le nom de son ami qui sorte de sa bouche… Joseph soupira. Décidément, les femmes étaient des créatures bien compliquées à gérer.

    « Vous semblez soucieux, mon père. »
    « Ne vous inquiétez pas, Giulio. Je songeais simplement à combien les épreuves que le Seigneur peut nous envoyer sont parfois étranges. » répondit le moine avec un sourire, amusé par ses propres considérations. D’un geste, il rabattit son capuchon sur sa tête et salua son jeune élève. Ce dernier, à la fois perplexe et amusé, regarda s’éloigner cet étrange capucin, qui s’occupait de politique en récitant des prières, jouait les ambassadeurs en réformant des abbayes, et rétablissait l’ordre dans le pays en enseignant la foi à son prochain. Un drôle de moine qui allait pieds nus et sortait de temps en temps de la discrétion qui lui était coutumière pour intervenir dans de hautes affaires d’Etat avant de retourner dans l’ombre, laissant le soin aux autres de s’accorder les crédits de ses réussites. Un homme de l’ombre, au service de Dieu et de Dieu seul, et dont le chemin de vie prenait de bien étranges directions. Et avec son flegme et son immuable volonté, Joseph suivait tranquillement le chemin que le Seigneur dessinait devant lui… Et alea jacta est.


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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Jeu 6 Sep - 16:24

Et voilà, je pense avoir terminé... A vous les studios, again 8D
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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Ven 7 Sep - 12:24


Félicitations à toi, courageux Cardinaliste, tu es validé ! Son Éminence a apprécié ta loyauté et ton intelligence, et accepte de vous recevoir au près d'elle.

Tu devrais courir à son palais pour lui témoigner ta reconnaissance, mais avant voilà quelques endroits qu'il faudrait que tu ailles vite visiter :
✘ Viens te faire quelques amis par ici !
✘ Commence donc à rp par !
✘ Ne laisse personne te prendre ton portrait, viens le recenser deça !
✘ Viens te trouver une maison dans ce sujet !
✘ Ne reste pas sans rang ! Viens en demander un céans !

20 pages à lire et à relire sans la moindre lassitude ! What a Face En un seul mot pour le dire : J'adore ! Gaga Ta fiche est vraiment excellente et Richou s'empêche d'effectuer une danse du soleil, car les cardinalistes se font rares What a Face Merci d'en prendre un second du coup ! Il te bénit ! Razz BIENVENU OU PLUTOT REBIENVENUUUUUUUUUU PARMI NOUS ! Je sens que ça va être bien chouette de jouer avec lui ! Mouahahahahahahah !!! Devil A bientôt en rp démoniaque ! Richelieu Attention, les best sont in ze place ! Qu'on nous parle plus de la Chevreuse ni de la Verneuil ! Qu'elles aillent se rhabiller ! What a Face



« A ta mort ! »
« A la tienne ! »
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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise. Ven 7 Sep - 13:11

J'comprend pas pourquoi Richou se retient voyons, la joueuse de Joseph est à fond dans sa danse... Joseph par contre comprend très bien et me regarde de travers ;D

Allez hauts les coeurs, LES CARDINALISTES SONT DANS LA PLACE What a Face La Chevreuse avait son alter-ego, maintenant Richelieu a le sien aussi... Attention les yeux, ça va faire des étincelles dans le monde du complot What a Face
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MessageSujet: Re: Joseph - L'Eminence grise.

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Joseph - L'Eminence grise.

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